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2023 Voie générale MÉTROPOLE REMPLACEMENT Mais quant à la prudence et à la stabilité, je soutiens qu'un peuple est plus prudent, plus constant et meilleur juge qu'un prince. Ce n'est pas sans raison qu'on dit que la voix du peuple est la voix de Dieu. On voit l'opinion publique pronostiquer les événements d'une manière si merveilleuse qu'on dirait que le peupl…
lire la suite Mais quant à la prudence et à la stabilité, je soutiens qu'un peuple est plus prudent, plus constant et meilleur juge qu'un prince. Ce n'est pas sans raison qu'on dit que la voix du peuple est la voix de Dieu. On voit l'opinion publique pronostiquer les événements d'une manière si merveilleuse qu'on dirait que le peuple est doué de la faculté occulte de prévoir et les biens et les maux. Quant à la manière de juger, on le voit bien rarement se tromper; quand il entend deux orateurs à talents égaux lui proposer deux partis opposés, il prouve, en se décidant pour le meilleur, qu'il est capable de discerner la vérité. S'il est entraîné quelquefois par des opinions brillantes sans avoir de l'utilité autre chose que l'apparence, un prince n'est-il pas plus souvent entraîné par plus de passions que n'en a le peuple? Qu'on les compare dans le choix de ses magistrats, n'en fait-il pas d'infiniment meilleurs qu'un prince? Parviendra-t-on jamais à le persuader d'élever à des dignités un homme infâme et de mœurs corrompues? et cependant quels moyens aisés d'en persuader un prince? Enfin, s'il a pris quelque chose en aversion, ne le voit-on pas persévérer dans sa haine et garder son opinion pendant des siècles? Les princes montrent-ils pareille constance?
Discours sur la 1ère Décade de Tite-Live (1531)
source : 2023-general-metropole-remplacement.pdf
Machiavel
2023 HLP NOUVELLE-CALÉDONIE NORMALE À la ligne est un roman qui présente l'allure d'un poème. Il évoque l'histoire d'un ouvrier intérimaire qui, pour se rapprocher de sa femme, trouve un emploi dans les conserveries de poissons. Le matin c'est la nuit L'après-midi c'est la nuit La nuit c'est encore pire Dès qu'on rentre dans l'usine c'est la nuit Le…
lire la suite À la ligne est un roman qui présente l'allure d'un poème. Il évoque l'histoire d'un ouvrier intérimaire qui, pour se rapprocher de sa femme, trouve un emploi dans les conserveries de poissons.

Le matin c'est la nuit

L'après-midi c'est la nuit

La nuit c'est encore pire

Dès qu'on rentre dans l'usine c'est la nuit

Les néons

L'absence de fenêtres dans tous nos immenses cubes d'ateliers

Une nuit qui va durer nos huit heures de travail minimum

On sort du sommeil encore marqué de rêves d'usine

Pour replonger dans une autre nuit

Artificielle froide et éclairée de néons

Dès lors

C'est comme si

On continuait sa nuit

Entre la nuit de la maison et celle de l'embauche

Le réveil

Deux heures de transition

Yeux embrumés et cafés serrés

Ce serait donc ça le matin

Tous les matins du monde

Au vestiaire avant l'embauche (Embauche : l'embauche désigne le moment où l'on commence le travail.)

Encore cinq minutes avant de replonger dans la nuit

J'admire sincèrement toutes les ouvrières et tous les ouvriers qui ont pris
leur douche et se sont parfumés

Moi je ne peux pas

La douche c'est le soir

Enfin en rentrant du boulot

Certains se pomponnent vraiment

Doivent s'affairer devant leur miroir

Les miroirs à l'usine

Il y en a aux intersections et aux virages à angle droit dans les couloirs
sans fin de sorte que l'on voie les transpalettes arriver et ainsi ne pas se
faire rouler dessus

On ne se regarde pas dedans

De toute façon on sait à quoi l'on ressemble

Une tenue blanche maculée de sang comme celle de tout le monde

Des corps fatigués

Des yeux qui continuent

Pas moi

L'usine c'est une tenue que je garde une semaine et qui se cradifie et pue de plus en plus au fil des jours

Machine le vendredi ou le samedi

J'imagine que pour elles et pour eux

Ce doit être affaire de dignité ou d'une certaine forme de noblesse

Que d'arriver propre et sentant bon à l'abattoir

Malgré ce qu'il y aura à faire

Le matin

Entre mes deux nuits

Je suis là sans y être

Comme si

J'étais en transition

La vraie vie sera à la débauche (Débauche : le mot s'emploie ici comme l'antonyme d'embauche. La débauche est le
moment où l'on quitte le travail.
)

Lettres : Comment s'exprime, dans ce texte, la violence de l'usine sur « toutes les ouvrières et tous les ouvriers » ?

Philosophie : Peut-on rester humain dans des conditions inhumaines ?
À la ligne, Feuillets d'usine (2019)
source : Base LaTeX Quesseveur
PONTHUS
2023 STMG-STI2D-ST2S NOUVELLE-CALÉDONIE NORMALE Peut-on opposer le respect des opinions à la recherche de la vérité?
source : 2023-technologique-nouvelle-caledonie-normale.pdf
2023 STMG-STI2D-ST2S NOUVELLE-CALÉDONIE NORMALE Peut-on dire de la nature qu’elle est hostile à l’homme?
source : 2023-technologique-nouvelle-caledonie-normale.pdf
2023 STMG-STI2D-ST2S NOUVELLE-CALÉDONIE NORMALE La participation du spectateur, nécessaire au plaisir ressenti devant une œuvre d’art, repose en partie sur le fait que toute œuvre d’art a besoin pour agir de l’intermédiaire de l’imagination, qu’elle doit par suite stimuler sans jamais la négliger ni la laisser inactive. C’est une condition du sentiment esthétique, e…
lire la suite La participation du spectateur, nécessaire au plaisir ressenti devant une œuvre d’art, repose en partie sur le fait que toute œuvre d’art a besoin pour agir de l’intermédiaire de l’imagination, qu’elle doit par suite stimuler sans jamais la négliger ni la laisser inactive. C’est une condition du sentiment esthétique, et par là une loi fondamentale de tous les beaux-arts. Il en résulte que l’œuvre d’art ne doit pas tout livrer directement aux sens, mais juste ce qu’il faut pour mettre l’imagination en bonne voie; l’imagination doit toujours avoir quelque chose à ajouter, c’est elle qui doit même avoir le dernier mot. Même pour l’écrivain c’est une nécessité de laisser quelque chose à penser au lecteur; car, Voltaire l’a dit très justement: « Le secret d’être ennuyeux, c’est de tout dire. » Ajoutons que ce qu’il y a de meilleur dans l’art est trop spirituel pour être livré directement aux sens: c’est à l’imagination de le mettre au jour, quoique l’œuvre d’art doive l’engendrer. Voilà pourquoi souvent les esquisses des grands maîtres font plus d’effet que leurs tableaux achevés; ce qui y contribue sans doute encore, c’est qu’elles naissent entières d’un seul jet, au moment de la conception, tandis que le tableau parfait, sorti d’une inspiration qui ne peut se maintenir jusqu’à son achèvement, ne peut être exécuté qu’au prix d’un effort soutenu, d’une réflexion toujours prudente et d’une constante tension de la volonté. — Cette loi esthétique ici en question nous explique encore pourquoi des figures de cire, qui sont des imitations parfaites de la nature, ne produisent jamais aucun effet esthétique et, par conséquent, ne sont pas des œuvres d’art véritables. C’est qu’elles ne laissent rien à faire à l’imagination. La sculpture, en effet, ne donne que la forme, mais non la couleur; la peinture donne la couleur, mais la simple apparence de la forme: toutes deux ont ainsi recours à l’imagination du spectateur. La figure de cire au contraire donne tout, couleur et forme à la fois; il en résulte l’apparence de la réalité, et l’imagination ne trouve plus ici de place.

Rédaction de la copie

Le candidat a le choix entre deux manières de rédiger l’explication de texte. Il peut:
- soit répondre dans l’ordre, de manière précise et développée, aux questions posées (option n°1);
- soit suivre le développement de son choix (option n°2). Il indique son option de rédaction (option n°1 ou option n°2) au début de sa copie.
Questions de l’option n° 1
A – Éléments d’analyse
1. Expliquer en quoi la participation du spectateur est « nécessaire au plaisir ressenti devant une œuvre d’art ».
2. En vous aidant de l’exemple des figures de cire, expliquer « l’œuvre d’art ne doit pas tout livrer directement aux sens ».
3. Expliquer pourquoi, selon Schopenhauer, « les esquisses des grands maîtres font plus d’effet que leurs tableaux achevés ».
B – Éléments de synthèse
1. Quelle est la question à laquelle l’auteur tente ici de répondre?
2. Dégagez les différents moments de l’argumentation.
3. En vous appuyant sur les éléments précédents, dégagez l’idée principale du texte.

