Banque de sujets de baccalauréat

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2018 ES MÉTROPOLE REMPLACEMENT Peut-on être libre sans s'imposer une discipline?
notions : LIBERTÉ
2018 ES MÉTROPOLE NORMALE Quand nous obéissons à une personne en raison de l'autorité morale que nous lui reconnaissons, nous suivons ses avis, non parce qu'ils nous semblent sages, mais parce qu'à l'idée que nous nous faisons de cette personne, une énergie psychique d'un certain genre est immanente (1), qui fait plier notre volonté et l…
lire la suite Quand nous obéissons à une personne en raison de l'autorité morale que nous lui reconnaissons, nous suivons ses avis, non parce qu'ils nous semblent sages, mais parce qu'à l'idée que nous nous faisons de cette personne, une énergie psychique d'un certain genre est immanente (1), qui fait plier notre volonté et l'incline dans le sens indiqué. Le respect est l'émotion que nous éprouvons quand nous sentons cette pression intérieure et toute spirituelle se produire en nous. Ce qui nous détermine alors, ce ne sont pas les avantages ou les inconvénients de l'attitude qui nous est prescrite ou recommandée ; c'est la façon dont nous nous représentons celui qui nous la recommande ou qui nous la prescrit. Voilà pourquoi le commandement affecte généralement des formes brèves, tranchantes, qui ne laissent pas de place à l'hésitation ; c'est que, dans la mesure où il est lui-même et agit par ses seules forces, il exclut toute idée de délibération et de calcul ; il tient son efficacité de l'intensité de l'état mental dans lequel il est donné. C'est cette intensité qui constitue ce qu'on appelle l'ascendant moral. Or, les manières d'agir auxquelles la société est assez fortement attachée pour les imposer à ses membres se trouvent, par cela même, marquées du signe distinctif qui provoque le respect.

DURKHEIM, Les Formes élémentaires de la vie religieuse (1912)

1. « immanente » : intérieure
notions : MORALE
DURKHEIM
2018 ES MÉTROPOLE REMPLACEMENT Persuader ou commander, employer des aruments ou des peines, sont des choses bien différentes. Le pouvoir civil tout seul a droit à l\'une, et la bienveillance suffit pour autoriser tout home à l\'autre. Nous avons tous mission d\'avertir notre prochain que nous le croyons dans l\'erreur, et de l\'amener à la connaissa…
lire la suite Persuader ou commander, employer des aruments ou des peines, sont des choses bien différentes. Le pouvoir civil tout seul a droit à l\'une, et la bienveillance suffit pour autoriser tout home à l\'autre. Nous avons tous mission d\'avertir notre prochain que nous le croyons dans l\'erreur, et de l\'amener à la connaissance de la vérité par de bonnes preuves. Mais donner des lois, exiger la soumission et contraindre par la force, tout cela n\'appartient qu\'au magistrat (1) seul. C\'est aussi sur ce fondement que je soutient que le pouvoir du magistrat ne s\'étend pas jusqu\'à établir, par ses lois, des articles de foi ni des formes de culte religieux. Car les lois n\'ont aucune vigueur sans les peines; et les peines sont tout à fait inutiles, pour ne pas dire injustes, dans cette occasion puisqu\'elles ne sauraient convaincre l\'esprit. il n\'y a donc ni profession de tels ou tels articles de foi, ni conformité à tel ou tel culte extérieur, qui puissent procurer le salut des âmes, si l\'on est bein persuadé de la vérité des uns et que l\'autre est agréable à Dieu. Il n\'y a que la lumière et l\'évidence qui aient le pouvoir de changer les opinions des hommes; et cette lumière ne peut jamais être produite par la souffrance corporelle, ni par aucune pene extérieure.

LOCKE, Lettre sur la tolérance (1686)

(1) \"magistrat\": celui qui possède le pouvoir public.
notions : DROIT RELIGION
LOCKE
2018 L MÉTROPOLE NORMALE La culture nous rend-elle plus humain ?
notions : CULTURE
2018 L MÉTROPOLE NORMALE Le désir est-il la marque de notre imperfection ?
notions : DÉSIR
2018 L MÉTROPOLE NORMALE Peut-on renoncer à la vérité ?
notions : VÉRITÉ
2018 L MÉTROPOLE NORMALE Éprouver l’injustice, est-ce nécessaire pour savoir ce qui est juste ?
notions : JUSTICE
2018 L MÉTROPOLE NORMALE Souvent nous ne savons pas ce que nous souhaitons ou ce que nous craignons. Nous pouvons caresser un souhait pendant des années entières, sans nous l’avouer, sans même en prendre clairement conscience ; c’est que l’intellect n’en doit rien savoir, c’est qu’une révélation nous semble dangereuse pour notre amour-pro…
lire la suite Souvent nous ne savons pas ce que nous souhaitons ou ce que nous craignons. Nous pouvons caresser un souhait pendant des années entières, sans nous l’avouer, sans même en prendre clairement conscience ; c’est que l’intellect n’en doit rien savoir, c’est qu’une révélation nous semble dangereuse pour notre amour-propre, pour la bonne opinion que nous tenons à avoir de nous-mêmes ; mais quand ce souhait vient à se réaliser, notre propre joie nous apprend, non sans nous causer une certaine confusion, que nous appelions cet événement de tous nos vœux ; tel est le cas de la mort d’un proche parent dont nous héritons.
Et quant à ce que nous craignons, nous ne le savons souvent pas, parce que nous n’avons pas le courage d’en prendre clairement conscience. Souvent même nous nous trompons entièrement sur le motif véritable de notre action ou de notre abstention, jusqu’à ce qu’un hasard nous dévoile le mystère. Nous apprenons alors que nous nous étions mépris sur le motif véritable, que nous n’osions pas nous l’avouer, parce qu’il ne répondait nullement à la bonne opinion que nous avons de nous-mêmes. Ainsi, nous nous abstenons d’une certaine action, pour des raisons purement morales à notre avis ; mais après coup nous apprenons que la peur seule nous retenait, puisque, une fois tout danger disparu, nous commettons cette action.

