Banque de sujets de baccalauréat

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AnnéeSérieLieuSession SujetAuteur
2018 TECHN. ANTILLES NORMALE La technique nous est-elle plus nécessaire que l’art ?
notions : ART TECHNIQUE
2018 TECHN. ANTILLES REMPLACEMENT La vérité peut-elle être dangereuse?
notions : VÉRITÉ
2018 TECHN. ANTILLES NORMALE Le bonheur peut-il être durable?
notions : BONHEUR
2018 TECHN. ANTILLES NORMALE Suffit-il d’être expérimenté pour être savant ?
notions : EXPÉRIENCE RAISON
2018 TECHN. ANTILLES REMPLACEMENT Peut-on reprocher à l’art d’être inutile ?
Peut-on reprocher à l’art d’être inutile ?
notions : ART
2018 TECHN. ANTILLES NORMALE Il arrive qu’on désire connaître le résultat d’une action : on pense alors à quelque action semblable du passé, et, l’un après l’autre, aux résultats de celle-ci, en supposant que des résultats semblables suivront des actions semblables. Ainsi celui qui considère par avance ce qu’il adviendra d’un criminel rep…
lire la suite Il arrive qu’on désire connaître le résultat d’une action : on pense alors à quelque action semblable du passé, et, l’un après l’autre, aux résultats de celle-ci, en supposant que des résultats semblables suivront des actions semblables. Ainsi celui qui considère par avance ce qu’il adviendra d’un criminel repasse mentalement ce qu’il a vu, auparavant, succéder à un tel crime. Ses pensées suivent l’ordre suivant : le crime, l’agent de police, le juge, le gibet (1). Cette espèce de pensées est appelée vue anticipée, prudence, prescience, et quelquefois sagesse, quoiqu’une telle conjecture (2) soit fort trompeuse, parce qu’il est difficile de prendre garde à toutes les circonstances. Ceci du moins est certain : autant un homme l’emporte sur un autre par l’expérience des choses passées, d’autant est-il plus prudent et moins fréquemment trompé dans son attente. Dans la nature, seul le présent existe ; les choses passées n’existent que dans le souvenir, et quant aux choses à venir elles n’ont pas d’existence du tout, l’avenir n’étant qu’une fiction mentale qui consiste à attribuer aux actions présentes les suites des actions passées. C’est celui qui a le plus d’expérience qui accomplit cela avec le plus de certitude, mais pas avec une pleine certitude. Et quoiqu’on parle de prudence, quand le résultat répond à l’attente, ce n’est de soi qu’une présomption (3).

HOBBES, Léviathan (1651)

(1) instrument de supplice pour les condamnés à la pendaison
(2) hypothèse
(3) supposition

Pour expliquer ce texte, vous répondrez aux questions suivantes, qui sont destinées principalement à guider votre rédaction. Elles ne sont pas indépendantes les unes des autres et demandent que le texte soit d’abord étudié dans son ensemble.

1. Dégager l’idée principale du texte et les étapes du raisonnement. 2. Expliquer :

a) « en supposant que des résultats semblables suivront des actions semblables » ;

b) « dans la nature, seul le présent existe » ;

c) « c’est celui qui a le plus d’expérience qui accomplit cela avec le plus de certitude, mais pas une pleine certitude. ».

3. L’expérience est-elle source de connaissance ?
notions : EXPÉRIENCE
HOBBES
2018 TECHN. ANTILLES NORMALE Il convient de travailler à l’élimination de maux concrets et non pour mettre en œuvre un bien abstrait. Il ne faut pas chercher à instaurer le bonheur par des moyens politiques, mais au contraire à supprimer des maux bien réels. Ou encore, plus concrètement : il s’agit de combattre la pauvreté par des moyens di…
lire la suite Il convient de travailler à l’élimination de maux concrets et non pour mettre en œuvre un bien abstrait. Il ne faut pas chercher à instaurer le bonheur par des moyens politiques, mais au contraire à supprimer des maux bien réels. Ou encore, plus concrètement : il s’agit de combattre la pauvreté par des moyens directs en s’assurant, par exemple, que tous disposent d’un minimum de revenus, de lutter contre les épidémies et la maladie en créant des hôpitaux et des facultés de médecine, de combattre l’analphabétisme comme on lutte contre la criminalité. L’essentiel est d’employer des moyens directs. Il suffit de déterminer quel est le mal qui affecte le plus gravement la société et de s’efforcer patiemment de montrer à autrui la possibilité de l’éliminer. Mais il ne faut pas chercher à réaliser ces objectifs par des voies indirectes en définissant l’idéal lointain d’une société entièrement bonne et en s’attachant à mettre cet idéal en œuvre. Quelle que soit la force du sentiment d’obligation que cette vision nous inspire, il n’y a pas lieu de se sentir requis de lui donner corps ou de s’imaginer investi de la mission d’en faire découvrir à autrui toute la beauté. Il ne faut pas que cette vision imaginaire d’un monde merveilleux nous fasse négliger les revendications d’individus qui souffrent hic et nunc(1). Nos semblables sont fondés à attendre de nous un secours. Aucune génération ne doit être sacrifiée au nom des générations à venir et d’un idéal de bonheur qu’on risque de ne jamais atteindre. Je considère, en résumé, que l’allègement des maux dont souffrent les hommes est le problème qui se pose avec le plus d’acuité à une politique sociale rationnelle et que la question du bonheur est d’un autre ordre. Laissons au domaine privé cette recherche du bonheur.

