| Année | Série | Lieu | Session | Sujet | Auteur |
|---|---|---|---|---|---|
| 2022 | HLP | LIBAN | NORMALE |
L'expérience a prouvé que les développements déclenchés à chaque fois
par l'agir technologique afin de réaliser des buts à court terme ont
tendance à se rendre autonomes, c'est-à-dire à acquérir leur propre
dynamique contraignante, une inertie autonome, en vertu de laquelle
ils ne sont pas seulement irréversibles, comm…
lire la suiteL'expérience a prouvé que les développements déclenchés à chaque foispar l'agir technologique afin de réaliser des buts à court terme ont tendance à se rendre autonomes, c'est-à-dire à acquérir leur propre dynamique contraignante, une inertie autonome, en vertu de laquelle ils ne sont pas seulement irréversibles, comme on l'a déjà dit, mais qu'ils poussent également en avant et qu'ils débordent le vouloir et la planification de ceux qui agissent. Ce qui a été commencé nous ôte l'initiative de l'agir et les faits accomplis que le commencement a créés s'accumulent pour devenir la loi de sa continuation. Même s'il se peut que « nous prenions en main notre propre développement », celui-ci échappera à nos mains simplement du fait qu'il s'est incorporé son impulsion et plus que partout ailleurs vaut ici la loi qu'alors que le premier pas relève de notre liberté, nous sommes esclaves du second et de tous ceux qui suivent. Ainsi au constat que l'accélération du développement alimenté technologiquement ne laisse plus le temps pour des corrections automatiques s'ajoute le constat ultérieur que pendant le temps que malgré tout nous avons encore à notre disposition, la correction devient de plus en plus difficile et la liberté pour la faire diminue continuellement. Cela renforce l'obligation de veiller aux commencements, accordant la priorité aux possibilités de malheur fondées de manière suffisamment sérieuse (et distinctes des simples fantasmes de la peur) par rapport aux espérances – même si celles-ci ne sont pas moins bien fondées. Philosophie : Pourquoi, selon Hans Jonas, la précaution vaut-elle mieux que l'espérance ? Lettres : Dans un monde dominé par la technique, la littérature nous aide-elle à nous orienter ? Le Principe responsabilité (1979)
source : Base LaTeX Quesseveur
|
JONAS |
| 2022 | HLP | MÉTROPOLE | NORMALE |
Que la violence soit de toujours et de partout, il n'est que de
regarder comment s'édifient et s'écroulent les empires, s'installent
les prestiges personnels, s'entre-déchirent les religions, se
perpétuent et se déplacent les privilèges de la propriété et du
pouvoir, comment même se consolide l'autorité des maîtres à p…
lire la suiteQue la violence soit de toujours et de partout, il n'est que deregarder comment s'édifient et s'écroulent les empires, s'installent les prestiges personnels, s'entre-déchirent les religions, se perpétuent et se déplacent les privilèges de la propriété et du pouvoir, comment même se consolide l'autorité des maîtres à penser, comment se juchent (« se juchent » : se hissent) les jouissances culturelles des élites sur le tas des travaux et des douleurs des déshérités. On ne voit jamais assez grand quand on prospecte l'empire de la violence ; c'est pourquoi une anatomie de la guerre qui se flatterait d'avoir découvert trois ou quatre grosses ficelles qu'il suffirait de couper pour que les marionnettes militaires retombent inertes sur les tréteaux condamnerait le pacifisme à rester superficiel et puéril. Une anatomie de la guerre requiert la tâche plus vaste d'une physiologie de la violence. Il faudrait aller chercher très bas et très haut les complicités d'une affectivité humaine accordée au terrible dans l'histoire. La psychologie sommaire de l'empirisme qui gravite autour du plaisir et de la douleur, du bien-être et du bonheur, omet l'irascible (« irascible » : qui se met facilement en colère), le goût de l'obstacle, la volonté d'expansion, de combat et de domination, les instincts de mort et surtout cette capacité de destruction, cet appétit de catastrophe qui est la contrepartie de toutes les disciplines qui font de l'édifice psychique de l'homme un équilibre instable et toujours menacé. Que l'émeute explose dans la rue, que la patrie soit proclamée en danger, quelque chose en moi est rejoint et délié, à quoi ni le métier, ni le foyer, ni les quotidiennes tâches civiques ne donnaient issue ; quelque chose de sauvage, quelque chose de sain et de malsain, de jeune et d'informe, un sens de l'insolite, de l'aventure, de la disponibilité, un goût pour la rude fraternité et pour l'action expéditive, sans médiation juridique et administrative. L'admirable est que ces dessous de la conscience resurgissent au niveau des plus hautes couches de la conscience : ce sens du terrible est aussi le sens idéologique ; soudain la justice, le droit, la vérité prennent des majuscules en prenant les armes et en s'auréolant de sombres passions. Philosophie : D'après l'auteur, qu'est-ce qui explique la permanence de la violence dans l'histoire ? Lettres : La littérature et les arts naissent-ils de « l'appétit de catastrophe » des hommes ? Histoire et vérité (1955)
source : Base LaTeX Quesseveur
|
RICŒUR |
| 2022 | HLP | MÉTROPOLE | NORMALE |
Ce récit s'ouvre sur l'annonce de la mobilisation générale en
septembre 1939.