C – Commentaire
1. Quel rôle l’auteur accorde-t-il à l’imagination dans notre rapport aux œuvres d’art?
2. Une œuvre d’art est-elle jamais achevée?
Le monde comme volonté et comme représentation (1844)
source : 2023-technologique-nouvelle-caledonie-normale.pdf
SCHOPENHAUER
2023 HLP POLYNÉSIE NORMALE Les événements humains naissent des passions, qui engendrent les systèmes de mythes qui les accompagnent. Les psychanalystes ont étudié les manifestations individuelles de ce processus chez les fous, reconnus ou non reconnus comme tels. Un homme qui a souffert quelque humiliation invente une théorie selon laquelle il e…
lire la suite Les événements humains
naissent des passions, qui engendrent les systèmes de mythes qui les
accompagnent. Les psychanalystes ont étudié les manifestations
individuelles de ce processus chez les fous, reconnus ou non reconnus
comme tels. Un homme qui a souffert quelque humiliation invente une
théorie selon laquelle il est roi d'Angleterre et il trouve toutes
sortes d'explications ingénieuses pour justifier le fait qu'il n'est
pas traité avec tous les égards dus à sa haute situation. Dans ce cas
particulier, son illusion ne provoque pas de sympathie de la part de
ses voisins, et c'est pourquoi ils l'enferment. Mais si, au lieu
d'affirmer sa propre grandeur, il affirme la grandeur de sa nation ou
de sa classe ou de sa foi, il gagne des armées d'adhérents et devient
un chef politique ou religieux, même si, pour un observateur
impartial, son opinion semble aussi absurde que celles qu'on trouve
dans les asiles de fous. Ainsi naissent des folies collectives qui
suivent des lois très analogues à celles de la folie individuelle.
Tout le monde sait qu'il est dangereux de discuter avec un fou qui se
croit roi de l'Angleterre ; mais comme il est isolé, on peut avoir
raison de lui. Quand une nation tout entière participe à une erreur,
sa colère est du genre de celle d'un individu fou quand on discute
ses prétentions ; mais il ne faut pas moins d'une guerre pour la
forcer à se soumettre à la raison.

Philosophie : Selon Russell, en quoi la guerre est-elle une folie ?

Lettres : La littérature et les arts éclairent-ils les mécanismes de la violence ?
Essais sceptiques (1928)
source : Base LaTeX Quesseveur
RUSSELL
2023 STMG-STI2D-ST2S POLYNÉSIE NORMALE L’art nous aide-t-il à vivre?
source : 2023-technologique-polynesie-normale.pdf
2023 STMG-STI2D-ST2S POLYNÉSIE NORMALE La recherche de la vérité nous rend-elle plus libre?
source : 2023-technologique-polynesie-normale.pdf
2023 STMG-STI2D-ST2S POLYNÉSIE NORMALE À moins que vous ne donniez aux enfants tout ce qu’ils désirent, ils pleurent, se mettent en colère, frappent même leurs parents et tiennent de la nature ce caractère qui les fait agir ainsi; et pourtant ils ne sont pas fautifs ni méchants, d’abord parce qu’ils ne peuvent pas nuire, ensuite parce qu’ils sont dispensés …
lire la suite À moins que vous ne donniez aux enfants tout ce qu’ils désirent, ils pleurent, se mettent en colère, frappent même leurs parents et tiennent de la nature ce caractère qui les fait agir ainsi; et pourtant ils ne sont pas fautifs ni méchants, d’abord parce qu’ils ne peuvent pas nuire, ensuite parce qu’ils sont dispensés de tout devoir, n’ayant pas l’usage de leur raison. Si, devenus adultes et ayant acquis des forces qui les rendent capables de nuire, ils continuent de se comporter ainsi, alors ils en viennent à être méchants et à être appelés ainsi. De sorte qu’un méchant est presque la même chose qu’un enfant vigoureux ou qu’un homme qui a l’âme d’un enfant, de sorte aussi que la méchanceté est la même chose qu’un manque de raison à un âge où elle arrive ordinairement aux hommes, quand la nature a été guidée par l’éducation et l’expérience des préjudices1. Donc à moins de dire que les hommes sont rendus méchants par la nature parce qu’ils ne possèdent naturellement ni l’éducation, ni l’usage de la raison, il faut reconnaître que les hommes peuvent éprouver naturellement de la convoitise, de la crainte, de la colère et les autres passions animales, sans être néanmoins rendus méchants par la nature.
1 « préjudices »: torts subis à cause d’autrui

Rédaction de la copie

Le candidat a le choix entre deux manières de rédiger l’explication de texte. Il peut:
- soit répondre dans l’ordre, de manière précise et développée, aux questions posées (option n°1);
- soit suivre le développement de son choix (option n°2). Il indique son option de rédaction (option n°1 ou option n°2) au début de sa copie.
Question de l’option n°1
A - É léments d’analyse
1. Comment Hobbes explique-t-il le comportement des enfants?
2. Expliquez la phrase: « ils sont dispensés de tout devoir, n’ayant pas l’usage de la raison ».
3. Pourquoi peut-on dire que « le méchant est presque la même chose qu’un enfant vigoureux ou qu’un homme qui a l’âme d’un enfant »?
4. Comment « l’éducation et l’expérience des préjudices » peuvent-ils guider la nature?
B - É léments de synthèse
1. Quelle est la question à laquelle le texte tente de répondre?
2. Dégagez les différents moments de l’argumentation présente dans ce texte de Hobbes
3. En vous appuyant sur les éléments précédents, dégagez l’idée principale du texte.

C - Commentaire
1. L’origine de la méchanceté se trouve-t-elle dans la nature?
2. Comment les hommes peuvent-ils devenir meilleurs?
Du citoyen (1647)
source : 2023-technologique-polynesie-normale.pdf
Hobbes
2023 Voie générale POLYNÉSIE NORMALE L’art est-il l’affaire des seuls spécialistes?
source : 2023-general-polynesie-normale.pdf
2023 Voie générale POLYNÉSIE NORMALE Savoir rend-il malheureux?
source : 2023-general-polynesie-normale.pdf
2023 Voie générale POLYNÉSIE NORMALE Les avantages et les bénéfices de la vie sociale sont inaccessibles sans communication des pensées; aussi a-t-il fallu que l’homme trouve des signes sensibles externes permettant de faire connaître aux autres les idées invisibles dont 5 sont constituées ses pensées. A cette fin rien n’est plus adapté, par leur fécondit…
lire la suite Les avantages et les bénéfices de la vie sociale sont inaccessibles sans communication des pensées; aussi a-t-il fallu que l’homme trouve des signes sensibles externes permettant de faire connaître aux autres les idées invisibles dont 5 sont constituées ses pensées. A cette fin rien n’est plus adapté, par leur fécondité aussi bien que leur brièveté, que les sons articulés que l’homme s’est trouvé capable de créer avec tant de facilité et de variété. Ainsi, peut-on penser, est-il arrivé que les mots, naturellement si bien adaptés à leur but, ont été utilisés par les hommes comme signes de leurs idées: non par la liaison naturelle qui existerait entre des sons articulés 10 particuliers et certaines idées (il n’y aurait alors qu’une seule langue pour toute l’humanité), mais par l’institution volontaire qui fait qu’un mot devient arbitrairement la marque de telle idée. L’utilité des mots est donc d’être la marque sensible des idées, et les idées dont ils tiennent lieu sont leur signification propre et immédiate. Les gens se servent de ces marques soit pour enregistrer leurs propres pensées et 15 soulager ainsi leur mémoire, soit pour « extérioriser » leurs idées et les exposer à la vue d’autrui. Les mots, dans leur signification primaire ou immédiate ne tiennent lieu de rien d’autre que des idées dans l’esprit de celui qui s’en sert, quels que soient l’imperfection et le manque de soin avec lesquels des idées sont tirées des choses qu’elles sont censées représenter. Quand un homme parle à un autre, c’est pour être 20 compris; et le but de la parole est que ces sons puissent comme des marques faire connaitre des idées à l’auditeur.
Essai sur l’Entendement humain (1689)
source : 2023-general-polynesie-normale.pdf
LOCKE
2022 HLP AMÉRIQUE DU NORD NORMALE David Diop (1927-1966) est un poète et écrivain français, né en France de père sénégalais et de mère camerounaise. \ \ \ \ \ \ \ \ Afrique À ma mère Afrique, mon Afrique Afrique des fiers guerriers dans les savanes ancestrales Afrique que chante ma grand-Mère Au bord de son fleuve lointain Je ne t'ai jamais conn…
lire la suite David Diop (1927-1966) est un poète et écrivain français, né en France
de père sénégalais et de mère camerounaise.