POPPER, Conjectures et réfutations (1963)

(1) « Hic et nunc » : formule latine signifiant « ici et maintenant ».

Pour expliquer ce texte, vous répondrez de manière explicite, précise et développée aux questions suivantes, qui sont destinées à guider votre rédaction.

[A]1. Popper distingue des « maux concrets » et un « bien abstrait » : de quoi s’agit-il ? Expliquez cette distinction.
2. Que veut dire Popper lorsqu’il oppose des « moyens directs » et des « voies indirectes » ? Illustrez votre réponse à l’aide des exemples du texte.
3. Expliquez la phrase : « Aucune génération ne doit être sacrifiée au nom des générations à venir et d’un idéal de bonheur qu’on risque de ne jamais atteindre ».
4. Qu’est-ce que le «domaine privé» ?

Qu’est-cequele«domaineprivé»?

[B] 1. Comment caractériser "une politique sociale rationnelle"? à quoi s'oppose-t-elle?
2. En vous aidant des éléments précédents, dégagez l’idée principale du texte et ses étapes principales.

[C]1. Pour quelles raisons la mise en œuvre politique d’un « monde merveilleux» pourrait-elle se révéler catastrophique?

2. À la lumière de vos connaissances, de votre expérience et de vos lectures, et en tenant compte du texte de Popper, répondez à la question de savoir s’il est légitime de différencier le souci de soulager les maux des individus et celui de leur apporter le bonheur. Vous envisagerez les principes sur lesquels peut reposer une telle distinction, mais également ses conséquences, sur le plan individuel, social ou politique.
POPPER
2018 TECHN. ANTILLES REMPLACEMENT La puissance souveraine ne se trouve donc que dans la réunion des forces prépondérantes. Elle ne consiste même qu’en cela. Comme elle n’est puissance, que parce qu’elle est une force comparée à une autre force ; elle n’est puissance souveraine, que parce qu’elle est une force prépondérante à toutes. Cette p…
lire la suite La puissance souveraine ne se trouve donc que dans la réunion des forces prépondérantes. Elle ne consiste même qu’en cela. Comme elle n’est puissance, que parce qu’elle est une force comparée à une autre force ; elle n’est puissance souveraine, que parce qu’elle est une force prépondérante à toutes.

Cette puissance, dira-t-on, fait donc violence aux uns pour assurer la liberté des autres. Sans doute, et la chose ne peut pas être autrement. Si la licence (1) régnait, il n’y aurait point de liberté ; puisque la licence de tous nuirait à la liberté de tous. Pour assurer la liberté, il faut donc mettre un frein à la licence. Voilà ce que fait la puissance souveraine ou prépondérante ; et le gouvernement est libre, lorsqu’elle n’emploie la violence que contre ceux qui veulent abuser de leur liberté : c’est-à-dire, que le gouvernement est libre, lorsque les lois règlent l’usage de la puissance souveraine, et en bannissent tout arbitraire.

CONDILLAC, Cours d’étude pour l’instruction du Prince de Parme (1775)

(1) Faire tout ce qui nous plaît

Pour expliquer ce texte, vous répondrez aux questions suivantes, qui sont destinées principalement à guider votre rédaction. Elles ne sont pas indépendantes les unes des autres et demandent que le texte soit d’abord étudié dans son ensemble.

1. Dégager l’idée principale du texte et les étapes du raisonnement.
2. Expliquer :

a) « Cette puissance (...) fait donc violence aux uns pour assurer la liberté des autres. » ;
b) « Si la licence régnait, il n’y aurait point de liberté. » ;
c) « Le gouvernement est libre, lorsque les lois règlent l’usage de la puissance

souveraine, et en bannit tout arbitraire. ».

