Banque de sujets de baccalauréat - philosophie

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AnnéeSérieLieuSession SujetAuteur
2001 L ANTILLES NORMALE Un pouvoir peut-il s'exercer sans chercher à se justifier ?
notions : MORALE POLITIQUE
2001 L ANTILLES REMPLACEMENT On charge les hommes, dès l'enfance, du soin de leur honneur, de leur bien, de leurs amis, et encore du bien et de l'honneur de leurs amis. On les accable d'affaires, de l'apprentissage des langues et d'exercices, et on leur fait entendre qu'ils ne sauraient être heureux sans que leur santé, leur honneur, leur fortune…
lire la suite On charge les hommes, dès l'enfance, du soin de leur honneur, de leur bien, de leurs amis, et encore du bien et de l'honneur de leurs amis. On les accable d'affaires, de l'apprentissage des langues et d'exercices, et on leur fait entendre qu'ils ne sauraient être heureux sans que leur santé, leur honneur, leur fortune et celle de leurs amis soient en bon état, et qu'une seule chose qui manque les rendrait malheureux. Ainsi on leur donne des charges et des affaires qui les font tracasser dès la pointe du jour. - Voilà, direz-vous, une étrange manière de les rendre heureux ! Que pourrait-on faire de mieux pour les rendre malheureux ? - Comment ! ce qu'on pourrait faire ? Il ne faudrait que leur ôter tous ces soins (1) car alors ils se verraient, ils penseraient à ce qu'ils sont, d'où ils viennent, où ils vont  : et ainsi on ne peut trop les occuper et les détourner. Et c'est pourquoi, après leur avoir tant préparé d'affaires, s'ils ont quelque temps de relâche, on leur conseille de l'employer à se divertir, à jouer et à s'occuper toujours tout entiers.

PASCAL

(1) soins  : soucis.
notions : BONHEUR EXISTENCE
PASCAL
2001 L ANTILLES NORMALE Ce qui est digne d'être poursuivi par soi, nous le nommons plus parfait que ce qui est poursuivi pour une autre chose, et ce qui n'est jamais désirable en vue d'une autre chose, nous le déclarons plus parfait que les choses qui sont désirables à la fois par elles mêmes et pour cette autre chose, et nous appelons parfa…
lire la suite Ce qui est digne d'être poursuivi par soi, nous le nommons plus parfait que ce qui est poursuivi pour une autre chose, et ce qui n'est jamais désirable en vue d'une autre chose, nous le déclarons plus parfait que les choses qui sont désirables à la fois par elles mêmes et pour cette autre chose, et nous appelons parfait au sens absolu ce qui est toujours désirable en soi-même et ne l'est jamais en vue d'une autre chose. Or le bonheur semble être au suprême degré une fin de ce genre, car nous le choisissons toujours pour lui-même et jamais en vue d'une autre chose  : au contraire, l'honneur, le plaisir, l'intelligence ou toute vertu quelconque, sont des biens que nous choisissons assurément pour eux-mêmes (puisque, même si aucun avantage n'en découlait pour nous, nous les choisirions encore), mais nous les choisissons aussi en vue du bonheur, car c'est par leur intermédiaire que nous pensons devenir heureux. Par contre, le bonheur n'est jamais choisi en vue de ces biens, ni d'une manière générale, en vue d'autre chose que lui-même.