Il est cinq heures d'un après-midi de septembre tiède et gris.
Le tocsin sonne.
On arrête de jouer.
Robe noire fermée jusqu'au cou, les bras levés, des mains blanches
osseuses, le regard fixe, la vieille femme crie sur la place du
village…
lire la suiteCe récit s'ouvre sur l'annonce de la mobilisation générale enseptembre 1939. Il est cinq heures d'un après-midi de septembre tiède et gris. Le tocsin sonne. On arrête de jouer. Robe noire fermée jusqu'au cou, les bras levés, des mains blanches osseuses, le regard fixe, la vieille femme crie sur la place du village que c'est la mobilisation générale. Il n'y a pas un souffle d'air dans les feuilles du gros arbre. Des oiseaux chantent. Au garde-à-vous dans sa salopette de travail, les mains dans les poches, un homme pleure. Il est en sabots. Il y a du bruit et du silence, mais le silence absorbe le bruit. C'est comme aux enterrements. Un long chat noir est étiré sur le rebord d'une fenêtre. Un long chat noir est étiré sur le rebord d'une fenêtre. Deux femmes âgées s'étreignent, chacune la tête dans le cou de l'autre. Le chignon de la plus petite s'est défait, ses cheveux grisonnants tombent en longues mèches ondulantes de chaque côté de ses épaules. On dirait des anguilles vivantes. J'ai envie de faire pipi. Quelque part, au loin, une génisse appelle d'un meuglement plaintif. Des villageois restent adossés à la façade jaune sale d'une maison. Assise sur une pierre, la petite fille bleue tient à deux mains son ballon sur ses genoux. Ses chaussettes blanches sont en boules molles sur ses chevilles. Elle se mord les lèvres. Devant le muret de pierres sèches, une femme s'est agenouillée sur le sable de la place. Elle a les mains jointes, le dos voûté, la tête baissée. C'est comme une statue d'église, mais noire. Ma culotte est trop courte, elle me tire entre les jambes, j'ai de grosses croûtes aux genoux, ça sanguinole toujours un peu et ça brûle. En blouses grises, l'épicier et sa femme se tiennent sur le pas de leur porte. Un cerf-volant rouge clignote dans le ciel. Des hommes arrivent. Ils se serrent la main. On les voit se parler, hocher la tête, la secouer, hausser les épaules. Les bras ballants, deux femmes ont déposé devant elles leurs seaux de fer pleins d'eau. Je n'ai pas goûté. J'ai faim. Le petit rouquin se traîne à quatre pattes dans la poussière en faisant des bulles de salive avec ses lèvres. Il reçoit un coup de pied, tombe en avant sur le ventre et éclate de rire. C'est sa mère qui lui a donné le coup de pied. Elle le relève en le tirant brutalement par le bras. Elle époussette du bout des doigts son tablier d'écolier noir. Elle lui donne une gifle. Il pleure. — On ne tape pas les petits aujourd'hui, dit un vieux, c'est la guerre. Je ne sais pas ce que c'est que la mobilisation générale, mais je suis bien content que ce soit la guerre. J'ai onze ans. — Les salauds dit un homme. J'aime les tartines épaisses avec dessus du beurre salé et un sucre. Une grande femme surgit soudainement. — Je le savais ! Je le savais ! Ses cheveux courts semblent grésiller autour de sa tête. — Ce matin j'ai écrit une lettre à quelqu'un. Au lieu de mettre la bonne date j'ai mis deux fois 1914 ! Je la regarde, étroite, nerveuse, les yeux écarquillés, cette voix criarde. Je ne comprends pas ce qu'elle est en train de dire, mais je la trouve bête. — Papa a fait 14 ! — Mon père aussi, dit un jeune paysan, le torse nu avec des poils blonds. — Et nous voilà bons encore une fois dit l'homme à la moustache. Il faut que j'aille chercher mon goûter à la maison. Lettres : « C'est la guerre » : ce texte vous en donne-t-il l'impression ? Philosophie : Qu'est-ce qu'être en guerre ? C'est la guerre (1993)
source : Base LaTeX Quesseveur
|
CALAFERTE |
| 2022 | HLP | MÉTROPOLE | NORMALE |
La désobéissance civile ne saurait être assimilée à la délinquance de droit commun (Le délinquant de droit commun est celui qui commet un délit ou un crime, au regard des règles établies du droit.). Il existe une différence essentielle entre le criminel qui prend soin de dissimuler à tous les regards ses actes répréhen…