3. Les lois sont-elles la condition de la liberté ?
notions : DROIT LIBERTÉ
CONDILLAC
2018 ES ÉTRANGER GROUPE 1 NORMALE Le respect de la morale est-il une preuve de liberté ?
notions : LIBERTÉ MORALE
2018 ES ÉTRANGER GROUPE 1 NORMALE Y a-t-il un sens à débattre de la vérité ?
notions : VÉRITÉ
2018 ES ÉTRANGER GROUPE 1 NORMALE Quand une œuvre s’adresse au public, même si j’ai de l’amitié ou de l’inimitié1 pour l’auteur, je dois me détacher de cette situation, et, me considérant simplement comme un homme en général, oublier, si possible, mon être singulier et les circonstances qui me sont particulières. Un homme qui est sous l’empire…
lire la suite Quand une œuvre s’adresse au public, même si j’ai de l’amitié ou de l’inimitié1 pour l’auteur, je dois me détacher de cette situation, et, me considérant simplement comme un homme en général, oublier, si possible, mon être singulier et les circonstances qui me sont particulières. Un homme qui est sous l’empire du préjugé ne se soumet pas à cette condition, mais garde avec obstination sa position naturelle, sans se placer à ce point de vue précis que l’œuvre demande. À supposer que celle-ci soit destinée à des personnes d’une époque ou d’une nation différente, il ne tient aucun compte des conceptions et des préjugés qui leur sont propres, mais, tout pénétré des mœurs de son époque et de son pays, condamne avec rudesse ce qui paraissait admirable à ceux pour lesquels seulement le discours fut composé. Si l’œuvre est faite pour le public, il n’élargit jamais suffisamment le champ de sa compréhension, et n’oublie pas suffisamment l’intérêt qu’il lui porte en tant qu’ami ou ennemi, en tant que rival, ou commentateur. Par ce biais, ses sentiments sont faussés, et les mêmes beautés et les mêmes fautes n’ont pas sur lui la même influence que s’il s’était fait violence de la manière appropriée, en ce qui concerne son imagination, et s’était, pour un temps, oublié lui-même. Son goût, bien évidemment, s’écarte pour autant de la véritable norme, et perd, par conséquent, toute crédibilité et toute autorité.

HUME, De la norme du goût (1757)

1 « inimitié » : contraire de l’amitié
notions : ART
HUME
2018 L ÉTRANGER GROUPE 1 NORMALE

Croire, est-ce renoncer à la raison ?
notions : RAISON
2018 L ÉTRANGER GROUPE 1 NORMALE

Les hommes peuvent-ils s’entendre sur ce qui est juste ?
notions : JUSTICE
2018 L ÉTRANGER GROUPE 1 NORMALE Dans la perception j’observe les objets. Il faut entendre par là que l’objet, quoiqu’il entre tout entier dans ma perception, ne m’est jamais donné que d’un côté à la fois. On connaît l’exemple du cube : je ne puis savoir que c’est un cube tant que je n’ai pas appréhendé ses six faces ; je puis à la rigueur en…
lire la suite Dans la perception j’observe les objets. Il faut entendre par là que l’objet, quoiqu’il entre tout entier dans ma perception, ne m’est jamais donné que d’un côté à la fois. On connaît l’exemple du cube : je ne puis savoir que c’est un cube tant que je n’ai pas appréhendé ses six faces ; je puis à la rigueur en voir trois à la fois, mais jamais plus. Il faut donc que je les appréhende successivement. Et lorsque je passe, par exemple, de l’appréhension des faces ABC à celle des faces BCD, il reste toujours une possibilité pour que la face A se soit anéantie durant mon changement de position. L’existence du cube demeurera donc douteuse. En même temps, nous devons remarquer que lorsque je vois trois faces du cube à la fois, ces trois faces ne se présentent jamais à moi comme des carrés : leurs lignes s’aplatissent, leurs angles deviennent obtus, et je dois reconstituer leur nature de carrés à partir des apparences de ma perception. Tout cela a été dit cent fois : le propre de la perception, c’est que l’objet n’y paraît jamais que dans une série de profils, de projections. Le cube m’est bien présent, je puis le toucher, le voir ; mais je ne le vois jamais que d’une certaine façon qui appelle et exclut à la fois une infinité d’autres points de vue.

SARTRE, L’Imaginaire, 1940.
notions : PERCEPTION
SARTRE
2018 S ÉTRANGER GROUPE 1 NORMALE Une œuvre d’art doit-elle nécessairement nous émouvoir ?
notions : ART
2018 S ÉTRANGER GROUPE 1 NORMALE Peut-on ne pas adhérer à une démonstration ?
notions : DÉMONSTRATION
2018 S ÉTRANGER GROUPE 1 NORMALE En menant une existence relâchée, les hommes sont personnellement responsables d’être devenus eux-mêmes relâchés, ou d’être devenus injustes ou intempérants(1), dans le premier cas par leur mauvaise conduite et dans le second en passant leur vie à boire ou à commettre des excès analogues : en effet, c’est pa…
lire la suite En menant une existence relâchée, les hommes sont personnellement responsables d’être devenus eux-mêmes relâchés, ou d’être devenus injustes ou intempérants(1), dans le premier cas par leur mauvaise conduite et dans le second en passant leur vie à boire ou à commettre des excès analogues : en effet, c’est par l’exercice des actions particulières qu’ils acquièrent un caractère du même genre qu’elles. On peut s’en rendre compte en observant ceux qui s’entraînent en vue d’une compétition ou d’une activité quelconque : tout leur temps se passe en exercices. Aussi, se refuser à reconnaître que c’est à l’exercice de telles actions particulières que sont dues les dispositions de notre caractère est le fait d’un esprit singulièrement étroit. En outre, il est absurde de supposer que l’homme qui commet des actes d’injustice ou d’intempérance ne veuille pas être injuste ou intempérant ; et si, sans avoir l’ignorance pour excuse, on accomplit des actions qui auront pour conséquence de rendre injuste, c’est volontairement qu’on sera injuste. Il ne s’ensuit pas cependant qu’un simple souhait suffira pour cesser d’être injuste et pour être juste, pas plus que ce n’est ainsi que le malade peut recouvrer la santé, quoiqu’il puisse arriver qu’il soit malade volontairement en menant une vie intempérante et en désobéissant à ses médecins : c’est au début qu’il lui était alors possible de ne pas être malade, mais une fois qu’il s’est laissé aller, cela ne lui est plus possible, de même que si vous avez lâché une pierre vous n’êtes plus capable de la rattraper, mais pourtant il dépendait de vous de la jeter et de la lancer, car le principe de votre acte était en vous. Ainsi en est-il pour l’homme injuste ou intempérant : au début il leur était possible de ne pas devenir tels, et c’est ce qui fait qu’ils le sont volontairement ; et maintenant qu’ils le sont devenus, il ne leur est plus possible de ne pas l’être.