ARISTOTE
notions : {FINS} BONHEUR DÉSIR
ARISTOTE
2001 S ANTILLES REMPLACEMENT La franchise est-elle au service de la vérité ?
notions : LANGAGE VÉRITÉ
2001 S ANTILLES NORMALE La technique peut-elle améliorer l'homme ?
notions : {HOMME} TECHNIQUE
2001 S ANTILLES REMPLACEMENT Le bonheur est-il une aspiration universelle ?
notions : BONHEUR
2001 S ANTILLES NORMALE Peut-on opposer le devoir à la liberté ?
notions : DEVOIR LIBERTÉ
2001 S ANTILLES REMPLACEMENT Si la constitution naturelle des hommes leur faisait désirer avec le plus d'ardeur ce qui tend à leur plus haut intérêt, toute intervention expresse, en vue de faire régner la concorde et la bonne foi, serait superflue. Mais telle n'est pas la pente habituelle de la nature humaine, on le sait. L'État doit donc être or…
lire la suite Si la constitution naturelle des hommes leur faisait désirer avec le plus d'ardeur ce qui tend à leur plus haut intérêt, toute intervention expresse, en vue de faire régner la concorde et la bonne foi, serait superflue. Mais telle n'est pas la pente habituelle de la nature humaine, on le sait. L'État doit donc être organisé nécessairement de manière que tous, gouvernants et gouvernés - qu'ils agissent de bon ou de mauvais gré - n'en mettent pas moins leur conduite au service du salut général. En d'autres termes, il faut que tous, par force et par nécessité si ce n'est spontanément, soient contraints de vivre selon la discipline de la raison. Pour que soit atteint ce résultat, le fonctionnement de l'État sera réglé de telle sorte, qu'aucune affaire important au salut général ne soit jamais confiée à un seul individu, présumé de bonne foi. Car l'homme le plus vigilant est cependant assujetti au sommeil, par intervalles, le plus fort et le plus inébranlable est sujet à faiblir ou à se laisser vaincre, aux moments précis où il aurait besoin de la plus grande énergie.

SPINOZA
notions : ÉTAT  POLITIQUE RAISON
SPINOZA
2001 S ANTILLES NORMALE Quand on a cru, sans connaître l'art de raisonner, qu'un raisonnement est vrai, il peut se faire que peu après on le trouve faux, alors qu'il l'est parfois et parfois ne l'est pas, et l'expérience peut se renouveler sur un autre et un autre encore. II arrive notamment, tu le sais, que ceux qui ont passé leur temps à c…
lire la suite Quand on a cru, sans connaître l'art de raisonner, qu'un raisonnement est vrai, il peut se faire que peu après on le trouve faux, alors qu'il l'est parfois et parfois ne l'est pas, et l'expérience peut se renouveler sur un autre et un autre encore. II arrive notamment, tu le sais, que ceux qui ont passé leur temps à controverser finissent par s'imaginer qu'ils sont devenus très sages et que, seuls, ils ont découvert qu'il n'y a rien de sain ni de sûr ni dans aucune chose ni dans aucun raisonnement, mais que tout est dans un flux et un reflux continuels, absolument comme dans l'Euripe (1) et que rien ne demeure un moment dans le même état.
- C'est parfaitement vrai, dis-je.
- Alors, Phédon, reprit-il, s'il est vrai qu'il y ait des raisonnements vrais, solides et susceptibles d'être compris, ne serait-ce pas une triste chose de voir un homme qui, pour avoir entendu des raisonnements qui, tout en restant les mêmes, paraissent tantôt vrais, tantôt faux, au lieu de s'accuser lui-même et son incapacité, en viendrait par dépit à rejeter la faute sur les raisonnements, au lieu de s'en prendre à lui-même, et dès lors continuerait toute sa vie à haïr et ravaler les raisonnements et serait ainsi privé de la vérité et de la connaissance de la réalité ?
- Oui, par Zeus, dis-je, ce serait une triste chose.