\ \ \ \ \ \ \ \ Afrique

À ma mère

Afrique, mon Afrique

Afrique des fiers guerriers dans les savanes ancestrales

Afrique que chante ma grand-Mère

Au bord de son fleuve lointain

Je ne t'ai jamais connue

Mais mon regard est plein de ton sang

Ton beau sang noir à travers les champs répandu

Le sang de ta sueur

La sueur de ton travail

Le travail de l'esclavage

L'esclavage de tes enfants

Afrique dis-moi Afrique

Est-ce donc toi ce dos qui se courbe

Et se couche sous le poids de l'humilité

Ce dos tremblant à zébrures rouges

Qui dit oui au fouet sur les routes de midi

Alors gravement une voix me répondit

Fils impétueux cet arbre robuste et jeune

Cet arbre là-bas

Splendidement seul au milieu de fleurs blanches et fanées

C'est l'Afrique ton Afrique qui repousse

Qui repousse patiemment obstinément

Et dont les fruits ont peu à peu

L'amère saveur de la liberté.

Lettres : Comment ce poème exprime-t-il la violence de l'histoire ?

Philosophie : Peut-on surmonter les épreuves de l'histoire ?
Coups de pilon (1956)
source : Base LaTeX Quesseveur
DIOP
2022 HLP AMÉRIQUE DU NORD NORMALE Dans nos manuels de lecture figurait la fable du vieil homme qui sur son lit de mort fait croire à ses enfants qu'un trésor est caché dans sa vigne. Ils n'ont qu'à chercher. Les enfants creusent, mais nulle trace de trésor. Quand vient l'automne, cependant, la vigne donne comme aucune autre dans tout le pays. Ils compr…
lire la suite Dans nos manuels de lecture figurait la fable du vieil homme qui sur
son lit de mort fait croire à ses enfants qu'un trésor est caché dans
sa vigne. Ils n'ont qu'à chercher. Les enfants creusent, mais nulle
trace de trésor. Quand vient l'automne, cependant, la vigne donne
comme aucune autre dans tout le pays. Ils comprennent alors que leur
père a voulu leur léguer le fruit de son expérience : la vraie
richesse n'est pas dans l'or, mais dans le travail. Ce sont des
expériences de ce type qu'on nous a opposées, en guise de menace ou
d'apaisement, tout au long de notre adolescence : « C'est encore
morveux et ça veut donner son avis. » « Tu en as encore beaucoup à
apprendre. » L'expérience, on savait exactement ce que c'était :
toujours les anciens l'avaient apportée aux plus jeunes. Brièvement,
avec l'autorité de l'âge, sous forme de proverbes ; longuement, avec
sa faconde (Faconde : grande facilité de parole.), sous forme
d'histoires ; parfois dans des récits de pays lointains, au coin du
feu, devant les enfants et les petits-enfants. – Où tout cela est-il
passé ? Trouve-t-on encore des gens capables de raconter une histoire
? Où les mourants prononcent-ils encore des paroles impérissables,
qui se transmettent de génération en génération comme un anneau
ancestral ? Qui, aujourd'hui, sait dénicher le proverbe qui va le
tirer d'embarras ? Qui chercherait à clouer le bec à la jeunesse en
invoquant son expérience passée ?

Non, une chose est claire : le cours de l'expérience a chuté, et ce
dans une génération qui fit en 1914-1918 l'une des expériences les
plus effroyables de l'histoire universelle. Le fait, pourtant, n'est
peut-être pas aussi étonnant qu'il y paraît. N'a-t-on pas alors
constaté que les gens revenaient muets du champ de bataille ? Non pas
plus riches, mais plus pauvres en expérience communicable. Ce qui
s'est répandu dix ans plus tard dans le flot des livres de guerre
n'avait rien à voir avec une expérience quelconque, car l'expérience
se transmet de bouche à oreille. Non, cette dévalorisation n'avait
rien d'étonnant. Car jamais expériences acquises n'ont été aussi
radicalement démenties que l'expérience stratégique par la guerre de
position, l'expérience économique par l'inflation, l'expérience
corporelle par l'épreuve de la faim, l'expérience morale par les
manœuvres des gouvernants. Une génération qui était encore allée à
l'école en tramway hippomobile (Tramway hippomobile : tramway
tiré par des chevaux.) se retrouvait à découvert dans un paysage où
plus rien n'était reconnaissable, hormis les nuages et au milieu,
dans un champ de forces traversé de tensions et d'explosions
destructrices, le minuscule et fragile corps humain.

Cet effroyable déploiement de la technique plongea les hommes dans une
pauvreté tout à fait nouvelle.

Philosophie : En quoi, selon Walter Benjamin, l'expérience a-t-elle perdu sa valeur
à la suite de la Première Guerre mondiale ?

Lettres : Toute expérience est-elle communicable par la littérature ?
Expérience et pauvreté (1933)
source : Base LaTeX Quesseveur
BENJAMIN
2022 Voie générale AMÉRIQUE DU NORD NORMALE La conscience fait-elle obstacle au bonheur?
source : 2022-general-amerique-du-nord-normale.pdf
2022 Voie générale AMÉRIQUE DU NORD NORMALE La technique permet-elle de ne plus avoir peur de la nature?
source : 2022-general-amerique-du-nord-normale.pdf
2022 Voie générale AMÉRIQUE DU NORD NORMALE Mais qu’est-ce donc qui est véritablement? Ce qui est éternel, c’est-à-dire ce qui n’a jamais eu de naissance, ni n’aura jamais de fin, et à quoi le temps n’apporte jamais aucune mutation. Car c’est chose mobile que le temps, et qui apparaît comme en ombre, avec la matière coulante et fluente toujours, sans jamais deme…
lire la suite Mais qu’est-ce donc qui est véritablement? Ce qui est éternel, c’est-à-dire ce qui n’a jamais eu de naissance, ni n’aura jamais de fin, et à quoi le temps n’apporte jamais aucune mutation. Car c’est chose mobile que le temps, et qui apparaît comme en ombre, avec la matière coulante et fluente toujours, sans jamais demeurer stable ni permanente, à qui appartiennent ces mots « avant » et « après », et « a été » ou « sera ». Lesquels tout de prime abord montrent à l’évidence que ce n’est pas chose qui soit, car ce serait grande sottise et fausseté toute apparente que de dire que cela soit qui n’est pas encore en être, ou qui déjà a cessé d’être. Et quant à ces mots de « présent », d’« instant », de « maintenant » par lesquels il semble que principalement nous soutenons et fondons l’intelligence du temps, dès que la raison le découvre, elle le détruit tout sur-le-champ, car elle le fend incontinent1 et le partage en futur et en passé, comme le voulant voir nécessairement départi2 en deux. Autant en advient-il à la nature qui est mesurée comme au temps qui la mesure, car il n’y a non plus en elle rien qui demeure, ni qui soit subsistant, mais toutes choses y sont ou nées, ou naissantes, ou mourantes. 1 incontinent = aussitôt 2 départi = divisé
Les Essais, livre II, chapitre XII (XVI° siècle)
source : 2022-general-amerique-du-nord-normale.pdf
MONTAIGNE
2022 HLP AMÉRIQUE DU SUD NORMALE Par ailleurs, nous savons aujourd'hui que beaucoup d'animaux souffrent comme nous, qu'ils ont une « conscience » (au sens le plus fort de ce mot) comme nous, qu'ils ont peur comme nous. Nous le savons et nous les décimons pourtant comme jamais ils ne l'ont été dans l'histoire. Faut-il d'ailleurs absolument qu'ils nous …
lire la suite Par ailleurs, nous savons aujourd'hui que beaucoup d'animaux souffrent comme nous, qu'ils ont une « conscience » (au sens le plus fort de ce mot) comme nous, qu'ils ont peur comme nous. Nous le savons et nous les décimons pourtant comme jamais ils ne l'ont été dans l'histoire. Faut-il d'ailleurs absolument qu'ils nous ressemblent pour que nous les aimions et les respections ? Le « crime contre la vie » perpétré chaque jour par une humanité plus prédatrice — et de très loin — qu'aucune espèce ne le fut jamais dans l'histoire de la Terre peut-il perdurer indéfiniment ? Allons-nous continuer à l'assumer ? N'est-il pas temps de cesser de faire comme si les vivants non humains étaient des objets alors que nous savons qu'ils ne le sont pas ?