lire la suiteLa désobéissance civile ne saurait être assimilée à la délinquance de droit commun (Le délinquant de droit commun est celui qui commet un délit ou un crime, au regard des règles établies du droit.). Il existe une différence essentielle entre le criminel qui prend soin de dissimuler à tous les regards ses actes répréhensibles et celui qui fait acte de désobéissance civile en défiant les autorités et s'institue lui-même porteur d'un autre droit. Cette distinction nécessaire entre une violation ouverte et publique de la loi et une violation clandestine a un tel caractère d'évidence que le refus d'en tenir compte ne saurait provenir que d'un préjugé allié à de la mauvaise volonté. Reconnue désormais par tous les auteurs sérieux qui abordent ce sujet, cette distinction est naturellement invoquée comme un argument primordial par tous ceux qui s'efforcent de faire reconnaître que la désobéissance civile n'est pas incompatible avec les lois et les institutions publiques des États-Unis. Le délinquant de droit commun, par contre, même s'il appartient à une organisation criminelle, agit uniquement dans son propre intérêt ; il refuse de s'incliner devant la volonté du groupe, et ne cédera qu'à la violence des services chargés d'imposer le respect de la loi. Celui qui fait acte de désobéissance civile, tout en étant généralement en désaccord avec une majorité, agit au nom et en faveur d'un groupe particulier. Il lance un défi aux lois et à l'autorité établie à partir d'un désaccord fondamental, et non parce qu'il entend personnellement bénéficier d'un passe-droit.Philosophie : Pourquoi Hannah Arendt distingue-t-elle le criminel de celui qui fait acte de désobéissance civile ? Lettres : Écrire est-il un acte de désobéissance ? Du mensonge à la violence (1972)
source : Base LaTeX Quesseveur
|
ARENDT |
| 2022 | HLP | MÉTROPOLE | NORMALE |
L'épreuve suprême de la liberté – n'est pas la mort mais la souffrance. La haine le sait fort bien qui cherche à saisir l'insaisissable, à humilier, de très haut, à travers la souffrance où autrui existe comme pure passivité ; mais la haine veut cette passivité dans l'être éminemment actif qui doit en témoigner. La hai…
lire la suiteL'épreuve suprême de la liberté – n'est pas la mort mais la souffrance. La haine le sait fort bien qui cherche à saisir l'insaisissable, à humilier, de très haut, à travers la souffrance où autrui existe comme pure passivité ; mais la haine veut cette passivité dans l'être éminemment actif qui doit en témoigner. La haine ne désire pas toujours la mort d'autrui ou, du moins, elle ne désire la mort d'autrui qu'en infligeant cette mort comme une suprême souffrance. Le haineux cherche à être cause d'une souffrance dont l'être haï doit être témoin. Faire souffrir, ce n'est pas réduire autrui au rang d'objet, mais au contraire le maintenir superbement dans sa subjectivité. Il faut que dans la souffrance le sujet sache sa réification (« réification » : le fait de traiter quelqu'un comme une chose.), mais pour cela il faut précisément que le sujet demeure sujet. Le haineux veut les deux. D'où le caractère insatiable de la haine ; elle est satisfaite précisément lorsqu'elle ne l'est pas, puisqu'autrui ne la satisfait qu'en devenant objet, mais il ne saurait devenir jamais assez objet puisqu'on exige, en même temps que sa déchéance, sa lucidité et son témoignage. Là réside l'absurdité logique de la haine.Philosophie : D'après Levinas, en quoi la haine est-elle insatiable ? Lettres : Pourquoi les sentiments inhumains occupent-ils tant de place dans la littérature et les arts ? Totalité et infini (1974)
source : Base LaTeX Quesseveur
|
LEVINAS |
| 2022 | STMG-STI2D-ST2S | MÉTROPOLE | NORMALE |
La liberté consiste-t-elle à n’obéir à personne?
source : 2022-technologique-metropole-normale-2.pdf
|
|
| 2022 | STMG-STI2D-ST2S | MÉTROPOLE | REMPLACEMENT |
L’activité technique fait-elle violence à la nature?