SCHOPENHAUER, Le monde comme volonté et comme représentation, 1818.
notions : LIBERTÉ
SCHOPENHAUER
2018 L MÉTROPOLE NORMALE Tous les phénomènes de la société sont des phénomènes de la nature humaine, produits par l'action des circonstances extérieures sur des masses d'êtres humains. Si donc les phénomènes de la pensée, du sentiment, de l'activité humaine, sont assujettis à des lois fixes, les phénomènes de la société doiven…
lire la suite Tous les phénomènes de la société sont des phénomènes de la nature humaine, produits par l'action des circonstances extérieures sur des masses d'êtres humains. Si donc les phénomènes de la pensée, du sentiment, de l'activité humaine, sont assujettis à des lois fixes, les phénomènes de la société doivent aussi être régis par des lois fixes, conséquences des précédentes. Nous ne pouvons espérer, il est vrai, que ces lois, lors même que nous les connaîtrions d'une manière aussi complète et avec autant de certitude que celles de l'astronomie, nous mettent jamais en état de prédire l'histoire de la société, comme celle des phénomènes célestes, pour des milliers d'années à venir. Mais la différence de certitude n'est pas dans les lois elles-mêmes, elle est dans les données auxquelles ces lois doivent être appliquées. En astronomie, les causes qui influent sur le résultat sont peu nombreuses ; elles changent peu, et toujours d'après des lois connues. Nous pouvons constater ce qu'elles sont maintenant, et par là déterminer ce qu'elles seront à une époque quelconque d'un lointain avenir. Les données, en astronomie, sont donc aussi certaines que les lois elles-mêmes. Au contraire, les circonstances qui influent sur la condition et la marche de la société sont innombrables, et changent perpétuellement; et quoique tous ces changements aient des causes et, par conséquent des lois, la multitude des causes est telle qu'elle défie nos capacités limitées de calcul. Ajoutez que l'impossibilité d'appliquer des nombres précis à des faits de cette nature mettrait une limite infranchissable à la possibilité de les calculer à l'avance, lors même que les capacités de l'intelligence humaine seraient à la hauteur de la tâche.

MILL, Système de logique, 1843
notions : SOCIÉTÉ
MILL
2018 S MÉTROPOLE REMPLACEMENT Les objets techniques sont-ils toujours utiles ?
notions : TECHNIQUE
2018 S MÉTROPOLE NORMALE Le désir est-il la marque de notre imperfection?
notions : DÉSIR
2018 S MÉTROPOLE REMPLACEMENT Quelles raisons avons-nous d’agir moralement ?
notions : MORALE
2018 S MÉTROPOLE NORMALE Eprouver l'injustice, est-ce nécessaire pour savoir ce qui est juste?
notions : JUSTICE
2018 S MÉTROPOLE REMPLACEMENT Au moment où un ordre nouveau de phénomènes devient objet de science, ils se trouvent déjà représentés dans l'esprit, non seulement par des images sensibles, mais par des sortes de concepts grossièrement formés. Avant les premiers rudiments de la physique et de la chimie, les hommes avaient déjà sur les phé…
lire la suite Au moment où un ordre nouveau de phénomènes devient objet de science, ils se trouvent déjà représentés dans l'esprit, non seulement par des images sensibles, mais par des sortes de concepts grossièrement formés. Avant les premiers rudiments de la physique et de la chimie, les hommes avaient déjà sur les phénomènes physico-chimiques des notions qui dépassaient la pure perception ; telles sont, par exemple, celles que nous trouvons mêlées à toutes les religions. C'est que, en effet, la réflexion est antérieure à la science qui ne fait que s'en servir avec plus de méthode. L'homme ne peut pas vivre au milieu des choses sans s'en faire des idées d'après lesquelles il règle sa conduite. Seulement, parce que ces notions sont plus près de nous et plus à notre portée que les réalités auxquelles elles correspondent, nous tendons naturellement à les substituer à ces dernières et à en faire la matière même de nos spéculations. Au lieu d'observer les choses, de les décrire, de les comparer, nous nous contentons alors de prendre conscience de nos idées, de les analyser, de les combiner. Au lieu d'une science de réalités, nous ne faisons plus qu'une analyse idéologique. Sans doute, cette analyse n'exclut pas nécessairement toute observation. On peut faire appel aux faits pour confirmer ces notions ou les conclusions qu'on en tire. Mais les faits n'interviennent alors que secondairement, à titre d'exemples ou de preuves confirmatoires ; ils ne sont pas l'objet de la science. Celle-ci va des idées aux choses, non des choses aux idées.