Nous traitons rigoureusement les animaux comme des choses. Unilatéralement, nous avons décidé que la Terre serait l'enfer pour nombre des vivants qui la peuplent. Nous tuons vraisemblablement chaque mois plus d'animaux qu'il n'a existé d'êtres humains dans toute l'Histoire.

La « nature » est, elle aussi, souvent pensée sous le seul prisme de ce qu'elle « rapporte », de ce qu'elle nous « dispense » (comme le furent les peuples colonisés). Peut-être serait-ce l'occasion de la penser pour elle-même. Faut-il continuer à voir les lieux que nous investissons comme étant « à disposition » ? Tout un écosystème subtil y préexiste. Il n'est pas une simple ressource. Il ne doit plus être ainsi perçu. Il vaut pour ce qu'il est et non pas pour ce qu'il nous donne. Le problème de la mort massive des animaux et des végétaux est presque toujours présenté du point de vue de ses effets négatifs (souvent réels) sur la vie humaine. Mais n'est-il pas en lui-même catastrophique ? Le monde existe indépendamment de son rôle pour notre confort. La « loi du plus fort » n'est pas seulement éthiquement indéfendable, elle se retourne presque toujours contre celui qui en abuse.

Certains pays commencent à donner des droits à des rivières ou à des forêts. D'un point de vue juridique, elles peuvent être représentées de différentes manières (par exemple, par un individu désigné ou par toute personne décidant de porter plainte en cas d'atteinte). C'est une piste intéressante qui mérite d'être explorée. À condition qu'elle ne soit pas une simple poudre aux yeux et que les États aient encore un véritable pouvoir face aux entités supraétatiques qui aujourd'hui gagnent en puissance.

Les parcs nationaux, aussi utiles soient-ils pour sauver quelques bribes de diversité, je l'évoquais précédemment, constituent également l'archétype d'une aberration conceptuelle. Ils soulignent à quel point les humains ont artificiellement décidé que la « nature » ne faisait plus partie de leur monde. Elle n'aurait plus droit d'être qu'au sein de sortes de super « parcs d'attractions » sous leur contrôle. C'est toute cette logique aberrante qu'il s'agit de renverser.

Le défi que nous avons à relever concerne donc aussi une mutation de nos valeurs. L'obligation dans laquelle les pays riches se trouvent de réapprendre un certain « ascétisme tendanciel » au niveau matériel n'est pas forcément une mauvaise nouvelle.

Philosophie : Quelle vision de la nature, selon l'auteur, est à l'origine de ce qu'il désigne comme une catastrophe écologique ?

Lettres : Quel rôle vous semble jouer la littérature dans la reconnaissance de l'importance de la nature en elle-même et pour elle-même ?
Le plus grand défi de l'histoire de l'humanité (2019)
source : Base LaTeX Quesseveur
BARRAU
2022 STMG-STI2D-ST2S ANTILLES GUYANE NORMALE Avons-nous des devoirs envers la nature?
source : 2022-technologique-antilles-guyane-normale.pdf
2022 STMG-STI2D-ST2S ANTILLES GUYANE REMPLACEMENT Respecter la nature, est-ce renoncer à la transformer?
source : 2022-technologique-antilles-guyane-remplacement.pdf
2022 STMG-STI2D-ST2S ANTILLES GUYANE NORMALE Pourquoi demander justice?
source : 2022-technologique-antilles-guyane-normale.pdf
2022 STMG-STI2D-ST2S ANTILLES GUYANE REMPLACEMENT Peut-on accepter l’injustice?
source : 2022-technologique-antilles-guyane-remplacement.pdf
2022 STMG-STI2D-ST2S ANTILLES GUYANE NORMALE Une œuvre d’art vraiment « achevée » ne sera jamais surpassée et ne vieillira jamais. Chaque spectateur pourra personnellement apprécier différemment sa signification, mais jamais personne ne pourra dire d’une œuvre vraiment « achevée » du point de vue artistique qu’elle a été « surpassée » par une autre œuvre égalemen…
lire la suite Une œuvre d’art vraiment « achevée » ne sera jamais surpassée et ne vieillira jamais. Chaque spectateur pourra personnellement apprécier différemment sa signification, mais jamais personne ne pourra dire d’une œuvre vraiment « achevée » du point de vue artistique qu’elle a été « surpassée » par une autre œuvre également « achevée ». Dans le domaine de la science au contraire, chacun sait que son œuvre aura vieilli d’ici dix, vingt ou cinquante ans. Car quel est le destin, ou plutôt la signification à laquelle est soumis et subordonné, en un sens tout à fait spécifique, tout travail scientifique, comme d’ailleurs aussi tous les autres éléments de la civilisation qui obéissent à la même loi? C’est que toute œuvre scientifique « achevée » n’a d’autre sens que celui de faire naître de nouvelles « questions »: elle demande donc à être « dépassée » et à vieillir. Celui qui veut servir la science doit se résigner à ce sort. Sans doute les travaux scientifiques peuvent garder durablement une importance par le plaisir que procure leur qualité esthétique ou bien comme instrument pédagogique dans l’initiation à la recherche. Mais dans les sciences, je le répète, non seulement notre destin, mais encore notre but à nous tous, est de nous voir un jour dépassés. Nous ne pouvons accomplir un travail sans espérer en même temps que d’autres iront plus loin que nous. En principe, ce progrès se prolonge à l’infini. 22 - PHTEAG1 Page 2/3

Rédaction de la copie

Le candidat a le choix entre deux manières de rédiger l’explication de texte. Il peut:
- soit répondre dans l’ordre, de manière précise et développée, aux questions posées (option n°1);
- soit suivre le développement de son choix (option n°2). Il indique son option de rédaction (option n°1 ou option n°2) au début de sa copie.
Questions de l’option n°1

A. Éléments d’analyse
1. Expliquez l’affirmation de Max Weber: une œuvre « achevée » du point de vue artistique ne peut être surpassée par une autre œuvre également « achevée ».
2. M. Weber soutient que la science « n’a d’autre sens que celui de faire naître de nouvelles « questions » ». Comment expliquer ce paradoxe?
3. Selon Weber: « dans les sciences (…), non seulement notre destin, mais encore notre but à nous tous est de nous voir un jour dépassés. » Expliquez cette affirmation en veillant à clarifier la différence entre « destin » et « but ».

B. Éléments de synthèse
1. Quelle est la question à laquelle l’auteur tente ici de répondre?
2. Dégagez les différents moments de l’argumentation.
3. En vous appuyant sur les éléments précédents, dégagez l’idée principale du texte.

C. Commentaire
1. Pourquoi la science, à la différence de l’art, est-elle faite pour « vieillir »?
2. Quel sens ce texte permet-il de donner à la recherche de la vérité dans les sciences?