ARISTOTE, Éthique à Nicomaque (IVe siècle av. J.C.)

(1) intempérants : sans retenue
notions : MORALE
ARISTOTE
2018 TECHN. ÉTRANGER GROUPE 1 NORMALE La vérité est-elle indiscutable ?
notions : VÉRITÉ
2018 TECHN. ÉTRANGER GROUPE 1 NORMALE Peut-on avoir peur d’être libre ?
notions : LIBERTÉ
2018 TECHN. ÉTRANGER GROUPE 1 NORMALE O homme ! Reconnais donc la bienfaisance de la nature ; car elle t’a donné cette intelligence qui pourvoit à toutes tes nécessités. Mais que la paresse, se faisant passer pour de la gratitude, ne te persuade pas de te contenter de ses présents ! Voudrais-tu revenir en arrière, à l’herbe crue pour nourriture, au …
lire la suite O homme ! Reconnais donc la bienfaisance de la nature ; car elle t’a donné cette intelligence qui pourvoit à toutes tes nécessités. Mais que la paresse, se faisant passer pour de la gratitude, ne te persuade pas de te contenter de ses présents ! Voudrais-tu revenir en arrière, à l’herbe crue pour nourriture, au ciel pour couverture, aux pierres et aux bâtons pour toute défense contre les animaux voraces du désert ? Alors, retourne aussi à tes mœurs sauvages, à tes superstitions craintives, à ta bestiale ignorance, et sombre plus bas que ces animaux dont tu admires la condition et que tu voudrais si ardemment imiter !

La nature, ta tendre mère, t’ayant donné l’art et l’intelligence, a rempli toute la terre de matériaux sur lesquels employer ces talents. Prête l’oreille à sa voix qui te dit si clairement que tu dois être aussi toi-même l’objet de ton industrie (1), que c’est par ton art et ton application seuls que tu peux acquérir ce pouvoir qui t’élèvera à ta juste place dans l’univers. Vois l’artisan qui d’une pierre grossière et sans forme tire un noble métal et qui, façonnant ce métal de ses mains habiles, crée comme par magie toutes les armes nécessaires à sa défense, tous les instruments utiles à sa commodité. Il ne détient pas cette habileté de la nature ; c’est l’usage et l’exercice qui la lui ont enseignée ; et si tu veux égaler son succès, il te faut suivre ses pas laborieux (2).

HUME, Essais moraux, politiques et littéraires, XVI

1 travail
2 du latin labor : travail.

Pour expliquer ce texte, vous répondrez aux questions suivantes, qui sont destinées principalement à guider votre rédaction. Elles ne sont pas indépendantes les unes des autres et demandent que le texte soit d’abord étudié dans son ensemble.

1. Dégager l’idée principale du texte et les étapes du raisonnement. 2. Expliquer :

a) « Reconnais donc la bienfaisance de la nature ; car elle t’a donné cette intelligence qui pourvoit à toutes tes nécessités. » ;

b) « tu dois être aussi toi-même l’objet de ton industrie » ;

c) « et si tu veux égaler son succès, il te faut suivre ses pas laborieux ».