source : 2022-technologique-metropole-remplacement.pdf
|
|
| 2022 | STMG-STI2D-ST2S | MÉTROPOLE | NORMALE |
Est-il juste de défendre ses droits par tous les moyens?
source : 2022-technologique-metropole-normale-2.pdf
|
|
| 2022 | STMG-STI2D-ST2S | MÉTROPOLE | REMPLACEMENT |
Des inégalités peuvent-elles être justes?
source : 2022-technologique-metropole-remplacement.pdf
|
|
| 2022 | STMG-STI2D-ST2S | MÉTROPOLE | NORMALE |
Peut-on se mettre d’accord sur ce qui est juste?
source : 2022-technologique-metropole-normale.pdf
|
|
| 2022 | STMG-STI2D-ST2S | MÉTROPOLE | REMPLACEMENT |
Si le jugement d’un homme est réellement digne de confiance, c’est qu’il a su demeurer ouvert aux critiques sur ses opinions et sa conduite; c’est qu’il a pris l’habitude d’écouter tout ce qu’on disait contre lui, d’en profiter autant qu’il était nécessaire et de s’exposer à lui-même – et parfois aux autres – la fausse…
lire la suiteSi le jugement d’un homme est réellement digne de confiance, c’est qu’il a su demeurer ouvert aux critiques sur ses opinions et sa conduite; c’est qu’il a pris l’habitude d’écouter tout ce qu’on disait contre lui, d’en profiter autant qu’il était nécessaire et de s’exposer à lui-même – et parfois aux autres – la fausseté de ce qui était faux: c’est qu’il a senti que la seule façon d’accéder à la connaissance complète d’un sujet est d’écouter ce qu’en disent des personnes d’opinions variées et comment l’envisagent différentes formes d’esprit. Jamais homme sage n’acquit sa sagesse autrement; et la nature de l’intelligence humaine est telle qu’elle ne peut l’acquérir autrement. L’habitude constante de corriger sa propre opinion et de la compléter en la confrontant à celle des autres, loin de jeter le trouble et l’hésitation au moment de passer à la pratique, est au contraire le seul fondement fiable de la confiance que nous pouvons à bon droit placer en elle. Car c’est parce qu’il connaît toutes les objections, du moins les plus évidentes, qui peuvent lui être faites, parce qu’il a défendu sa position contre tous ses contradicteurs, parce qu’au lieu d’éviter les objections et les difficultés, il les a recherchées et n’a négligé aucune lumière susceptible d’éclairer tous les aspects du sujet, que l’homme sage a le droit de penser que son jugement vaut mieux que celui d’un autre ou d’une multitude qui n’a pas suivi le même processus. 22 - PHTEME3 Page 2/3Rédaction de la copie Le candidat a le choix entre deux manières de rédiger l’explication de texte. Il peut: - soit répondre dans l’ordre, de manière précise et développée, aux questions posées (option n°1); - soit suivre le développement de son choix (option n°2). Il indique son option de rédaction (option n°1 ou option n°2) au début de sa copie. Questions de l’option n°1 A. Questions d’analyse 1. Relevez dans le texte les principales conditions qu’un jugement doit remplir pour être digne de confiance et caractérisez-les brièvement. 2. Comment peut-on profiter des objections et des critiques contre ses propres opinions? 3. On pourrait penser que le fait de se confronter aux opinions des autres provoque en nous « le trouble et l’hésitation ». Pourquoi, selon Mill, est-ce loin d’être le cas? 4. À quelle condition peut-on avoir le droit de penser que son propre jugement vaut mieux que celui d’un autre? B. Questions de synthèse 1. Quelle est la question à laquelle l’auteur tente ici de répondre? 2. Dégagez les différents moments de l’argumentation. 3. En vous appuyant sur les éléments précédents, dégagez l’idée principale du texte. C. Commentaire 1. Pourquoi ne peut-on pas atteindre la sagesse sans prendre en compte les opinions des autres? 2. Prendre en compte les jugements des autres, cela revient-il à considérer que tous les jugements se valent? 22 - PHTEME3 Page 3/3 De la liberté (1859)
source : 2022-technologique-metropole-remplacement.pdf
|
STUART |
| 2022 | STMG-STI2D-ST2S | MÉTROPOLE | NORMALE |
Transformer la nature nous rend-il plus libres?