22 - PHTEAG1 Page 3/3
Le savant et le politique (1917-1919)
source : 2022-technologique-antilles-guyane-normale.pdf
WEBER
2022 STMG-STI2D-ST2S ANTILLES GUYANE REMPLACEMENT SOCRATE Voyons ensemble. Ce que tu ne sais pas, mais dont tu sais que tu ne le sais pas, t’égares-tu à ce sujet? Par exemple en ce qui concerne la préparation des repas, tu sais évidemment que tu n’y connais rien. ALCIBIADE Absolument. SOCRATE À ce sujet, as-tu de toi-même une idée sur la manière dont il faut faire cet…
lire la suite SOCRATE Voyons ensemble. Ce que tu ne sais pas, mais dont tu sais que tu ne le sais pas, t’égares-tu à ce sujet? Par exemple en ce qui concerne la préparation des repas, tu sais évidemment que tu n’y connais rien. ALCIBIADE Absolument. SOCRATE À ce sujet, as-tu de toi-même une idée sur la manière dont il faut faire cette préparation, ou bien t’en remets-tu à celui qui s’y connaît? ALCIBIADE Je fais ainsi. SOCRATE Et si tu naviguais sur un bateau, aurais-tu une opinion sur la manière de diriger le gouvernail en dehors ou en dedans, et, faute de le savoir, t’égarerais-tu ou bien t’en remettrais-tu en toute tranquillité au pilote? ALCIBIADE Je m’en remettrais au pilote. SOCRATE Donc, au sujet de ce que tu ne sais pas, tu ne t’égares pas si tu sais que tu ne sais pas. 22 - PHTEAG3 Page 2/5 ALCIBIADE Non, sans doute. SOCRATE Remarques-tu donc que les erreurs dans l’action sont causées par cette ignorance qui est de croire savoir ce que l’on ne sait pas? ALCIBIADE Que dis-tu là? SOCRATE Nous entreprenons une action lorsque nous croyons savoir ce que nous faisons? ALCIBIADE Oui. SOCRATE Lorsque l’on ne croit pas savoir, on s’en remet à d’autres? ALCIBIADE Pourquoi en ferait-on autrement? SOCRATE De même, de tels ignorants sont sauvés parce qu’ils s’en remettent à d’autres pour ce qu’ils ignorent? ALCIBIADE Oui. SOCRATE Qui sont donc les ignorants? Certes pas ceux qui savent. ALCIBIADE Assurément pas. SOCRATE Puisque ce ne sont ni ceux qui savent, ni ceux des ignorants qui savent qu’ils ne savent pas, que reste-t-il d’autre sinon ceux qui croient savoir ce qu’ils ne savent pas? 22 - PHTEAG3 Page 3/5 ALCIBIADE Ce sont ceux-là. SOCRATE C’est cette ignorance qui est la cause de ce qui est mal, c’est elle qui est répréhensible? ALCIBIADE Oui. 22 - PHTEAG3 Page 4/5

Rédaction de la copie

Le candidat a le choix entre deux manières de rédiger l’explication de texte. Il peut:
- soit répondre dans l’ordre, de manière précise et développée, aux questions posées (option n°1);
- soit suivre le développement de son choix (option n°2). Il indique son option de rédaction (option n°1 ou option n°2) au début de sa copie.
Questions de l’option n°1

A. Éléments d’analyse
1. D’après les deux exemples du début du texte, que convient-il de faire lorsqu’on est ignorant?
2. En proposant une définition de l’opinion, expliquez pourquoi il ne suffit pas d’avoir une opinion pour bien agir.
3. Quelle pourrait être l’origine des « erreurs dans l’action »? Proposez un exemple, ou plusieurs si cela vous semble nécessaire.
4. Quelles sont les deux formes d’ignorance distinguées par Platon dans ce texte? En quoi consiste la véritable ignorance, et en quoi celle-ci est-elle bien plus dangereuse?

B. Éléments de synthèse
1. Quelle est la question à laquelle l’auteur tente ici de répondre?
2. Dégagez les différents moments de l’argumentation.
3. En vous appuyant sur les éléments précédents, dégagez l’idée principale du texte.

C. Commentaire
1. À quelles conditions pouvons-nous nous en remettre à autrui?
2. À partir de ce texte, demandez-vous ce que la connaissance apporte à la bonne conduite de nos actions.

22 - PHTEAG3 Page 5/5
Alcibiade (IVème siècle av. J-C.)
source : 2022-technologique-antilles-guyane-remplacement.pdf
PLATON
2022 Voie générale ANTILLES GUYANE NORMALE La science a-t-elle toujours raison?
source : 2022-general-antilles-guyane-normale.pdf
2022 Voie générale ANTILLES GUYANE REMPLACEMENT Le langage peut-il exprimer ce que nous vivons?
source : 2022-general-antilles-guyane-remplacement.pdf
2022 Voie générale ANTILLES GUYANE NORMALE Le langage ne sert-il qu’à communiquer?
source : 2022-general-antilles-guyane-normale.pdf
2022 Voie générale ANTILLES GUYANE REMPLACEMENT La science est-elle au service de notre liberté?
source : 2022-general-antilles-guyane-remplacement.pdf
2022 Voie générale ANTILLES GUYANE NORMALE Tout sentiment de peine est inséparable du désir de s'en délivrer; toute idée de plaisir est inséparable du désir d'en jouir: tout désir suppose privation, et toutes les privations qu'on sent sont pénibles; c'est donc dans la disproportion de nos désirs et de nos facultés1 que consiste notre misère. Un être sensible do…
lire la suite Tout sentiment de peine est inséparable du désir de s'en délivrer; toute idée de plaisir est inséparable du désir d'en jouir: tout désir suppose privation, et toutes les privations qu'on sent sont pénibles; c'est donc dans la disproportion de nos désirs et de nos facultés1 que consiste notre misère. Un être sensible dont les facultés égaleraient les désirs serait un être absolument heureux. En quoi donc consiste la sagesse humaine ou la route du vrai bonheur? Ce n'est pas précisément à diminuer nos désirs; car, s'ils étaient au-dessous de notre puissance, une partie de nos facultés resterait oisive2, et nous ne jouirions pas de tout notre être. Ce n’est pas non plus à étendre nos facultés, car si nos désirs s’étendaient à la fois en plus grand rapport3, nous n’en deviendrions que plus misérables: mais c'est à diminuer l'excès des désirs sur les facultés, et à mettre en égalité parfaite la puissance et la volonté. C'est alors seulement que, toutes les forces étant en action, l'âme cependant restera paisible, et que l'homme se trouvera bien ordonné. C'est ainsi que la nature, qui fait tout pour le mieux, l'a d'abord institué. Elle ne lui donne immédiatement que les désirs nécessaires à sa conservation et les facultés suffisantes pour les satisfaire.
1 « facultés »: aptitudes, capacités.
2 « oisive »: désœuvrée.
3 « rapport »: proportion.
Émile ou De l’Éducation (1762)
source : 2022-general-antilles-guyane-normale.pdf
Rousseau
2022 Voie générale ANTILLES GUYANE REMPLACEMENT Vous vous fiez à l’ordre actuel de la société, sans songer que cet ordre est sujet à des révolutions inévitables, et qu’il vous est impossible de prévoir ni de prévenir celle qui peut regarder vos enfants. Le Grand1 devient petit, le riche devient pauvre, le monarque devient sujet: les coups du sort sont-ils si rares q…
lire la suite Vous vous fiez à l’ordre actuel de la société, sans songer que cet ordre est sujet à des révolutions inévitables, et qu’il vous est impossible de prévoir ni de prévenir celle qui peut regarder vos enfants. Le Grand1 devient petit, le riche devient pauvre, le monarque devient sujet: les coups du sort sont-ils si rares que vous puissiez compter d’en être exempt2? Nous approchons de l’état de crise et du siècle des révolutions. Qui peut vous répondre de ce que vous deviendrez alors? Tout ce qu’ont fait les hommes, les hommes peuvent le détruire: il n’y a de caractères ineffaçables que ceux qu’imprime la Nature, et la Nature ne fait ni princes, ni riches, ni grands Seigneurs. Que fera donc, dans la bassesse, ce Satrape 3 que vous n’avez élevé que pour la grandeur? Que fera, dans la pauvreté, ce publicain4 qui ne sait vivre que d’or? Que fera, dépourvu de tout, ce fastueux imbécile qui ne sait point user de lui-même, et ne met son être que dans qui est étranger à lui? Heureux celui qui sait quitter alors l’état qui le quitte, et rester homme en dépit du sort!
1 « Grand »: aristocrate de haut rang.
2 « exempt »: préservé.
3 « Satrape »: homme puissant et despotique.
4 « publicain »: homme d’affaires.
Émile ou De l’Éducation (1762)
source : 2022-general-antilles-guyane-remplacement.pdf
Rousseau
2022 HLP ASIE NORMALE Dans les années 1930, le narrateur, Bardamu, se fait engager dans les usines Ford à Detroit, aux États-Unis. « Ça ne vous servira à rien ici vos études, mon garçon ! Vous n'êtes pas venu ici pour penser, mais pour faire les gestes qu'on vous commandera d'exécuter… Nous n'avons pas besoin d'imaginatifs dans notre usine…
lire la suite Dans les années 1930, le narrateur, Bardamu, se fait engager dans les
usines Ford à Detroit, aux États-Unis.