3. Faut-il s’en tenir à la nature ?
notions : TECHNIQUE TRAVAIL
HUME
2018 ES INDE NORMALE Peut-on vivre sans morale ?
Peut-on vivre sans morale ?
notions : MORALE
2018 ES INDE NORMALE Doit-on attendre de la technique qu’elle mette fin au travail ?
Doit-on attendre de la technique qu’elle mette fin au travail ?
notions : TECHNIQUE TRAVAIL
2018 ES INDE NORMALE Les gouvernants voudraient faire admettre la maxime qu’eux seuls sont susceptibles de voir juste en politique, et que par conséquent il n’appartient qu’à eux d’avoir une opinion à ce sujet. Ils ont bien leurs raisons pour parler ainsi, et les gouvernés ont aussi les leurs, qui sont précisément les mêmes, pour re…
lire la suite Les gouvernants voudraient faire admettre la maxime qu’eux seuls sont susceptibles de voir juste en politique, et que par conséquent il n’appartient qu’à eux d’avoir une opinion à ce sujet. Ils ont bien leurs raisons pour parler ainsi, et les gouvernés ont aussi les leurs, qui sont précisément les mêmes, pour refuser d’admettre ce principe, qui, effectivement considéré en lui-même, et sans aucun préjugé, soit de gouvernant, soit de gouverné, est tout à fait absurde. Car les gouvernants sont, au contraire, par leur position, même en les supposant honnêtes, les plus incapables d’avoir une opinion juste et élevée sur la politique générale ; puisque plus on est enfoncé dans la pratique, moins on doit voir juste sur la théorie. Une condition capitale pour un publiciste (1) qui veut se faire des idées politiques larges, est de s’abstenir rigoureusement de tout emploi ou fonction publique : comment pourrait-il être à la fois acteur et spectateur ? Mais on est tombé, à cet égard, d’un excès dans un autre. En combattant la prétention ridicule du savoir politique exclusif des gouvernants, on a engendré, dans les gouvernés, le préjugé, non moins ridicule, quoique moins dangereux, que tout homme est apte à se former, par le seul instinct, une opinion juste sur le système politique, et chacun a prétendu devoir s’ériger en législateur.

Il est singulier que les hommes jugent impertinent de prétendre savoir la physique ou l’astronomie, etc., sans avoir étudié ces sciences, et qu’ils croient en même temps que tout le monde doit savoir la science politique, et avoir une opinion fixe et tranchante sur ses principes les plus abstraits, sans qu’il soit nécessaire d’avoir la peine d’y réfléchir, et d’en avoir fait un objet spécial d’étude. Cela tient à ce que la politique n’est point encore une science positive : car il est évident que, quand elle le sera devenue, tout le monde comprendra que, pour la connaître, il est indispensable d’avoir étudié les observations et les déductions sur lesquelles elle sera fondée.

Auguste COMTE, Opuscules de philosophie sociale

1 Publiciste : personne qui écrit sur la vie politique
notions : ÉTAT  POLITIQUE
COMTE
2018 S INDE NORMALE Toute démonstration est-elle scientifique ?
notions : DÉMONSTRATION
2018 S INDE NORMALE Une loi injuste vaut-elle mieux que l’absence de loi ?
notions : LOI
2018 S INDE NORMALE Considérons maintenant l’âme dans le corps, qu’elle existe d’ailleurs avant lui ou seulement en lui ; d’elle et du corps se forme le tout appelé animal. Si le corps est pour elle comme un instrument dont elle se sert, elle n’est pas contrainte d’accueillir en elle les affections du corps, pas plus que l’artisan ne r…
lire la suite Considérons maintenant l’âme dans le corps, qu’elle existe d’ailleurs avant lui ou seulement en lui ; d’elle et du corps se forme le tout appelé animal. Si le corps est pour elle comme un instrument dont elle se sert, elle n’est pas contrainte d’accueillir en elle les affections du corps, pas plus que l’artisan ne ressent ce qu’éprouvent ses outils: mais peut-être faut-il qu’elle en ait la sensation, puisqu’il faut qu’elle connaisse, par la sensation, les affections extérieures du corps, pour se servir de lui comme d’un instrument : se servir des yeux, c’est voir. Or, elle peut être atteinte dans sa vision, et par conséquent, subir des peines, des souffrances, et tout ce qui arrive au corps ; elle éprouve aussi des désirs, quand elle cherche à soigner un organe malade.

Mais comment ces passions viendront-elles du corps jusqu’à elle ? Un corps communique ses propriétés à un autre corps ; mais à l’âme ? Ce serait dire qu’un être pâtit (1) de la passion d’un autre. Tant que l’âme est un principe qui se sert du corps, et le corps un instrument de l’âme, ils restent séparés l’un de l’autre ; et si l’on admet que l’âme est un principe qui se sert du corps, on la sépare. Mais avant qu’on ait atteint cette séparation par la pratique de la philosophie, qu’en était-il ? Ils sont mêlés : mais comment ? Ou bien c’est d’une des espèces de mélanges ; ou bien il y a entrelacement réciproque ; ou bien l’âme est comme la forme du corps, et n’est point séparée de lui ; ou bien elle est une forme qui touche le corps, comme le pilote touche son gouvernail ; ou bien une partie de l’âme est séparée du corps et se sert de lui, et une autre partie y est mélangée et passe elle-même au rang d’organe.

PLOTIN, Ennéades.