DURKHEIM, Règles de la méthode sociologique, 1894
notions : MATIÈRE RAISON
DURKHEIM
2018 S MÉTROPOLE NORMALE Tous les phénomènes de la société sont des phénomènes de la nature humaine, produits par l'action des circonstances extérieures sur des masses d'êtres humains. Si donc les phénomènes de la pensée, du sentiment, de l'activité humaine, sont assujettis à des lois fixes, les phénomènes de la société doiven…
lire la suite Tous les phénomènes de la société sont des phénomènes de la nature humaine, produits par l'action des circonstances extérieures sur des masses d'êtres humains. Si donc les phénomènes de la pensée, du sentiment, de l'activité humaine, sont assujettis à des lois fixes, les phénomènes de la société doivent aussi être régis par des lois fixes, conséquences des précédentes. Nous ne pouvons espérer, il est vrai, que ces lois, lors même que nous les connaîtrions d'une manière aussi complète et avec autant de certitude que celles de l'astronomie, nous mettent jamais en état de prédire l'histoire de la société, comme celle des phénomènes célestes, pour des milliers d'années à venir. Mais la différence de certitude n'est pas dans les lois elles-mêmes, elle est dans les données auxquelles ces lois doivent être appliquées. En astronomie, les causes qui influent sur le résultat sont peu nombreuses ; elles changent peu, et toujours d'après des lois connues. Nous pouvons constater ce qu'elles sont maintenant, et par là déterminer ce qu'elles seront à une époque quelconque d'un lointain avenir. Les données, en astronomie, sont donc aussi certaines que les lois elles-mêmes. Au contraire, les circonstances qui influent sur la condition et la marche de la société sont innombrables, et changent perpétuellement; et quoique tous ces changements aient des causes et, par conséquent des lois, la multitude des causes est telle qu'elle défie nos capacités limitées de calcul. Ajoutez que l'impossibilité d'appliquer des nombres précis à des faits de cette nature mettrait une limite infranchissable à la possibilité de les calculer à l'avance, lors même que les capacités de l'intelligence humaine seraient à la hauteur de la tâche.

MILL, Système de logique, 1843
notions : SOCIÉTÉ
MILL
2018 TECHN. MÉTROPOLE REMPLACEMENT Avoir de l’expérience, est-ce suffisant pour savoir ce qui est vrai ?
notions : EXPÉRIENCE
2018 TECHN. MÉTROPOLE REMPLACEMENT L’expérience est-elle la seule source de la connaissance ?
notions : EXPÉRIENCE
2018 TECHN. MÉTROPOLE NORMALE Qu’est-ce qui peut faire obstacle à mon bonheur ?
notions : BONHEUR
2018 TECHN. MÉTROPOLE NORMALE L’expérience peut-elle être trompeuse ?
notions : EXPÉRIENCE
2018 TECHN. MÉTROPOLE NORMALE Quel besoin avons-nous de chercher la vérité ?
notions : VÉRITÉ
2018 TECHN. MÉTROPOLE NORMALE Peut-on maîtriser le développement technique ?
notions : TECHNIQUE
2018 TECHN. MÉTROPOLE REMPLACEMENT Une contrainte peut-elle être légitime ?
notions : DROIT
2018 TECHN. MÉTROPOLE REMPLACEMENT L’art doit-il refuser toute règle ?
notions : ART
2018 TECHN. MÉTROPOLE NORMALE Dès qu’un contrat enferme quelque inégalité(1), vous soupçonnez aussitôt que ce contrat viole le droit. Vous vendez ; j’achète ; personne ne croira que le prix, fixé après débat et d’un commun accord, soit juste dans tous les cas ; si le vendeur est ivre tandis que l’acheteur est maître de son jugement, si l’…
lire la suite Dès qu’un contrat enferme quelque inégalité(1), vous soupçonnez aussitôt que ce contrat viole le droit. Vous vendez ; j’achète ; personne ne croira que le prix, fixé après débat et d’un commun accord, soit juste dans tous les cas ; si le vendeur est ivre tandis que l’acheteur est maître de son jugement, si l’un des deux est très riche et l’autre très pauvre, si le vendeur est en concurrence avec d’autres vendeurs tandis que l’acheteur est seul à vouloir acheter, si le vendeur ignore la nature de ce qu’il vend, livre rare ou tableau de maître, tandis que l’acheteur la connaît, dans tous les cas de ce genre, je dirai que le prix payé est un prix d’occasion(2). Pourquoi ? Parce qu’il n’y avait pas égalité entre les parties.

Qu’est-ce qu’un prix juste ? C’est un prix de marché public. Et pourquoi ? Parce que, dans le marché public, par la discussion publique des prix, l’acheteur et le vendeur se trouvent bientôt également instruits sur ce qu’ils veulent vendre ou acheter. Un marché, c’est un lieu de libre discussion.