« Ça ne vous servira à rien ici vos études, mon garçon ! Vous n'êtes
pas venu ici pour penser, mais pour faire les gestes qu'on vous
commandera d'exécuter… Nous n'avons pas besoin d'imaginatifs dans
notre usine. C'est de chimpanzés dont nous avons besoin… Un conseil
encore. Ne nous parlez plus jamais de votre intelligence ! On pensera
pour vous mon ami ! Tenez-vous-le pour dit. »

Il avait raison de me prévenir. Valait mieux que je sache à quoi m'en
tenir sur les habitudes de la maison. Des bêtises, j'en avais assez à
mon actif tel quel pour dix ans au moins. Je tenais à passer
désormais pour un petit peinard. Une fois rhabillés, nous fûmes
répartis en files traînardes, par groupes hésitants en renfort vers
ces endroits d'où nous arrivaient les fracas énormes de la mécanique.
Tout tremblait dans l'immense édifice et soi-même des pieds aux
oreilles possédé par le tremblement, il en venait des vitres et du
plancher et de la ferraille, des secousses, vibré de haut en bas. On
en devenait machine aussi soi-même à force et de toute sa viande
encore tremblotante dans ce bruit de rage énorme qui vous prenait le
dedans et le tour de la tête et plus bas vous agitant les tripes et
remontait aux yeux par petits coups précipités, infinis, inlassables.
À mesure qu'on avançait on les perdait les compagnons. On leur
faisait un petit sourire à ceux-là en les quittant comme si tout ce
qui se passait était bien gentil. On ne pouvait plus ni se parler ni
s'entendre. Il en restait à chaque fois trois ou quatre autour d'une
machine.

On résiste tout de même, on a du mal à se dégoûter de sa substance, on
voudrait bien arrêter tout ça pour qu'on y réfléchisse, et entendre
en soi son cœur battre facilement, mais ça ne se peut plus. Ça ne
peut plus finir. Elle est en catastrophe cette infinie boîte aux
aciers et nous on tourne dedans et avec les machines et avec la
terre. Tous ensemble ! Et les mille roulettes et les pilons qui ne
tombent jamais en même temps avec des bruits qui s'écrasent les uns
contre les autres et certains si violents qu'ils déclenchent autour
d'eux comme des espèces de silences qui vous font un peu de bien.

Lettres : Quels sont les effets du travail à l'usine sur le personnage ?

Philosophie : Les machines nous font-elles toujours violence ?
Voyage au bout de la nuit (1932)
source : Base LaTeX Quesseveur
CÉLINE
2022 HLP ASIE NORMALE Pour comprendre les causes complexes de la guerre, il faut concevoir la paix elle-même comme un processus se déroulant sans intervention de la force, et qui ne vise pas seulement à empêcher l'emploi de celle-ci, mais à instaurer les conditions réelles d'une coexistence sans tensions entre les groupes et entre les peupl…
lire la suite Pour comprendre les causes complexes de la guerre, il faut concevoir
la paix elle-même comme un processus se déroulant sans intervention
de la force, et qui ne vise pas seulement à empêcher l'emploi de
celle-ci, mais à instaurer les conditions réelles d'une coexistence
sans tensions entre les groupes et entre les peuples. Les
réglementations mises en place ne doivent léser ni l'existence ni la
dignité des intéressés, et ne doivent pas non plus porter atteinte
aux intérêts vitaux et aux sentiments de justice, au point que les
parties en conflit, après avoir épuisé les possibilités qu'offrent
les procédures judiciaires, finissent néanmoins par recourir à la
force. Les programmes politiques qui sont fondés sur un tel concept
de paix auront recours, avant tout emploi de la force militaire, à
tous les moyens disponibles, y compris l'intervention humanitaire,
afin d'agir sur la situation intérieure d'États formellement
souverains pour y favoriser à la fois l'autosuffisance économique et
des conditions sociales supportables, la participation démocratique,
l'établissement de l'État de droit et la tolérance culturelle. De
telles stratégies d'intervention non violente en faveur de processus
de démocratisation tablent sur le fait que, en raison des
interdépendances planétaires, tous les États dépendent aujourd'hui de
leur environnement et sont sensibles au pouvoir des influences
indirectes, exercées « en douceur », qui peuvent aller jusqu'à des
sanctions économiques explicites.

Philosophie : Comment Habermas montre-t-il que la paix n'est pas une simple absence de guerre ?

Lettres : Comment la littérature et les autres arts peuvent-ils contribuer à la
paix ?
L'intégration républicaine (1996)
source : Base LaTeX Quesseveur
HABERMAS
2022 STMG-STI2D-ST2S ASIE NORMALE Pourrions-nous nous passer des machines?
source : 2022-technologique-asie-normale.pdf
2022 STMG-STI2D-ST2S ASIE NORMALE La vérité doit-elle être partagée?
source : 2022-technologique-asie-normale.pdf
2022 STMG-STI2D-ST2S ASIE NORMALE Si l’on recherche en quoi consiste précisément le plus grand bien de tous, qui doit être la fin 1 de tout système de législation, on trouvera qu’il se réduit à ces deux objets principaux, la liberté et l’égalité: la liberté parce que toute dépendance particulière est autant de force ôtée au corps de l’État: l’égalité, …
lire la suite Si l’on recherche en quoi consiste précisément le plus grand bien de tous, qui doit être la fin 1 de tout système de législation, on trouvera qu’il se réduit à ces deux objets principaux, la liberté et l’égalité: la liberté parce que toute dépendance particulière est autant de force ôtée au corps de l’État: l’égalité, parce que la liberté ne peut subsister sans elle. J’ai déjà dit ce que c’est que la liberté civile 2: à l’égard de l’égalité, il ne faut pas entendre par ce mot que les degrés de puissance et de richesse soient absolument les mêmes, mais que, quant à la puissance, elle soit au-dessous de toute violence, et ne s’exerce jamais qu’en vertu du rang 3 et des lois, et, quant à la richesse, que nul citoyen ne soit assez opulent pour en pouvoir acheter un autre, et nul assez pauvre pour être contraint de se vendre. Ce qui suppose du côté des grands4 modération de biens et de crédit, et du côté des petits, modération d’avarice et de convoitise. Cette égalité, disent-ils, est une chimère de spéculation 5 qui ne peut exister dans la pratique: mais si l’abus est inévitable, s’ensuit-il qu’il ne faille pas au moins le régler? C’est précisément parce que la force des choses tend toujours à détruire l’égalité que la force de la législation doit toujours tendre à la maintenir. ROUSSEAU, Du Contrat Social (1762).
1 « fin »: but
2 « liberté civile »: liberté réglée par les lois
3 « rang »: position dans la hiérarchie sociale
4 « grands »: ceux qui occupent une position sociale dominante
5 « chimère de spéculation »: idée purement théorique et imaginaire 22 - PHTEIN1 Page 2/3

Rédaction de la copie

Le candidat a le choix entre deux manières de rédiger l’explication de texte. Il peut:
- soit répondre dans l’ordre, de manière précise et développée, aux questions posées (option n°1);
- soit suivre le développement de son choix (option n°2). Il indique son option de rédaction (option n°1 ou option n°2) au début de sa copie.
Questions de l’option n°1

A. Éléments d’analyse
1. Pourquoi, selon le texte, le but de « tout système de législation » peut-il se réduire à assurer la liberté et l’égalité?
2. Expliquez: « à l’égard de l’égalité, il ne faut pas entendre par ce mot que les degrés de puissance et de richesse soient absolument les mêmes ». Cela correspond-il à l’idée que nous nous faisons de l’égalité?
3. Expliquez: « c’est précisément parce que la force des choses tend toujours à détruire l’égalité, que la force de la législation doit toujours tendre à la maintenir ».

B. Éléments de synthèse
1. Quelle est la question à laquelle l’auteur tente ici de répondre?
2. Dégagez les différents moments de l’argumentation.
3. En vous appuyant sur les éléments précédents, dégagez l’idée principale du texte.

C. Commentaire
1. L’existence d’inégalités peut-elle être une menace pour la liberté?
2. À partir du texte, peut-on dire qu’il suffit à la loi de régler les abus pour être juste?