PLATON

(1) L'Euripe : détroit qui sépare l'Eubée de la Béotie, où se produisent un flux et un reflux perpétuels.
notions : RAISON VÉRITÉ
PLATON
2001 STI AA ANTILLES NORMALE Ce qui est naturel échappe-t-il à l'histoire ?
notions : {NATURE} HISTOIRE
2001 STI AA ANTILLES NORMALE L'art peut-il revendiquer la laideur ?
notions : ART
2001 STI AA ANTILLES NORMALE Ces noms de juste et d'injuste, comme aussi ceux de justice et d'injustice, sont équivoques  : car ils signifient choses diverses, suivant qu'on les attribue aux personnes ou aux actions. Quand on les applique aux actions justes, juste signifie le même que fait à bon droit, et injuste, fait tout au contraire de l'équi…
lire la suite Ces noms de juste et d'injuste, comme aussi ceux de justice et d'injustice, sont équivoques  : car ils signifient choses diverses, suivant qu'on les attribue aux personnes ou aux actions. Quand on les applique aux actions justes, juste signifie le même que fait à bon droit, et injuste, fait tout au contraire de l'équité. Celui qui a fait quelque chose justement est nommé innocent, et ne mérite pas pour cela seul le titre de juste  ; comme celui qui a commis une injustice est nommé coupable, plutôt qu'injuste. Mais quand ces termes sont appliqués aux personnes, être juste signifie le même que se plaire aux actions justes, s'étudier à rendre la justice, et l'observer partout ponctuellement. Au contraire, être injuste se dit d'une personne qui méprise la justice, et qui ne la mesure pas à ses promesses, mais à sa commodité présente. Par ainsi, il y a différence entre la justice, ou l'injustice, qui se trouvent en l'âme d'une personne, dans le fonds de ses moeurs, et celles qui se voient dans une action, ou dans une omission mauvaise. Et comme il peut échapper à un homme juste une infinité d'actions injustes, il en peut aussi sortir de justes d'une personne injuste. Cela étant, on peut nommer juste, un homme qui fait des actions justes, à cause que les lois les commandent, et qui n'en commet d'autres que par infirmité. Mais on doit appeler injuste, celui qui n'agit justement que par la crainte qu'il a des peines que les lois imposent et qui, en faisant des actions injustes, suit la pente de ses mauvaises inclinations.

HOBBES

QUESTIONS :

1°
a) Concernant le juste et l'injuste, ce texte établit une distinction  : laquelle ?
b) Analysez la manière dont cette distinction est développée.

2°
a) Quelle différence y a-t-il entre "innocent" et "juste", entre "coupable" et "injuste" ?
b) Que signifie commettre des actions injustes "par infirmité" ?

3° Respecter les lois, craindre les châtiments, est-ce la même chose ?
notions : {PERSONNE} {PRATIQUE} JUSTICE
HOBBES
2001 TECHN. ANTILLES REMPLACEMENT Ce qui est subjectif est-il nécessairement faux ?
notions : SUJET VÉRITÉ
2001 TECHN. ANTILLES NORMALE La conscience n'est-elle tournée que vers elle-même ?
notions : CONSCIENCE
2001 TECHN. ANTILLES REMPLACEMENT Le développement technique met-il l'homme en contradiction avec la nature ?
notions : {HOMME} {NATURE} TECHNIQUE
2001 TECHN. ANTILLES NORMALE Le cours de l'histoire est-il prévisible ?
notions : HISTOIRE
2001 TECHN. ANTILLES REMPLACEMENT Il y a des cas où des hommes, même avec une éducation qui a été profitable à d'autres, montrent cependant dès l'enfance une méchanceté si précoce, et y font des progrès si continus dans leur âge mûr qu'on les prend pour des scélérats (1) de naissance et qu'on les tient, en ce qui concerne leur façon de penser, pour to…
lire la suite Il y a des cas où des hommes, même avec une éducation qui a été profitable à d'autres, montrent cependant dès l'enfance une méchanceté si précoce, et y font des progrès si continus dans leur âge mûr qu'on les prend pour des scélérats (1) de naissance et qu'on les tient, en ce qui concerne leur façon de penser, pour tout à fait incorrigibles ; et toutefois on les juge pour ce qu'ils font et ce qu'ils ne font pas, on leur reproche leurs crimes comme des fautes, bien plus, eux-mêmes (les enfants) trouvent ces reproches tout à fait fondés, exactement comme si en dépit de la nature désespérante du caractère qu'on leur attribue, ils demeuraient aussi responsables que tout autre homme. Cela ne pourrait arriver si nous ne supposions pas que tout ce qui sort du libre choix d'un homme (comme sans doute toute action faite à dessein) a pour fondement une causalité par liberté, qui, dès la plus tendre jeunesse, exprime son caractère dans ses actions.

KANT

(1) Scélérat  : individu sans moralité

QUESTIONS :

1° Dégagez l'idée principale du texte et les étapes de son argumentation.

2° Expliquez  :
a) "on leur reproche leurs crimes comme des fautes"
b) "en dépit de la nature désespérante du caractère qu'on leur attribue".