Un tout petit enfant, qui connaît mal l’utilité relative des choses, et qui ne règle le prix que sur son désir présent, un tout petit enfant sera l’égal de l’acheteur le plus avisé, si seulement plusieurs marchands offrent publiquement à plusieurs acheteurs la chose que le petit enfant désire. Je n’en demande pas plus. Le droit règne là où le petit enfant, qui tient son sou(3) dans sa main et regarde avidement les objets étalés, se trouve l’égal de la plus rusée ménagère.

On voit bien ici comment l’état de droit s’opposera au libre jeu de la force. Si nous laissons agir les puissances, l’enfant sera certainement trompé ; même si on ne lui prend pas son sou par la force brutale, on lui fera croire sans peine qu’il faut échanger un vieux sou contre un centime neuf. »

ALAIN, Propos sur les pouvoirs (18 octobre 1907)

(1) « enferme quelque inégalité » : dissimule une forme d’inégalité.
(2) « d’occasion » : de circonstance.
(3) On appelait autrefois « sou » une pièce de monnaie d’une valeur de cinq centimes.

Pour expliquer ce texte, vous répondrez de manière explicite, précise et développée aux questions suivantes, qui sont destinées à guider votre rédaction.

[A]1. Qu’est-ce qui définit un « contrat » ? Dans le texte, de quelle sorte de contrat est-il question ?

2. Comment Alain caractérise-t-il, dans ce texte, « l’inégalité » contenue dans un contrat ? Pour ce faire, il expose des situations diverses : lesquelles ? Que permettent-elles de montrer ?

3. Alain définit le « prix juste » comme « un prix de marché public » : qu’est-ce dans ce texte qu’un « marché public » et pourquoi définit-il le « juste prix » ?

4. Pourquoi Alain choisit-il l’exemple de l’enfant ? De quoi l’enfant est-il ici le symbole ?
5. Qu’est-ce que « l’état de droit » ? En quoi s’oppose-t-il au « libre jeu de la force » ?


[B]1. Expliquez la phrase : « Le droit règne là où le petit enfant, qui tient son sou(3) dans sa main et regarde avidement les objets étalés, se trouve l’égal de la plus rusée ménagère. »

2. En vous aidant des éléments précédents, dégagez l’idée principale du texte ainsi que les étapes de son argumentation.

[C]1. Pourquoi, selon Alain, « la discussion publique » garantit-elle la justice des échanges ?

2. À la lumière de vos connaissances, de votre expérience et de vos lectures, et en tenant compte du texte d’Alain, cherchez à déterminer les conditions d’émergence d’un marché équitable. Quelles sont, selon vous, les moyens dont nous disposons pour garantir son établissement et le préserver ?
notions : JUSTICE
ALAIN
2018 TECHN. MÉTROPOLE NORMALE Il est vrai que, dans les démocraties, le peuple paraît faire ce qu'il veut : mais la liberté politique ne consiste point à faire ce que l'on veut. Dans un Etat, c'est-à-dire dans une société où il y a des lois, la liberté ne peut consister qu'à pouvoir faire ce que l'on doit vouloir, et à n'être point cont…
lire la suite Il est vrai que, dans les démocraties, le peuple paraît faire ce qu'il veut : mais la liberté politique ne consiste point à faire ce que l'on veut. Dans un Etat, c'est-à-dire dans une société où il y a des lois, la liberté ne peut consister qu'à pouvoir faire ce que l'on doit vouloir, et à n'être point contraint de faire ce que l'on ne doit pas vouloir. Il faut se mettre dans l'esprit ce que c'est que l'indépendance, et ce que c'est que la liberté. La liberté est le droit de faire tout ce que les lois permettent : et, si un citoyen pouvait faire ce qu'elles défendent, il n'aurait plus de liberté, parce que les autres auraient ce même pouvoir.

MONTESQUIEU, De l’Esprit des lois (1748)

Pour expliquer ce texte, vous répondrez aux questions suivantes, qui sont destinées principalement à guider votre rédaction. Elles ne sont pas indépendantes les unes des autres et demandent que le texte soit d’abord étudié dans son ensemble.

1. Dégager l’idée principale du texte et les étapes du raisonnement.
2. Expliquer :

a) « dans les démocraties, le peuple paraît faire ce qu'il veut » ;
b) « la liberté ne peut consister qu'à pouvoir faire ce que l'on doit vouloir » ; c) que signifie « l’indépendance » dans le texte ?

3. Les lois sont-elles nécessaires à la liberté ?
notions : ÉTAT  LIBERTÉ
MONTESQUIEU
2018 TECHN. MÉTROPOLE REMPLACEMENT L’effet naturel du commerce est de porter à la paix. Deux nations qui négocient ensemble se rendent réciproquement dépendantes : si l’une a intérêt d’acheter, l’autre a intérêt de vendre ; et toutes les unions sont fondées sur des besoins mutuels. Mais si l’esprit de commerce unit les nations, il n’unit pas…
lire la suite L’effet naturel du commerce est de porter à la paix. Deux nations qui négocient ensemble se rendent réciproquement dépendantes : si l’une a intérêt d’acheter, l’autre a intérêt de vendre ; et toutes les unions sont fondées sur des besoins mutuels.