22 - PHTEIN1 Page 3/3
source : 2022-technologique-asie-normale.pdf
2022 Voie générale ASIE NORMALE Puis-je ignorer mes propres pensées?
source : 2022-general-asie-normale.pdf
2022 Voie générale ASIE NORMALE La justice met-elle fin à la loi du plus fort?
source : 2022-general-asie-normale.pdf
2022 Voie générale ASIE NORMALE Tant d’instruments inventés pour nous guider dans nos expériences et suppléer à la justesse des sens, en font négliger l’exercice. Le graphomètre dispense d’estimer la grandeur des angles; l’œil qui mesurait avec précision les distances s’en fie à la chaîne qui les mesure pour lui; la romaine1 m’exempte de juger à la m…
lire la suite Tant d’instruments inventés pour nous guider dans nos expériences et suppléer à la justesse des sens, en font négliger l’exercice. Le graphomètre dispense d’estimer la grandeur des angles; l’œil qui mesurait avec précision les distances s’en fie à la chaîne qui les mesure pour lui; la romaine1 m’exempte de juger à la main le poids que je connais par elle. Plus nos outils sont ingénieux, plus nos organes deviennent grossiers et maladroits: à force de rassembler des machines autour de nous, nous n’en trouvons plus en nousmêmes. Mais, quand nous mettons à fabriquer ces machines l’adresse qui nous en tenait lieu, quand nous employons à les faire la sagacité qu’il fallait pour nous en passer, nous gagnons sans rien perdre, nous ajoutons l’art à la nature, et nous devenons plus ingénieux, sans devenir moins adroits. Au lieu de coller un enfant sur des livres, si je l’occupe dans un atelier, ses mains travaillent au profit de son esprit: il devient philosophe et croit n’être qu’un ouvrier.
1 outils de mesure: le graphomètre mesure les angles; la chaîne, les distances; la romaine est une balance
Émile ou de l’éducation, 1762
source : 2022-general-asie-normale.pdf
ROUSSEAU
2022 HLP CENTRES ÉTRANGERS NORMALE Le véritable sujet de l'Iliade, c'est l'emprise de la guerre sur les guerriers, et, par leur intermédiaire, sur tous les humains ; nul ne sait pourquoi chacun se sacrifie, et sacrifie tous les siens, à une guerre meurtrière et sans objet, et c'est pourquoi, tout au long du poème, c'est aux dieux qu'est attribuée l'infl…
lire la suite Le véritable sujet de l'Iliade, c'est l'emprise de la guerre sur les
guerriers, et, par leur intermédiaire, sur tous les humains ; nul ne
sait pourquoi chacun se sacrifie, et sacrifie tous les siens, à une
guerre meurtrière et sans objet, et c'est pourquoi, tout au long du
poème, c'est aux dieux qu'est attribuée l'influence mystérieuse qui
fait échec aux pourparlers de paix, rallume sans cesse les
hostilités, ramène les combattants qu'un éclair de raison pousse à
abandonner la lutte.

Ainsi dans cet antique et merveilleux poème apparaît déjà le mal
essentiel de l'humanité, la substitution des moyens aux fins. Tantôt
la guerre. apparaît au premier plan, tantôt la recherche de la
richesse, tantôt la production ; mais le mal reste le même. Les
moralistes vulgaires se plaignent que l'homme soit mené par son
intérêt personnel ; plût au ciel qu'il en fût ainsi ! L'intérêt est
un principe d'action égoïste, mais borné, raisonnable, qui ne peut
engendrer des maux illimités. La loi de toutes les activités qui
dominent l'existence sociale, c'est au contraire, exception faite
pour les sociétés primitives, que chacun y sacrifie la vie humaine,
en soi et en autrui, à des choses qui ne constituent que des moyens
de mieux vivre. Ce sacrifice revêt des formes diverses, mais tout se
résume dans la question du pouvoir. Le pouvoir, par définition, ne
constitue qu'un moyen ; ou pour mieux dire posséder un pouvoir, cela
consiste simplement à posséder des moyens d'action qui dépassent la
force si restreinte dont un individu dispose par lui-même. Mais la
recherche du pouvoir, du fait même qu'elle est essentiellement
impuissante à se saisir de son objet, exclut toute considération de
fin, et en arrive, par un renversement inévitable, à tenir lieu de
toutes les fins. C'est ce renversement du rapport entre le moyen et
la fin, c'est cette folie fondamentale qui rend compte de tout ce
qu'il y a d'insensé et de sanglant tout au long de l'histoire.
L'histoire humaine n'est que l'histoire de l'asservissement qui fait
des hommes, aussi bien oppresseurs qu'opprimés, le simple jouet des
instruments de domination qu'ils ont fabriqués eux-mêmes, et ravale
ainsi l'humanité vivante à être la chose de choses inertes.

Philosophie : Pourquoi Simone Weil en vient-elle à affirmer que « tout se résume
dans la question du pouvoir » ?

Lettres : La littérature permet-elle de comprendre la violence dont l'homme est capable ?
Réflexions sur les causes de la liberté et de l'oppression sociale (1934)
source : Base LaTeX Quesseveur
WEIL
2022 HLP CENTRES ÉTRANGERS NORMALE L'État en guerre se permet toutes les injustices, toutes les violences, dont la moindre déshonorerait l'individu. Il a recours, à l'égard de l'ennemi, non seulement à la ruse permise, mais aussi au mensonge conscient et voulu, et cela dans une mesure qui dépasse tout ce qui s'était vu dans des guerres antérieures. L'Ét…
lire la suite L'État en guerre se permet toutes les injustices, toutes les
violences, dont la moindre déshonorerait l'individu. Il a recours, à
l'égard de l'ennemi, non seulement à la ruse permise, mais aussi au
mensonge conscient et voulu, et cela dans une mesure qui dépasse tout
ce qui s'était vu dans des guerres antérieures. L'État impose aux
citoyens le maximum d'obéissance et de sacrifices, mais les traite
en mineurs, en leur cachant la vérité et en soumettant toutes les
communications et toutes les expressions d'opinions à une censure qui
rend les gens, déjà déprimés intellectuellement, incapables de
résister à une situation défavorable ou à une sinistre nouvelle. Il
se dégage de tous les traités et de toutes les conventions qui le
liaient à d'autres États, avoue sans crainte sa rapacité et sa soif
de puissance que l'individu doit approuver et sanctionner par
patriotisme.

Qu'on ne vienne pas nous dire que l'État ne peut pas renoncer à avoir
recours à l'injustice, car s'il y renonçait, il se mettrait en état
d'infériorité. Se conformer aux normes morales, renoncer à l'activité
brutale et violente est pour l'individu aussi peu avantageux que pour
l'État, et celui-ci se montre rarement disposé à dédommager le
citoyen des sacrifices qu'il exige de lui. Il ne faut pas, en outre,
s'étonner de constater que le relâchement des rapports moraux entre
les grands individus de l'humanité ait eu ses répercussions sur la
morale privée, car notre conscience, loin d'être le juge implacable
dont parlent les moralistes, est, par ses origines, de l'« angoisse
sociale », et rien de plus. Là où le blâme de la part de la
collectivité vient à manquer, la compression des mauvais instincts
cesse, et les hommes se livrent à des actes de cruauté, de perfidie,
de trahison et de brutalité, qu'on aurait crus impossibles, à en
juger uniquement par leur niveau de culture.

Philosophie : Quels sont les effets de la violence de l'État sur les individus ?

Lettres : Dans quelle mesure la littérature permet-elle de s'interroger sur le rapport de l'individu au pouvoir ?
Considérations actuelles sur la guerre et la mort (1915)
source : Base LaTeX Quesseveur
FREUD
2022 STMG-STI2D-ST2S ÉTRANGER GROUPE 1 NORMALE Faut-il préférer le naturel à l’artificiel?
source : 2022-technologique-centres-etrangers-normale.pdf
2022 STMG-STI2D-ST2S ÉTRANGER GROUPE 1 NORMALE Suffit-il de connaître la vérité pour nous débarrasser de nos préjugés?
source : 2022-technologique-centres-etrangers-normale.pdf
2022 STMG-STI2D-ST2S ÉTRANGER GROUPE 1 NORMALE Nous avons dit que les lois étaient des institutions particulières et précises du législateur; et les mœurs 1 et les manières, des institutions de la nation en général. De là il suit que lorsqu'on veut changer les mœurs et les manières, il ne faut pas les changer par les lois: cela paraîtrait trop tyrannique; il vaut m…
lire la suite Nous avons dit que les lois étaient des institutions particulières et précises du législateur; et les mœurs 1 et les manières, des institutions de la nation en général. De là il suit que lorsqu'on veut changer les mœurs et les manières, il ne faut pas les changer par les lois: cela paraîtrait trop tyrannique; il vaut mieux les changer par d'autres mœurs et d'autres manières. Ainsi lorsqu'un prince veut faire de grands changements dans sa nation, il faut qu'il réforme par les lois ce qui est établi par les lois, et qu'il change par les manières ce qui est établi par les manières: et c'est une très mauvaise politique de changer par les lois ce qui doit être changé par les manières. La loi qui obligeait les Moscovites 2 à se faire couper la barbe et les habits, et la violence de Pierre Ier 3, qui faisait tailler jusqu'aux genoux les longues robes de ceux qui entraient dans les villes, étaient tyranniques. II y a des moyens pour empêcher les crimes: ce sont les peines; il y en a pour faire changer les manières: ce sont les exemples.
1 « mœurs »: habitudes, coutumes, manières de vivre
2 « Moscovites »: habitants de Moscou
3 « Pierre Ier »: Empereur de Russie (1672-1725) 22 - PHTEG11 Page 2/3

Rédaction de la copie

Le candidat a le choix entre deux manières de rédiger l’explication de texte. Il peut:
- soit répondre dans l’ordre, de manière précise et développée, aux questions posées (option n°1);
- soit suivre le développement de son choix (option n°2). Il indique son option de rédaction (option n°1 ou option n°2) au début de sa copie.
Questions de l’option n°1

A. Éléments d’analyse
1. Montesquieu distingue le « législateur » de la « nation en général ». Comment expliquez-vous la différence entre les deux?
2. Selon le texte, en quoi les lois de Pierre Ier en Russie sont-elles « tyranniques »?
3. Quelle est la différence que le texte établit entre l’usage des « peines » et l’usage des « exemples »? Expliquez en illustrant votre propos par des exemples précis.