1 Pâtit : souffre
notions : DÉSIR
PLOTIN
2018 TECHN. INDE NORMALE Douter, est-ce renoncer à la vérité ?
notions : VÉRITÉ
2018 TECHN. INDE NORMALE La culture sert-elle à changer le monde ?
notions : CULTURE
2018 TECHN. INDE NORMALE Il semble qu'on puisse affirmer que l'homme ne saurait rien de la liberté intérieure s'il n'avait d'abord expérimenté une liberté qui soit une réalité tangible (1) dans le monde. Nous prenons conscience d'abord de la liberté ou de son contraire dans notre commerce (2) avec d'autres, non dans le commerce avec no…
lire la suite Il semble qu'on puisse affirmer que l'homme ne saurait rien de la liberté intérieure s'il n'avait d'abord expérimenté une liberté qui soit une réalité tangible (1) dans le monde. Nous prenons conscience d'abord de la liberté ou de son contraire dans notre commerce (2) avec d'autres, non dans le commerce avec nous-mêmes. Avant de devenir un attribut de la pensée ou une qualité de la volonté, la liberté a été comprise comme le statut de l'homme libre, qui lui permettait de se déplacer, de sortir de son foyer, d'aller dans le monde et de rencontrer d'autres gens en actes et en paroles. Il est clair que cette liberté était précédée par la libération : pour être libre, l'homme doit s'être libéré des nécessités de la vie. Mais le statut d'homme libre ne découlait pas automatiquement de l'acte de libération. Être libre exigeait, outre la simple libération, la compagnie d'autres hommes, dont la situation était la même, et demandait un espace public commun où les rencontrer — un monde politiquement organisé, en d'autres termes, où chacun des hommes libres pût s'insérer par la parole et par l'action.

ARENDT, La crise de la culture (1961)

1 concrète
2 relation


Pour expliquer ce texte, vous répondrez aux questions suivantes, qui sont destinées principalement à guider votre rédaction. Elles ne sont pas indépendantes les unes des autres et demandent que le texte soit d’abord étudié dans son ensemble.

1. Dégager l’idée principale du texte et les étapes du raisonnement. 2. Expliquer :

a) « nous prenons conscience d’abord de la liberté ou de son contraire dans notre commerce aux autres, non dans le commerce à nous-mêmes. » ;

b) « pour être libre, l’homme doit s’être libéré des nécessités de la vie »

c) « Être libre [...] demandait un espace public où les rencontrer ».

3. La liberté suppose-t-elle des échanges avec autrui ?

ARENDT
2018 ES JAPON NORMALE Peut-on juger autrui ?
notions : AUTRUI
2018 ES JAPON NORMALE Suffit-il d’être dans son droit pour être juste ?
notions : DROIT JUSTICE
2018 ES JAPON NORMALE Sans doute, quand on envisage l’ensemble complet des travaux de tout genre de l’espèce humaine, on doit concevoir l’étude de la nature comme destinée à fournir la véritable base rationnelle de l’action de l’homme sur la nature, puisque la connaissance des lois des phénomènes, dont le résultat constant est de no…
lire la suite Sans doute, quand on envisage l’ensemble complet des travaux de tout genre de l’espèce humaine, on doit concevoir l’étude de la nature comme destinée à fournir la véritable base rationnelle de l’action de l’homme sur la nature, puisque la connaissance des lois des phénomènes, dont le résultat constant est de nous les faire prévoir, peut seule évidemment nous conduire, dans la vie active, à les modifier à notre avantage les uns par les autres. Nos moyens naturels et directs pour agir sur les corps qui nous entourent sont extrêmement faibles, et tout à fait disproportionnés à nos besoins. Toutes les fois que nous parvenons à exercer une grande action, c’est seulement parce que la connaissance des lois naturelles nous permet d’introduire, parmi les circonstances déterminées sous l’influence desquelles s’accomplissent les divers phénomènes, quelques éléments modificateurs, qui, quelque faibles qu’ils soient en eux-mêmes, suffisent, dans certains cas, pour faire tourner à notre satisfaction les résultats définitifs de l’ensemble des causes extérieures. En résumé, science, d’où prévoyance ; prévoyance, d’où action : telle est la formule très simple qui exprime, d’une manière exacte, la relation générale de la science et de l’art, en prenant ces deux expressions dans leur acception totale.

Mais, malgré l’importance capitale de cette relation, qui ne doit jamais être méconnue, ce serait se former des sciences une idée bien imparfaite que de les concevoir seulement comme les bases des arts, et c’est à quoi malheureusement on n’est que trop enclin de nos jours.