3° Le fait de tenir quelqu'un pour responsable prouve-t-il qu'il est libre ?
notions : LIBERTÉ MORALE
KANT
2001 TECHN. ANTILLES NORMALE L'animal aussi produit. Il se construit un nid, des habitations, comme l'abeille, le castor, la fourmi, etc. Mais il ne produit que ce dont il a immédiatement besoin pour lui ou pour son petit  ; il produit d'une façon unilatérale, tandis que l'homme produit d'une façon universelle  ; il ne produit que sous l'emprise …
lire la suite L'animal aussi produit. Il se construit un nid, des habitations, comme l'abeille, le castor, la fourmi, etc. Mais il ne produit que ce dont il a immédiatement besoin pour lui ou pour son petit  ; il produit d'une façon unilatérale, tandis que l'homme produit d'une façon universelle  ; il ne produit que sous l'emprise du besoin physique immédiat, tandis que l'homme produit même lorsqu'il est libéré de tout besoin physique et ne produit vraiment que lorsqu'il en est vraiment libéré. L'animal ne produit que lui-même, tandis que l'homme reproduit la nature tout entière, le produit de l'animal fait directement partie de son corps physique, tandis que l'homme affronte librement son produit. L'animal ne façonne que selon la mesure et selon les besoins de l'espèce à laquelle il appartient, tandis que l'homme sait produire à la mesure de toute espèce et sait appliquer partout à l'objet la nature qui est la sienne. C'est pourquoi l'homme façonne aussi d'après les lois de la beauté.

MARX

1° Dégagez le sens de l'opposition présente dans ce texte.

2° Expliquez  :
a) "il ne produit que ce dont il a immédiatement besoin" ;
b) "l'homme affronte librement son produit" ;
c) "appliquer partout à l'objet la nature qui est la sienne".

3° Toute production humaine est-elle une production libre ?
notions : ART TRAVAIL
MARX
2001 ES ÉTRANGER GROUPE 1 NORMALE Une oeuvre d'art peut-elle être plus vraie que son modèle ?
notions : ART VÉRITÉ
2001 ES ÉTRANGER GROUPE 1 NORMALE La liberté peut-elle être prouvée ?
notions : LIBERTÉ
2001 ES ÉTRANGER GROUPE 1 NORMALE Quand je vois chacun de nous sans cesse occupé de l'opinion publique étendre pour ainsi dire son existence tout autour de lui sans réserver presque rien dans son propre coeur, je crois voir un petit insecte former de sa substance une grande toile par laquelle seule il paraît sensible tandis qu'on le croirait mort dans…
lire la suite Quand je vois chacun de nous sans cesse occupé de l'opinion publique étendre pour ainsi dire son existence tout autour de lui sans réserver presque rien dans son propre coeur, je crois voir un petit insecte former de sa substance une grande toile par laquelle seule il paraît sensible tandis qu'on le croirait mort dans son trou. La vanité de l'homme est la toile d'araignée qu'il tend sur tout ce qui l'environne. L'une est aussi solide que l'autre, le moindre fil qu'on touche met l'insecte en mouvement, il mourrait de langueur si l'on laissait la toile tranquille, et si d'un doigt on la déchire il achève de s'épuiser plutôt que de ne la pas refaire à l'instant. Commençons par redevenir nous, par nous concentrer en nous, par circonscrire notre âme des mêmes bornes que la nature a données à notre être, commençons en un mot par nous rassembler où nous sommes, afin qu'en cherchant à nous connaître tout ce qui nous compose vienne à la fois se présenter à nous. Pour moi, je pense que celui qui sait le mieux en quoi consiste le moi humain est le plus près de la sagesse et que comme le premier trait d'un dessin se forme des lignes qui le terminent (1), la première idée de l'homme est de le séparer de tout ce qui n'est pas lui.