B. Éléments de synthèse
1. Quelle est la question à laquelle l’auteur tente ici de répondre?
2. Dégagez les différents moments de l’argumentation.
3. En vous appuyant sur les éléments précédents, dégagez l’idée principale du texte.

C. Commentaire
1. Diriez-vous, avec Montesquieu, que les manières de vivre ne doivent pas être changées par les lois?
2. Sur quoi un changement des manières de vivre pourrait-il prendre appui?

22 - PHTEG11 Page 3/3
De l’Esprit des lois I (1748)
source : 2022-technologique-centres-etrangers-normale.pdf
MONTESQUIEU
2022 Voie générale ÉTRANGER GROUPE 1 NORMALE Le bonheur nous échappe-t-il inévitablement?
source : 2022-general-centres-etrangers-normale.pdf
2022 Voie générale ÉTRANGER GROUPE 1 NORMALE N’y a-t-il de foi que religieuse?
source : 2022-general-centres-etrangers-normale.pdf
2022 Voie générale ÉTRANGER GROUPE 1 NORMALE S’imposer des limites est la première obligation de toute liberté, la condition même de son existence, car c’est seulement ainsi qu’une société – sans laquelle l’homme ne peut pas être, pas plus qu’il ne peut asseoir sa domination sur la nature – est possible. Plus la société elle-même est libre, c’est-à-dire moins la …
lire la suite S’imposer des limites est la première obligation de toute liberté, la condition même de son existence, car c’est seulement ainsi qu’une société – sans laquelle l’homme ne peut pas être, pas plus qu’il ne peut asseoir sa domination sur la nature – est possible. Plus la société elle-même est libre, c’est-à-dire moins la liberté naturelle de l’espèce sera compromise par la domination de l’homme sur les autres hommes, et plus l’obligation d’une limitation volontaire dans la relation entre les hommes apparaîtra évidente et indispensable. Or c’est désormais quelque chose de semblable qui intervient dans la relation de l’humanité à la nature. Notre puissance nous a rendus plus libres, et cette liberté comporte précisément ses obligations, de façon unilatérale1 cette fois-ci, il est vrai. Du fait qu’elle accompagne d’une même allure les actions engendrées par notre puissance, notre obligation s’étend désormais à la terre tout entière et au lointain futur. Elle constitue une obligation pour nous tous car nous participons tous aux profits de la puissance collective et nous en jouissons. Or, notre obligation nous dit qu’il nous faut réfréner notre puissance ici et maintenant, c’està-dire qu’il nous faut réduire notre consommation pour le bien d’une humanité future, que nous ne serons plus là pour voir.
1 unilatérale: venant d’un seul côté
Une éthique pour la nature, 1980-1990
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JONAS
2022 Voie générale JAPON NORMALE L’homme est-il une exception dans la nature?
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2022 Voie générale JAPON NORMALE Toute prise de conscience est-elle libératrice?
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2022 Voie générale JAPON NORMALE La haine que les hommes portent au privilège s’augmente à mesure que les privilèges deviennent plus rares et moins grands, de telle sorte qu'on dirait que les passions démocratiques s'enflamment davantage dans le temps même où elles trouvent le moins d'aliments. J'ai déjà donné la raison de ce phénomène. Il n'y a pas d…
lire la suite La haine que les hommes portent au privilège s’augmente à mesure que les privilèges deviennent plus rares et moins grands, de telle sorte qu'on dirait que les passions démocratiques s'enflamment davantage dans le temps même où elles trouvent le moins d'aliments. J'ai déjà donné la raison de ce phénomène. Il n'y a pas de si grande inégalité qui blesse les regards lorsque toutes les conditions sont inégales; tandis que la plus petite dissemblance paraît choquante au sein de l'uniformité générale; la vue en devient plus insupportable à mesure que l’uniformité est plus complète. Il est donc naturel que l'amour de l'égalité croisse sans cesse avec l'égalité elle-même; en le satisfaisant, on le développe. Cette haine immortelle, et de plus en plus allumée, qui anime les peuples démocratiques contre les moindres privilèges, favorise singulièrement la concentration graduelle de tous les droits politiques dans les mains du seul représentant de l'Etat. Le souverain étant nécessairement et sans contestation au-dessus de tous les citoyens, n'excite l'envie d'aucun d'eux, et chacun croit enlever à ses égaux toutes les prérogatives1 qu'il lui concède. L'homme des siècles démocratiques n'obéit qu'avec une extrême répugnance à son voisin qui est son égal; il refuse de reconnaître à celui-ci des lumières supérieures aux siennes; il se défie de sa justice et voit avec jalousie son pouvoir; il le craint et le méprise; il aime à lui faire sentir à chaque instant la commune dépendance où ils sont tous les deux du même maître. Toute puissance centrale qui suit ces instincts naturels aime l'égalité et la favorise; car l'égalité facilite singulièrement l'action d'une semblable puissance, l'étend et l'assure.
1 « Prérogatives »: les droits et les capacités que l’on possède de manière exclusive et que les autres ne possèdent pas.
De la Démocratie en Amérique (1840)
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Tocqueville
2022 HLP LIBAN NORMALE Ce que d'abord vous nous montrez, voyages, c'est notre ordure lancée au visage de l'humanité. Je comprends alors la passion, la folie, la duperie des récits de voyage. Ils apportent l'illusion de ce qui n'existe plus et qui devrait être encore, pour que nous échappions à l'accablante évidence que vingt mille ans d'his…
lire la suite Ce que d'abord vous nous montrez, voyages, c'est notre ordure lancée
au visage de l'humanité.

Je comprends alors la passion, la folie, la duperie des récits de
voyage. Ils apportent l'illusion de ce qui n'existe plus et qui
devrait être encore, pour que nous échappions à l'accablante évidence
que vingt mille ans d'histoire sont joués. Il n'y a plus rien à faire
: la civilisation n'est plus cette fleur fragile qu'on préservait,
qu'on développait, à grand peine, dans quelques coins abrités, un
terroir riche en espèces rustiques, menaçantes sans doute par leur
vivacité, mais qui permettaient aussi de varier et de revigorer les
semis. L'humanité s'installe dans la monoculture ; elle s'apprête à
produire la civilisation en masse, comme la betterave.

On risquait jadis sa vie dans les Indes ou les Amériques pour
rapporter des biens qui nous paraissent aujourd'hui dérisoires : bois
de braise (d'où Brésil) : teinture rouge, ou poivre dont, au temps
d'Henri IV, on avait à ce point la folie que la Cour en mettait dans
des bonbonnières des grains à croquer. Ces secousses visuelles ou
olfactives, cette joyeuse chaleur pour les yeux, cette brûlure
exquise pour la langue ajoutaient un nouveau registre au clavier
sensoriel d'une civilisation qui ne s'était pas doutée de sa fadeur.
Dirons-nous alors que par un double renversement, nos modernes Marco
Polo rapportent de ces mêmes terres, cette fois sous forme de
photographies, de livres et de récits, les épices morales dont notre
société éprouve un besoin plus aigu en se sentant sombrer dans
l'ennui ?

Philosophie : Selon Lévi-Strauss, voyager, est-ce découvrir de nouveaux mondes ou
est-ce les exploiter ?

Lettres : La littérature et les arts peuvent-ils résister à l'uniformisation des cultures ?
Tristes Tropiques (1955)
source : Base LaTeX Quesseveur
LÉVI-STRAUSS

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