COMTE, Cours de philosophie positive (1824)
notions : ART CULTURE
COMTE
2018 L JAPON NORMALE La démonstration chasse-t-elle le doute ?
notions : DÉMONSTRATION
2018 L JAPON NORMALE L’Etat peut-il être impartial ?
notions : ÉTAT 
2018 L JAPON NORMALE Les lois de la conscience, dont nous disons qu’elles naissent naturellement, naissent de la coutume : chacun ayant en intime vénération les opinions et les mœurs approuvées et admises autour de lui ne peut s’en détacher sans remords ni s’y appliquer sans contentement. Quand les Crétois, au temps passé, voulaie…
lire la suite Les lois de la conscience, dont nous disons qu’elles naissent naturellement, naissent de la coutume : chacun ayant en intime vénération les opinions et les mœurs approuvées et admises autour de lui ne peut s’en détacher sans remords ni s’y appliquer sans contentement.

Quand les Crétois, au temps passé, voulaient maudire quelqu’un, ils priaient les dieux de l’engager dans quelque mauvaise habitude.

Mais le principal effet de la puissance de la coutume, c’est de nous saisir et de nous prendre dans ses serres de telle sorte qu’il nous soit difficilement possible de nous dégager de sa prise et de rentrer en nous pour réfléchir et soumettre ses prescriptions au raisonnement. En vérité, parce que nous les absorbons avec le lait de notre naissance et que le visage du monde se présente dans cet état à notre première vue, il semble que nous soyons nés à suivre ce train-là. Et les opinions courantes, que nous trouvons en crédit autour de nous (1), et qui sont infusées en notre âme par la semence de nos pères, il semble que ce soit les opinions générales et naturelles.

Par là il arrive que ce qui est hors des gonds de la coutume, on le croit hors des gonds de la raison : Dieu sait combien il est déraisonnable de croire cela le plus souvent. Si, comme nous, qui nous étudions, avons appris à le faire, chaque homme qui entend une pensée juste regardait sur le champ par où elle le concerne directement, il trouverait qu’elle n’est pas tant un bon mot qu’un bon coup de fouet à la bêtise ordinaire de son jugement.

MONTAIGNE, Les Essais, 1580

(1) « que nous trouvons en crédit autour de nous » : qui sont communément admises
MONTAIGNE
2018 S JAPON NORMALE Le citoyen peut-il se désintéresser de la politique ?
notions : POLITIQUE
2018 S JAPON NORMALE La technique nous dirige-t-elle ?
notions : TECHNIQUE
2018 S JAPON NORMALE Comprendre, c’est connaître immédiatement, et par conséquent intuitivement, l’enchaînement causal, bien que cette connaissance demande à être de suite déposée dans des notions abstraites afin d’être fixée. Aussi calculer n’est pas comprendre et ne fournit par soi aucune compréhension des choses. Le calcul ne…
lire la suite Comprendre, c’est connaître immédiatement, et par conséquent intuitivement, l’enchaînement causal, bien que cette connaissance demande à être de suite déposée dans des notions abstraites afin d’être fixée. Aussi calculer n’est pas comprendre et ne fournit par soi aucune compréhension des choses. Le calcul ne s’occupe purement que de notions abstraites de grandeurs, dont il détermine les rapports mutuels. Mais on n’acquiert pas par là la moindre compréhension d’un phénomène physique quelconque. Car pour cela il faut connaître par la perception intuitive les conditions de l’espace en vertu desquelles les causes agissent. Les calculs n’ont de valeur que pour la pratique, non pour la théorie. On pourrait même dire : Où commence le calcul, la compréhension cesse. Car le cerveau occupé de chiffres, pendant qu’il calcule, reste complètement étranger à l’enchaînement causal dans la marche physique des phénomènes ; il n’est rempli que de notions abstraites de chiffres. Et le résultat ne donne jamais rien au-delà du combien, jamais le quoi. « L’expérience et le calcul », cette formule favorite des physiciens ne suffisent donc nullement.

Arthur SCHOPENHAUER, De la quadruple racine du principe de raison suffisante.
SCHOPENHAUER
2018 ES LIBAN NORMALE L’idée d’inconscient remet-elle en cause la responsabilité ?
notions : INCONSCIENT
2018 ES LIBAN NORMALE L’histoire peut-elle servir l’action politique ?
notions : HISTOIRE POLITIQUE
2018 ES LIBAN NORMALE Si l'intérêt rapproche les hommes, ce n'est jamais que pour quelques instants ; il ne peut créer entre eux qu'un lien extérieur. Dans le fait de l'échange, les divers agents restent en dehors les uns des autres, et l'opération terminée, chacun se retrouve et se reprend tout entier. Les consciences ne sont que su…
lire la suite Si l'intérêt rapproche les hommes, ce n'est jamais que pour quelques instants ; il ne peut créer entre eux qu'un lien extérieur. Dans le fait de l'échange, les divers agents restent en dehors les uns des autres, et l'opération terminée, chacun se retrouve et se reprend tout entier. Les consciences ne sont que superficiellement en contact ; ni elles ne se pénètrent, ni elles n'adhèrent fortement les unes aux autres. Si même on regarde au fond des choses, on verra que toute harmonie d'intérêts recèle un conflit latent (1) ou simplement ajourné (2). Car, là où l'intérêt règne seul, comme rien ne vient refréner les égoïsmes en présence, chaque moi se trouve vis-à- vis de l'autre sur le pied de guerre et toute trêve à cet éternel antagonisme ne saurait être de longue durée. L'intérêt est, en effet, ce qu'il y a de moins constant au monde. Aujourd'hui, il m'est utile de m'unir à vous ; demain la même raison fera de moi votre ennemi. Une telle cause ne peut donc donner naissance qu'à des rapprochements passagers et à des associations d'un jour.