ROUSSEAU

(1) "qui le terminent" : qui le délimitent.
notions : {PERSONNE} SUJET
ROUSSEAU
2001 L ÉTRANGER GROUPE 1 NORMALE Sommes-nous responsables de notre manque de volonté ?
notions : {VOLONTÉ} LIBERTÉ
2001 L ÉTRANGER GROUPE 1 NORMALE Les sciences de l'homme sont-elles vraiment des sciences ?
notions : {CONCEPTS_SCIENTIFIQUES} {SCIENCE_DE_L'HOMME.}
2001 L ÉTRANGER GROUPE 1 NORMALE Nous avons dit que les lois étaient des institutions particulières et précises du législateur ; et les moeurs et les manières, des institutions de la nation en général. De là il suit que lorsqu'on veut changer les moeurs et les manières, il ne faut pas les changer par les lois  : cela paraîtrait trop tyrannique  ; il …
lire la suite Nous avons dit que les lois étaient des institutions particulières et précises du législateur ; et les moeurs et les manières, des institutions de la nation en général. De là il suit que lorsqu'on veut changer les moeurs et les manières, il ne faut pas les changer par les lois  : cela paraîtrait trop tyrannique  ; il vaut mieux les changer par d'autres moeurs et d'autres manières.
Ainsi lorsqu'un prince veut faire de grands changements dans sa nation, il faut qu'il réforme par les lois ce qui est établi par les lois, et qu'il change par les manières ce qui est établi par les manières : et c'est une très mauvaise politique de changer par les lois ce qui doit être changé par les manières.
La loi qui obligeait les Moscovites à se faire couper la barbe et les habits, et la violence de Pierre Ier, qui faisait tailler jusqu'aux genoux les longues robes de ceux qui entraient dans les villes, étaient tyranniques. II y a des moyens pour empêcher les crimes : ce sont les peines ; il y en a pour faire changer les manières : ce sont les exemples.
(...) En général, les peuples sont très attachés à leurs coutumes ; les leur ôter violemment, c'est les rendre malheureux : il ne faut donc pas les changer, mais les engager à les changer eux-mêmes.

MONTESQUIEU
notions : LOI POLITIQUE SOCIÉTÉ
MONTESQUIEU
2001 S ÉTRANGER GROUPE 1 NORMALE La poursuite de mon intérêt m'oppose-t-elle aux autres ?
notions : AUTRUI ÉCHANGES SOCIÉTÉ
2001 S ÉTRANGER GROUPE 1 NORMALE La technique n'est-elle qu'outils et machines ?
notions : TECHNIQUE
2001 S ÉTRANGER GROUPE 1 NORMALE Mais quand nous supposerions l'homme maître absolu de son esprit et de ses idées, il serait encore nécessairement sujet à l'erreur par sa nature. Car l'esprit de l'homme est limité, et tout esprit limité est par sa nature sujet à l'erreur. La raison en est, que les moindres choses ont entre elles une infinité de rappo…
lire la suite Mais quand nous supposerions l'homme maître absolu de son esprit et de ses idées, il serait encore nécessairement sujet à l'erreur par sa nature. Car l'esprit de l'homme est limité, et tout esprit limité est par sa nature sujet à l'erreur. La raison en est, que les moindres choses ont entre elles une infinité de rapports, et qu'il faut un esprit infini pour les comprendre. Ainsi un esprit limité ne pouvant embrasser ni comprendre tous ces rapports quelque effort qu'il fasse, il est porté à croire que ceux qu'il n'aperçoit pas n'existent point, principalement lorsqu'il ne fait pas d'attention à la faiblesse et à la limitation de son esprit, ce qui lui est fort ordinaire. Ainsi la limitation de l'esprit toute seule, emporte avec soi la capacité de tomber dans l'erreur.
Toutefois si les hommes, dans l'état même où ils sont de faiblesse (...), faisaient toujours bon usage de leur liberté, ils ne se tromperaient jamais. Et c'est pour cela que tout homme qui tombe dans l'erreur est blâmé avec justice, et mérite même d'être puni  : car il suffit pour ne se point tromper de ne juger que de ce qu'on voit, et de ne faire jamais des jugements entiers, que des choses que l'on est assuré d'avoir examinées dans toutes leurs parties, ce que les hommes peuvent faire. Mais ils aiment mieux s'assujettir à l'erreur, que de s'assujettir à la règle de la vérité  : ils veulent décider sans peine et sans examen. Ainsi il ne faut pas s'étonner, s'ils tombent dans un nombre infini d'erreurs, et s'ils font souvent des jugements assez incertains.