Mais si l’esprit de commerce unit les nations, il n’unit pas de même les particuliers. Nous voyons que, dans les pays où l’on n’est affecté que de l’esprit de commerce, on trafique(1) de toutes les actions humaines, et de toutes les vertus morales : les plus petites choses, celles que l’humanité demande, s’y font ou s’y donnent pour de l’argent.

L’esprit de commerce produit dans les hommes un certain sentiment de justice exacte, opposé d’un côté au brigandage, et de l’autre à ces vertus morales qui font qu’on ne discute pas toujours ses intérêts avec rigidité et qu’on peut les négliger pour ceux des autres.

La privation totale du commerce produit au contraire le brigandage, qu’Aristote(2) met au nombre des manières d’acquérir. L’esprit n’en est point opposé à (...) certaines vertus morales : par exemple, l’hospitalité, très rare dans les pays de commerce, se trouve admirablement parmi les peuples brigands.

MONTESQUIEU, De l’Esprit des lois (1758)

(1) « Trafiquer » signifie « commercer » et n’a aucun sens péjoratif.

(2) Philosophe grec du IV° siècle av. J.-C., auteur, entre autres, d’ouvrages de politique et d’économie.


Pour expliquer ce texte, vous répondrez de manière explicite, précise et développée aux questions suivantes, qui sont destinées à guider votre rédaction.

[A]1. Qu’est-ce qui fait que les nations qui négocient se rendent réciproquement dépendantes ?

S’agissant des effets du commerce, quelle différence Montesquieu permet-il d’établir entre ce qui se produit pour les nations et ce qui se produit pour les individus particuliers ?

Pourquoi le commerce produit-il entre les hommes un « certain sentiment de justice exacte » ? Sur quoi repose cette exactitude ?

Qu’est-ce que « le brigandage » et pourquoi n’est-il pas, pour Montesquieu, opposé à certaines vertus morales ?

[B]1. Selon Montesquieu, à quoi la « justice exacte » est-elle opposée (notamment dans le troisième paragraphe du texte) et pour quelles raisons ?

2. En vous aidant des éléments précédents, dégagez l’idée principale du texte ainsi que les étapes de son argumentation.

[C]1. Que se produit-il lorsque tout ce que font les hommes devient l’objet d’un commerce ?

2. À la lumière de vos connaissances, de votre expérience et de vos lectures, et en tenant compte du texte et des arguments de Montesquieu, vous examinerez pour quelles raisons l’intérêt mutuel et les bénéfices de ceux qui commercent ne suffisent pas à les rendre «bons» ou «justes». Vous tiendrez compte aussi bien des dimensions individuelles que des dimensions collectives et sociales, de la question.
notions : SOCIÉTÉ
MONTESQUIEU
2018 TECHN. MÉTROPOLE REMPLACEMENT L’élément culturel serait donné par la première tentative de réglementation des rapports sociaux. Si pareille tentative faisait défaut, ceux-ci seraient alors soumis à l’arbitraire individuel, autrement dit à l’individu physiquement le plus fort qui les réglerait dans le sens de son propre intérêt et de ses …
lire la suite L’élément culturel serait donné par la première tentative de réglementation des rapports sociaux. Si pareille tentative faisait défaut, ceux-ci seraient alors soumis à l’arbitraire individuel, autrement dit à l’individu physiquement le plus fort qui les réglerait dans le sens de son propre intérêt et de ses pulsions instinctives. Et rien ne serait changé si ce plus fort trouvait plus fort que lui. La vie en commun ne devient possible que lorsqu’une pluralité parvient à former un groupement plus puissant que ne l’est lui-même chacun de ses membres, et à maintenir une forte cohésion en face de tout individu pris en particulier. La puissance de cette communauté en tant que « Droit » s’oppose alors à celle de l’individu, condamnée en tant que « force brute ». En remplaçant la puissance de l’individu par la puissance collective, la culture fait un pas décisif. Son caractère essentiel réside en ceci que les membres de la communauté limitent leurs possibilités de plaisir alors que l’individu isolé ignorait toute restriction de ce genre. Ainsi donc la prochaine exigence culturelle est celle de la « justice », soit l’assurance que l’ordre légal désormais établi ne sera jamais violé au profit d’un seul.

FREUD, Malaise dans la culture (1930)

Pour expliquer ce texte, vous répondrez aux questions suivantes, qui sont destinées principalement à guider votre rédaction. Elles ne sont pas indépendantes les unes des autres et demandent que le texte soit d’abord étudié dans son ensemble.

1. Dégager l’idée principale du texte et les étapes du raisonnement.

2. Expliquer :

a) « Si pareille tentative faisait défaut, ceux-ci seraient alors soumis à l’arbitraire individuel » ;

b) « La puissance de cette communauté en tant que « Droit » s’oppose alors à celle de l’individu » ;

c) « Ainsi donc la prochaine exigence culturelle est celle de la « justice » ».