DURKHEIM, De la division du travail social (1893)

La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.

1 latent : caché
2 ajourné : reporté
notions : ÉCHANGES
DURKHEIM
2018 L LIBAN NORMALE

La parole a-t-elle le pouvoir de changer les choses ?
notions : LANGAGE
2018 L LIBAN NORMALE Faut-il aimer les autres pour les respecter ?
notions : MORALE
2018 L LIBAN NORMALE Les pensées des classes dominantes sont à toutes les époques les pensées dominantes, c’est-à-dire que la classe qui est la puissance matérielle dominante de la société, est également sa puissance intellectuelle dominante. La classe qui a à sa disposition les moyens de production matérielle, dispose égalemen…
lire la suite Les pensées des classes dominantes sont à toutes les époques les pensées dominantes, c’est-à-dire que la classe qui est la puissance matérielle dominante de la société, est également sa puissance intellectuelle dominante. La classe qui a à sa disposition les moyens de production matérielle, dispose également par là des moyens de la production intellectuelle, si bien que, l’un dans l’autre, les pensées dominantes ne sont rien de plus que l’expression idéologique des rapports matériels dominants, les rapports matériels conçus sous forme de pensées, par conséquent les rapports qui font de la classe une classe dominante, par conséquent les pensées de sa domination. Les individus qui composent la classe dominante sont conscients et pensent ; dans la mesure où ils dominent, en tant que classe, et déterminent dans toute son étendue une époque historique, il est clair qu’ils la déterminent dans toute son extension, qu’ils dominent donc entre autres comme êtres pensants, comme producteurs de pensées, qu’ils règlent la production et la distribution des pensées de leur temps ; que, par conséquent, leurs pensées sont les pensées dominantes de l’époque. Dans un temps, par exemple, et dans un pays où le pouvoir royal, l’aristocratie et la bourgeoisie se disputent la domination, où la domination est par conséquent partagée, la pensée dominante est la doctrine de la séparation des pouvoirs, présentée maintenant comme « une loi éternelle ».

MARX, (et F. Engels) L’idéologie allemande (1845-1846)
notions : POLITIQUE SOCIÉTÉ
MARX
2018 S LIBAN NORMALE Ne travaille-t-on que pour subvenir à ses besoins ?
notions : TRAVAIL
2018 S LIBAN NORMALE Doit-on rechercher la vérité pour elle-même ?
notions : VÉRITÉ
2018 S LIBAN NORMALE Nous sommes libres quand nos actes émanent de notre personnalité entière, quand ils l'expriment, quand ils ont avec elle cette indéfinissable ressemblance qu'on trouve parfois entre l'œuvre et l'artiste. En vain on alléguera(1) que nous cédons alors à l'influence toute-puissante de notre caractère. Notre caract…
lire la suite Nous sommes libres quand nos actes émanent de notre personnalité entière, quand ils l'expriment, quand ils ont avec elle cette indéfinissable ressemblance qu'on trouve parfois entre l'œuvre et l'artiste. En vain on alléguera(1) que nous cédons alors à l'influence toute-puissante de notre caractère. Notre caractère, c'est encore nous ; et parce qu'on s'est plu à scinder la personne en deux parties pour considérer tour à tour, par un effort d'abstraction, le moi qui sent ou pense et le moi qui agit, il y aurait quelque puérilité à conclure que l'un des deux moi pèse sur l'autre. Le même reproche s'adressera à ceux qui demandent si nous sommes libres de modifier notre caractère. Certes, notre caractère se modifie insensiblement tous les jours, et notre liberté en souffrirait, si ces acquisitions nouvelles venaient se greffer sur notre moi et non pas se fondre en lui. Mais, dès que cette fusion aura lieu, on devra dire que le changement survenu dans notre caractère est bien nôtre, que nous nous le sommes approprié. En un mot, si l'on convient d'appeler libre tout acte qui émane du moi, et du moi seulement, l'acte qui porte la marque de notre personne est véritablement libre, car notre moi seul en revendiquera la paternité.

BERGSON, Essai sur les données immédiates de la conscience (1889)

(1) « alléguer » : prétendre
notions : CONSCIENCE LIBERTÉ
BERGSON
2018 ES MÉTROPOLE REMPLACEMENT Comment puis-je savoir si j'ai raison?
notions : RAISON
2018 ES MÉTROPOLE NORMALE Toute vérité est-elle définitive ?
notions : VÉRITÉ
2018 ES MÉTROPOLE NORMALE Peut-on être insensible à l’art ?
notions : ART

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