MALEBRANCHE
notions : ESPRIT LIBERTÉ VÉRITÉ
MALEBRANCHE
2001 TECHN. ÉTRANGER GROUPE 1 NORMALE Le développement de la technique permet-il à l'homme d'acquérir une plus grande liberté ?
notions : {HOMME} LIBERTÉ TECHNIQUE
2001 TECHN. ÉTRANGER GROUPE 1 NORMALE Peut-on penser par soi-même sans se soucier de ce que pensent les autres ?
notions : AUTRUI ESPRIT
2001 TECHN. ÉTRANGER GROUPE 1 NORMALE La vie en commun ne devient possible que lorsqu'une pluralité parvient à former un groupement plus puissant que ne l'est lui-même chacun de ses membres, et à maintenir une forte cohésion en face de tout individu pris en particulier. La puissance de cette communauté en tant que "Droit" s'oppose alors à celle de l'indiv…
lire la suite La vie en commun ne devient possible que lorsqu'une pluralité parvient à former un groupement plus puissant que ne l'est lui-même chacun de ses membres, et à maintenir une forte cohésion en face de tout individu pris en particulier. La puissance de cette communauté en tant que "Droit" s'oppose alors à celle de l'individu, flétrie (1) du nom de force brutale. En opérant cette substitution de la puissance collective à la force individuelle, la civilisation fait un pas décisif. Son caractère essentiel réside en ceci que les membres de la communauté limitent leurs possibilités de plaisir alors que l'individu isolé ignorait toute restriction de ce genre.

FREUD

(1) flétrir = déprécier.

QUESTIONS :

1° Dégagez l'idée principale du texte et son organisation.

2° Expliquez :
a) "La puissance de cette communauté en tant que "Droit"" ;
b) "la civilisation fait un pas décisif".

3° Le droit s'établit-il nécessairement contre les individus?
notions : DROIT ÉTAT  SOCIÉTÉ
FREUD
2001 ES INDE NORMALE L'art n'est-il qu'un mode d'expression subjectif ?
notions : ART
2001 ES INDE NORMALE Le langage peut-il être un obstacle à la recherche de la vérité ?
notions : LANGAGE VÉRITÉ
2001 ES INDE NORMALE Même quand il s'agit des lois écrites, la meilleure solution n'est pas toujours de les conserver immuables. En effet, dans l'ordre politique il est impossible de préciser par écrit tous les détails, car la loi écrite a forcément pour objet le général, tandis que les actions ont rapport aux cas particuliers. Ces consid…
lire la suite Même quand il s'agit des lois écrites, la meilleure solution n'est pas toujours de les conserver immuables. En effet, dans l'ordre politique il est impossible de préciser par écrit tous les détails, car la loi écrite a forcément pour objet le général, tandis que les actions ont rapport aux cas particuliers. Ces considérations montrent donc avec évidence que des changements sont opportuns pour certaines lois et dans certains cas. Mais si on considère les choses sous un autre angle, une grande vigilance, paraîtra s'imposer dans ce domaine. Quand, en effet, l'avantage qu'on retire du changement apporté est de faible intérêt, et comme, en revanche, il est dangereux d'habituer les hommes à abroger les lois à la légère, mieux vaut manifestement fermer les yeux sur quelques erreurs des législateurs ou des magistrats, car le profit qu'on pourra retirer d'une modification de la loi sera loin de compenser le dommage qui sera causé par l'habitude de désobéir à ceux qui gouvernent. La loi n'a aucun pouvoir de contraindre à l'obéissance, en dehors de la force de la coutume, et celle-ci ne s'établit qu'après un laps de temps considérable, de sorte que passer facilement des lois existantes à de nouvelles lois toutes différentes, c'est affaiblir l'autorité de la loi.