3. La culture fait-elle nécessairement violence à l’individu ?
notions : SOCIÉTÉ
FREUD
2018 ES POLYNÉSIE REMPLACEMENT Ne travaille-t-on que par nécessité?
notions : TRAVAIL
2018 ES POLYNÉSIE REMPLACEMENT La conscience implique-t-elle la maîtrise de soi?
notions : CONSCIENCE
2018 ES POLYNÉSIE REMPLACEMENT Les hommes qui la passion des jouissances matérielles découvrent d\'ordinaire comment les agitations de la liberté troublent le bien-être, avant que d\'apercevoir comment la liberté sert à se le procurer; et, au moindre bruit des passions publiques qui pénètrent au milieu des petites jouissances de leur vie privée, ils…
lire la suite Les hommes qui la passion des jouissances matérielles découvrent d\'ordinaire comment les agitations de la liberté troublent le bien-être, avant que d\'apercevoir comment la liberté sert à se le procurer; et, au moindre bruit des passions publiques qui pénètrent au milieu des petites jouissances de leur vie privée, ils s\'éveillent et s\'inquiètent; pendant longtemps la peur de l\'anarchie les tient sans cesse en suspens et toujours prêts à se jeter hors de la liberté au premier désordre.
Je conviendrai sans peine que la paix publique est un grand bien; mais je ne veux pas oublier cependant que c\'est à travers le bon ordre que tous les peuples sont arrivés à la tyrannie. Il ne s\'ensuit pas assurément que les peuples doivent mépriser la paix publique mais il ne faut pas qu\'elle leur suffise. Une nation qui ne demande à son gouvernement que le maintien de l\'ordre est déjà esclave au fond du coeur; elle est esclave de son bien-être, et l\'homme qui doit l\'enchaîner peut paraître.

TOCQUEVILLE, De la Démocratie en Amérique (1835)
TOCQUEVILLE
2018 L POLYNÉSIE REMPLACEMENT Notre culture nous empêche-t-elle d’être nous-même ?
notions : CULTURE
2018 L POLYNÉSIE REMPLACEMENT La crainte garantit-elle le respect du droit ?
notions : DROIT
2018 L POLYNÉSIE REMPLACEMENT Qu’il soit perçant ou faible, mon œil ne voit qu’à une certaine distance. Je vis et j’agis dans cet espace, cette ligne d’horizon est ma plus proche destinée, grande ou petite, à laquelle je ne puis échapper. Autour de chaque être s’étend ainsi un cercle concentrique qui lui est particulier. De même notre oreil…
lire la suite Qu’il soit perçant ou faible, mon œil ne voit qu’à une certaine distance. Je vis et j’agis dans cet espace, cette ligne d’horizon est ma plus proche destinée, grande ou petite, à laquelle je ne puis échapper. Autour de chaque être s’étend ainsi un cercle concentrique qui lui est particulier. De même notre oreille nous enferme dans un petit espace, de même notre sens du toucher. C’est d’après ces horizons, où nos sens enferment chacun de nous comme dans les murs d’une prison, que nous mesurons le monde, en disant que telle chose est près, telle autre loin, telle chose grande, telle autre petite, telle chose dure et telle autre molle : nous appelons « sensation » cette façon de mesurer, – et tout cela est erreur en soi ! D’après le nombre des événements et des émotions qui sont, en moyenne, possibles pour nous, dans un espace de temps donné, on mesure sa vie, on la dit courte ou longue, riche ou pauvre, remplie ou vide : et d’après la moyenne de la vie humaine, on mesure celle de tous les autres êtres, – et tout cela est erreur en soi ! Si nous avions un œil cent fois plus perçant pour les choses proches, l’homme nous semblerait énorme ; on pourrait même imaginer des organes au moyen desquels l’homme nous apparaîtrait incommensurable. D’autre part, certains organes pourraient être conformés de façon à réduire et à rétrécir des systèmes solaires tout entiers, pour les rendre pareils à une seule cellule : et pour des êtres de l’ordre inverse, une seule cellule du corps humain pourrait apparaître, dans sa construction, son mouvement et son harmonie, tel un système solaire. Les habitudes de nos sens nous ont enveloppés dans un tissu de sensations mensongères qui sont, à leur tour, la base de tous nos jugements et de toutes nos « connaissances », – il n’y a absolument pas d’issue, pas d’échappatoire, pas de sentier détourné vers le monde réel ! Nous sommes dans notre toile comme des araignées, et quoi que nous puissions y prendre, ce ne sera toujours que ce qui se laissera prendre à notre toile.