ARISTOTE
notions : LOI POLITIQUE
ARISTOTE
2001 L INDE NORMALE Peut-on être libre sans être responsable ?
notions : LIBERTÉ
2001 L INDE NORMALE Que peuvent les techniques ?
notions : TECHNIQUE
2001 L INDE NORMALE Dans l'éducation, la notion d'obstacle pédagogique est également méconnue. J'ai souvent été frappé du fait que les professeurs de sciences plus encore que les autres si c'est possible, ne comprennent pas qu'on ne comprenne pas. Peu nombreux sont ceux qui ont creusé la psychologie de l'erreur, de l'ignorance et de l'ir…
lire la suite Dans l'éducation, la notion d'obstacle pédagogique est également méconnue. J'ai souvent été frappé du fait que les professeurs de sciences plus encore que les autres si c'est possible, ne comprennent pas qu'on ne comprenne pas. Peu nombreux sont ceux qui ont creusé la psychologie de l'erreur, de l'ignorance et de l'irréflexion. (...) Les professeurs de sciences imaginent que l'esprit commence comme une leçon (...) qu'on peut faire comprendre une démonstration en la répétant point pour point. Ils n'ont pas réfléchi au fait que l'adolescent arrive dans la classe de Physique avec des connaissances empiriques déjà constituées  : il s'agit alors non pas d'acquérir une culture expérimentale, mais bien de changer de culture expérimentale, de renverser les obstacles déjà amoncelés par la vie quotidienne. Un seul exemple  : l'équilibre des corps flottants fait l'objet d'une intuition familière qui est un tissu d'erreurs. D'une manière plus ou moins nette, on attribue une activité au corps qui flotte, mieux au corps qui nage. Si l'on essaie avec la main d'enfoncer un morceau de bois dans l'eau, il résiste. On n'attribue pas facilement la résistance à l'eau. Il est dès lors assez difficile de faire comprendre le principe d'Archimède dans son étonnante simplicité mathématique si l'on n'a pas d'abord critiqué et désorganisé le complexe impur des intuitions premières. En particulier sans cette psychanalyse des erreurs initiales, on ne fera jamais comprendre que le corps qui émerge et le corps complètement immergé obéissent à la même loi.

BACHELARD
notions : {CONNAISSANCE} CULTURE EXPÉRIENCE THÉORIE
BACHELARD
2001 S INDE NORMALE La technique peut-elle garantir le bonheur ?
notions : BONHEUR TECHNIQUE
2001 S INDE NORMALE Les théories simplifient-elles l'expérience ?
notions : EXPÉRIENCE THÉORIE
2001 S INDE NORMALE Il est obligatoire qu'au comportement juridiquement correct se lie aussi, de façon essentielle, le comportement moral. Mais il peut arriver qu'au comportement juridiquement correct ne se lie aucunement la disposition d'esprit orientée vers le droit, et même que ce comportement fasse place à une disposition d'esprit im…
lire la suite Il est obligatoire qu'au comportement juridiquement correct se lie aussi, de façon essentielle, le comportement moral. Mais il peut arriver qu'au comportement juridiquement correct ne se lie aucunement la disposition d'esprit orientée vers le droit, et même que ce comportement fasse place à une disposition d'esprit immorale. La conduite juridiquement correcte, dans la mesure où elle a pour mobile le respect de la loi, est en même temps une conduite morale. C'est, de façon juridiquement correcte, mais, en même temps, avec une disposition d'esprit morale, qu'il faut tout d'abord se conduire, purement et simplement, et ensuite seulement, hors de toute interdiction juridique (de toute obligation de droit) la conduite morale peut intervenir comme telle. Les hommes aiment à se conduire de façon morale ou noble et, plutôt que de remplir leurs obligations juridiques, ils préfèrent souvent répandre des dons désintéressés. Car, en se conduisant avec noblesse, ils se donnent à eux-mêmes conscience de leur perfection particulière, alors qu'en suivant la règle de droit ils se situent à un niveau de parfaite universalité, qui leur est commun avec tout le monde.