NIETZSCHE, Aurore (1881)
notions : PERCEPTION
NIETZSCHE
2018 TECHN. POLYNÉSIE REMPLACEMENT L’idée d’une liberté totale a-t-elle un sens ?
notions : LIBERTÉ
2018 TECHN. POLYNÉSIE REMPLACEMENT Peut-on apprendre à être artiste?
notions : ART
2018 TECHN. POLYNÉSIE REMPLACEMENT Il est assez difficile de comprendre comment il se peut faire que des gens qui ont de l'esprit, aiment mieux se servir de l'esprit des autres dans la recherche de la vérité, que de celui que Dieu leur a donné. Il y a sans doute infiniment plus de plaisir et plus d'honneur à se conduire par ses propres yeux, que par…
lire la suite Il est assez difficile de comprendre comment il se peut faire que des gens qui ont de l'esprit, aiment mieux se servir de l'esprit des autres dans la recherche de la vérité, que de celui que Dieu leur a donné. Il y a sans doute infiniment plus de plaisir et plus d'honneur à se conduire par ses propres yeux, que par ceux des autres ; et un homme qui a de bons yeux ne s'avisa jamais de se les fermer, ou de se les arracher, dans l'espérance d'avoir un conducteur. Sapientis oculi in capite ejus, stultus in tenebris ambulat (1). Pourquoi le fou (2) marche-t-il dans les ténèbres ? C'est qu'il ne voit que par les yeux d'autrui, et que ne voir que de cette manière, à proprement parler, c'est ne rien voir. L'usage de l'esprit est à l'usage des yeux, ce que l'esprit est aux yeux ; et de même que l'esprit est infiniment au-dessus des yeux, l'usage de l'esprit est accompagné de satisfactions bien plus solides, et qui le contentent bien autrement que la lumière et les couleurs ne contentent la vue. Les hommes toutefois se servent toujours de leurs yeux pour se conduire, et ils ne se servent presque jamais de leur esprit pour découvrir la vérité.

MALEBRANCHE, De la recherche de la Vérité (1674)

(1) « Les yeux du sage sont dans sa tête ; l'insensé marche dans les ténèbres. »
(2) signifie ici: celui qui se comporte sans réfléchir.

Dégager l’idée principale du texte et les étapes du raisonnement.

2. Expliquer :

a) « un homme qui a de bons yeux ne s'avisa jamais de se les fermer, ou de se les arracher, dans l'espérance d'avoir un conducteur » ;

b) «c’est qu’il ne voit que par les yeux d'autrui, et que ne voir que de cette manière, à proprement parler, c'est ne rien voir » ;

c) « Les hommes toutefois se servent toujours de leurs yeux pour se conduire, et ils ne se servent presque jamais de leur esprit pour découvrir la vérité ».

3. L’homme peut-il trouver la vérité sans la chercher par lui-même ?
notions : VÉRITÉ
MALEBRANCHE
2017 ES AMÉRIQUE DU NORD NORMALE Peut-on devenir soi-même sans les autres?
notions : AUTRUI
2017 ES AMÉRIQUE DU NORD REMPLACEMENT Est-ce dans la solitude qu'on prend conscience de soi?
notions : AUTRUI CONSCIENCE
2017 ES AMÉRIQUE DU NORD NORMALE Le droit est-il seulement ce qui limite ma liberté?
notions : DROIT LIBERTÉ
2017 ES AMÉRIQUE DU NORD REMPLACEMENT La force peut-elle fonder le droit?
notions : JUSTICE
2017 ES AMÉRIQUE DU NORD NORMALE La guerre est un fait humain, purement humain, dont toutes les causes sont desopinions. Et observons que l’opinion la plus dangereuse ici est justement celle qui faitcroire que la guerre est imminente et inévitable. Sans qu’on puisse dire pourtantqu’elle soit jamais vraie, car si beaucoup d’hommes l’abandonnaient, elle…
lire la suite La guerre est un fait humain, purement humain, dont toutes les causes sont desopinions. Et observons que l’opinion la plus dangereuse ici est justement celle qui faitcroire que la guerre est imminente et inévitable. Sans qu’on puisse dire pourtantqu’elle soit jamais vraie, car si beaucoup d’hommes l’abandonnaient, elle cesseraitd’être vraie. Considérez bien ce rapport singulier, que l’intelligence paresseuse neveut jamais saisir. Voilà une opinion assurément nuisible, et qui peut-être se trouveravraie, seulement parce que beaucoup d’hommes l’auront eue. C’est dire que, dansles choses humaines qui sont un tissu d’opinions, la vérité n’est pas constatée, maisfaite. Ainsi il n’y a point seulement à connaître, mais à juger, en prenant ce beau motdans toute sa force.

Pour ou contre la guerre. Il s’agit de juger ; j’entends de décider au lieud’attendre les preuves. Situation singulière ; si tu décides pour la guerre, les preuvesabondent, et ta propre décision en ajoute encore une ; jusqu’à l’effet, qui te rendraenfin glorieux comme un docteur en politique. « Je l’avais bien prévu. » Eh oui. Vous étiez milliers à l’avoir bien prévu ; et c’est parce que vous l’avez prévu que c’estarrivé.