HEGEL
notions : DROIT MORALE
HEGEL
2001 TECHN. INDE NORMALE La liberté de pensée consiste-t-elle à penser ce qu'on veut ?
notions : ESPRIT LIBERTÉ
2001 TECHN. INDE NORMALE L'histoire de chacun dépend-elle de l'histoire de tous ?
notions : HISTOIRE
2001 TECHN. INDE NORMALE L'universalité du besoin d'art ne tient pas à autre chose qu'au fait que l'homme est un être pensant et doué de conscience. En tant que doué de conscience, l'homme doit se placer en face de ce qu'il est, de ce qu'il est d'une façon générale, et en faire un objet pour soi. Les choses de la nature se contentent d'être, …
lire la suite L'universalité du besoin d'art ne tient pas à autre chose qu'au fait que l'homme est un être pensant et doué de conscience. En tant que doué de conscience, l'homme doit se placer en face de ce qu'il est, de ce qu'il est d'une façon générale, et en faire un objet pour soi. Les choses de la nature se contentent d'être, elles sont simples, ne sont qu'une fois, mais l'homme, en tant que conscience, se dédouble  : il est une fois, mais il est pour lui-même. Il projette devant lui ce qu'il est ; il se contemple, se représente lui-même. Il faut donc chercher le besoin général qui provoque une oeuvre d'art dans la pensée de l'homme, puisque l'oeuvre d'art est un moyen à l'aide duquel l'homme extériorise ce qu'il est.

HEGEL

QUESTIONS  :

1° Dégagez l'idée principale du texte.

2°Expliquez
a) "Les choses de la nature se contentent d'être, elles sont simples, ne sont qu'une fois, mais l'homme, en tant que conscience, se dédouble " ;
b) "l'oeuvre d'art est un moyen à l'aide duquel l'homme extériorise ce qu'il est".

3° Pourrions-nous nous passer d'oeuvres d'art ?
notions : ART CONSCIENCE
HEGEL
2001 ES JAPON NORMALE Travailler, est-ce perdre son temps ?
notions : TEMPS TRAVAIL
2001 ES JAPON NORMALE La beauté oblige-t-elle à penser ?
notions : ART ESPRIT
2001 ES JAPON NORMALE L'homme est un être destiné à la société (bien qu'il soit aussi insociable), et en cultivant l'état de société il ressent puissamment le besoin de s'ouvrir aux autres (même sans avoir là d'intention précise) ; mais d'un autre côté, retenu et averti par la peur de l'abus que les autres pourraient faire de cette révélat…
lire la suite L'homme est un être destiné à la société (bien qu'il soit aussi insociable), et en cultivant l'état de société il ressent puissamment le besoin de s'ouvrir aux autres (même sans avoir là d'intention précise) ; mais d'un autre côté, retenu et averti par la peur de l'abus que les autres pourraient faire de cette révélation de ses pensées, il se voit alors contraint de renfermer en lui-même une bonne part de ses jugements (surtout ceux qu'il porte sur les autres hommes). (...) II consentirait bien aussi à révéler aux autres ses défauts et ses fautes, mais il doit craindre que l'autre ne dissimule les siens et que lui-même puisse ainsi baisser dans l'estime de ce dernier s'il lui ouvrait tout son coeur.
Si donc il trouve un homme qui ait de bonnes intentions et soit sensé, de telle sorte qu'il puisse, sans avoir à se soucier de ce danger, lui ouvrir son coeur en toute confiance et s'accorde de surcroît avec lui sur la manière de juger des choses, il peut donner libre cours à ses pensées. Il n'est plus entièrement seul avec ses pensées, comme dans une prison, mais jouit d'une liberté dont il est privé dans la foule où il lui faut se renfermer en lui-même.

KANT
notions : {JUGEMENT} LANGAGE LIBERTÉ SOCIÉTÉ
KANT
2001 L JAPON NORMALE Est-il possible de penser par soi-même ?
notions : ESPRIT SUJET
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lire la suite D'un côté, la destination de chacun dans la société n'étant plus déterminée par aucune maxime généralement respectée, et les institutions pratiques ayant dû se conformer à cette situation des esprits, l'essor des ambitions particulières n'est plus contenu réellement que par la puissance irrégulière et fortuite des circonstances extérieures propres aux divers individus. D'un autre côté, le sentiment social cherchant vainement, soit dans la raison privée, soit dans les préjugés publics, des notions exactes et fixes sur ce qui constitue le bien général dans chaque cas qui se présente, il finit par dégénérer peu à peu en une vague intention philanthropique, incapable d'exercer aucune action réelle sur la conduite de la vie. Par cette double influence, chacun, dans les grands rapports sociaux, est graduellement conduit à se faire centre, et la notion de l'intérêt particulier restant seule bien claire au milieu de tout ce chaos moral, l'égoïsme pur devient naturellement le seul mobile assez énergique pour diriger l'existence active.

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