ALAIN, Mars ou la guerre jugée, 1921
notions : POLITIQUE
ALAIN
2017 ES AMÉRIQUE DU NORD REMPLACEMENT Juger des discours des hommes par les effets qu’ils produisent, c’est souvent mal les apprécier. Outre que ces effets ne sont pas toujours sensibles et faciles à connaître, ils varient à l’infini comme les circonstances dans lesquelles ces discours sont tenus. Mais c’est uniquement l’intention de celui qui les tien…
lire la suite Juger des discours des hommes par les effets qu’ils produisent, c’est souvent mal les apprécier. Outre que ces effets ne sont pas toujours sensibles et faciles à connaître, ils varient à l’infini comme les circonstances dans lesquelles ces discours sont tenus. Mais c’est uniquement l’intention de celui qui les tient qui les apprécie et détermine leur degré de malice ou de bonté. Dire faux n’est mentir que par l’intention de tromper, et l’intention même de tromper, loin d’être toujours jointe avec celle de nuire, a quelquefois un but tout contraire. Mais pour rendre un mensonge innocent il ne suffit pas que l’intention de nuire ne soit pas expresse1, il faut de plus la certitude que l’erreur dans laquelle on jette ceux à qui l’on parle ne peut nuire à eux ni à personne en quelque façon que ce soit. Il est rare et difficile qu’on puisse avoir cette certitude ; aussi est-il difficile et rare qu’un mensonge soit parfaitement innocent.

ROUSSEAU, Les Rêveries du promeneur solitaire (1782)
notions : MORALE
ROUSSEAU
2017 L AMÉRIQUE DU NORD NORMALE Le sens de ce que l'on dit se réduit-il à ce que l'on veut dire?
notions : LANGAGE
2017 L AMÉRIQUE DU NORD REMPLACEMENT L'art n'est-il qu'apparence?
notions : ART
2017 L AMÉRIQUE DU NORD NORMALE Le droit de propriété doit-il être limité?
notions : DROIT
2017 L AMÉRIQUE DU NORD REMPLACEMENT La poursuite de l'intérêt général exige-t-elle le sacrifice de l'intérêt particulier?
notions : DEVOIR
2017 L AMÉRIQUE DU NORD NORMALE La raison nous assure que puisqu’il n’est pas en notre pouvoir de borner nos désirs, et que nous sommes portés par une inclination naturelle à aimer tous les biens, nous ne pouvons devenir heureux qu’en possédant celui qui les renferme tous. Notre propre expérience nous fait sentir que nous ne sommes pas heureux dans l…
lire la suite La raison nous assure que puisqu’il n’est pas en notre pouvoir de borner nos désirs, et que nous sommes portés par une inclination naturelle à aimer tous les biens, nous ne pouvons devenir heureux qu’en possédant celui qui les renferme tous. Notre propre expérience nous fait sentir que nous ne sommes pas heureux dans la possession des biens dont nous jouissons, puisque nous en souhaitons encore d’autres. Enfin nous voyons tous les jours que les grands biens dont les princes et les rois même les plus puissants jouissent sur la terre, ne sont pas encore capables de contenter leurs désirs : qu’ils ont même plus d’inquiétudes et de déplaisirs que les autres ; et qu’étant, pour ainsi dire, au haut de la roue de la fortune, ils doivent être infiniment plus agités et plus secoués par son mouvement que ceux qui sont au-dessous et plus proche du centre. Car enfin ils ne tombent jamais que du haut ; ils ne reçoivent jamais que de grandes blessures ; et toute cette grandeur qui les accompagne et qu’ils attachent à leur être propre ne fait que les 1 grossir et les étendre, afin qu’ils soient capables d’un plus grand nombre de blessures et plus exposés aux coups de la fortune.

MALEBRANCHE, De la recherche de la vérité (1675)

(1) de telle sorte qu’en fin de compte
notions : DÉSIR RAISON
MALEBRANCHE
2017 L AMÉRIQUE DU NORD REMPLACEMENT Nous voulons savoir en vertu de quelle raison nous nous sommes décidés, et nous trouvons que nous nous sommes décidés sans raison, peut-être même contre toute raison. Mais c’est là précisément, dans certains cas, la meilleure des raisons. Car l’action accomplie n’exprime plus alors telle idée superficielle, p…
lire la suite Nous voulons savoir en vertu de quelle raison nous nous sommes décidés, et nous trouvons que nous nous sommes décidés sans raison, peut-être même contre toute raison. Mais c’est là précisément, dans certains cas, la meilleure des raisons. Car l’action accomplie n’exprime plus alors telle idée superficielle, presque extérieure à nous, distincte et facile à exprimer : elle répond à l’ensemble de nos sentiments, de nos pensées et de nos aspirations les plus intimes, à cette conception particulière de la vie qui est l’équivalent de toute notre expérience passée, bref, à notre idée personnelle du bonheur et de l’honneur. Aussi a-t-on eu tort, pour prouver que l’homme est capable de choisir sans motif, d’aller chercher des exemples dans les circonstances ordinaires et même indifférentes de la vie. On montrerait sans peine que ces actions insignifiantes sont liées à quelque motif déterminant. C’est dans les circonstances solennelles, lorsqu’il s’agit de l’opinion que nous donnerons de nous aux autres et surtout à nous-mêmes, que nous choisissons en dépit de ce qu’on est convenu d’appeler un motif ; et cette absence de toute raison tangible est d’autant plus frappante que nous sommes plus profondément libres.

BERGSON, Essai sur les données immédiates de la conscience. 1889
notions : LIBERTÉ
BERGSON
2017 S AMÉRIQUE DU NORD NORMALE Le désir a-t-il toujours un objet?
notions : DÉSIR
2017 S AMÉRIQUE DU NORD REMPLACEMENT L'inconscient pense-t-il?
notions : INCONSCIENT

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