source : 2022-technologique-metropole-normale.pdf
|
|
| 2022 | STMG-STI2D-ST2S | MÉTROPOLE | NORMALE |
Si je pouvais m’assurer qu’un témoin a bien vu, et qu’il a voulu me dire vrai, son témoignage pour moi deviendrait infaillible1: ce n’est qu’à proportion des degrés de cette double assurance que croît2 ma persuasion; elle ne s’élèvera jamais jusqu’à une pleine démonstration, tant que le témoignage sera unique, et que j…
lire la suiteSi je pouvais m’assurer qu’un témoin a bien vu, et qu’il a voulu me dire vrai, son témoignage pour moi deviendrait infaillible1: ce n’est qu’à proportion des degrés de cette double assurance que croît2 ma persuasion; elle ne s’élèvera jamais jusqu’à une pleine démonstration, tant que le témoignage sera unique, et que je considèrerai le témoin en particulier; parce que quelques connaissances que j’ai du cœur humain, je ne le connaîtrai jamais assez parfaitement pour en deviner les divers caprices, et tous les ressorts mystérieux qui le font mouvoir. Mais ce que je chercherais en vain dans un témoignage, je le trouve dans le concours de plusieurs témoignages, parce que l’humanité s’y peint; je puis3, en conséquence des lois que suivent les esprits, assurer que la seule vérité a pu réunir tant de personnes, dont les intérêts sont si divers, et les passions si opposées. L’erreur a différentes formes, selon le tour d’esprit des hommes, selon les préjugés de religion et d’éducation dans lesquels ils sont nourris: si donc je les vois, malgré cette prodigieuse variété de préjugés qui différencient si fort les nations, se réunir dans la déposition d’un même fait, je ne dois nullement douter de sa réalité. Plus vous me prouverez que les passions qui gouvernent les hommes sont bizarres, capricieuses, et déraisonnables, plus vous serez éloquents à m’exagérer la multiplicité d’erreurs que font naître tant de préjugés différents; et plus vous me confirmerez, à votre grand étonnement, dans la persuasion où je suis, qu’il n’y a que la vérité qui puisse faire parler de la même manière tant d’hommes d’un caractère opposé.1 « infaillible »: absolument certain 2 « croît »: augmente 3 « je puis »: je peux 22 - PHTEME1 Page 2/3 Rédaction de la copie Le candidat a le choix entre deux manières de rédiger l’explication de texte. Il peut: - soit répondre dans l’ordre, de manière précise et développée, aux questions posées (option n°1); - soit suivre le développement de son choix (option n°2). Il indique son option de rédaction (option n°1 ou option n°2) au début de sa copie. Questions de l’option n°1 A. Éléments d’analyse 1. Que désigne la « double assurance »? En quoi permet-elle d’augmenter la persuasion? 2. Pourquoi un seul témoignage ne suffit-il pas pour établir la vérité? 3. Pourquoi l’erreur prend-elle différentes formes? 4. Expliquez: « il n’y a que la vérité qui puisse faire parler de la même manière tant d’hommes d’un caractère opposé ». B. Éléments de synthèse 1. Quelle est la question à laquelle l’auteur tente de répondre ici? 2. Dégagez les différents moments de l’argumentation. 3. En vous appuyant sur les éléments précédents, dégagez l’idée principale du texte. C. Commentaire 1. Qu’est-ce qui nous empêche de faire confiance à un témoin? 2. Des témoignages concordants suffisent-ils à établir la vérité? 22 - PHTEME1 Page 3/3 Encyclopédie (1751-1772)
source : 2022-technologique-metropole-normale-2.pdf
|
DIDEROT |
| 2022 | STMG-STI2D-ST2S | MÉTROPOLE | NORMALE |
Je crois que nous pouvons espérer avec autant de fondement de voir par les yeux d’autrui, que de connaître les choses par l’entendement 1 des autres hommes. Plus nous connaissons la vérité et la raison par nous-mêmes, plus nos connaissances sont réelles et véritables. Pour les opinions des autres hommes, si elles vienn…
lire la suiteJe crois que nous pouvons espérer avec autant de fondement de voir par les yeux d’autrui, que de connaître les choses par l’entendement 1 des autres hommes. Plus nous connaissons la vérité et la raison par nous-mêmes, plus nos connaissances sont réelles et véritables. Pour les opinions des autres hommes, si elles viennent à rouler et flotter, pour ainsi dire, dans notre esprit, elles ne contribuent en rien à nous rendre plus intelligents, quoi que par ailleurs elles soient conformes à la vérité. Tandis que nous n’adoptons ces opinions que par respect pour le nom de leurs auteurs, et que nous n’employons point notre raison, comme eux, à comprendre ces vérités, dont la connaissance les a rendus si illustres dans le monde, ce qui en eux était véritable science, n’est en nous que pur entêtement. Aristote 2 était sans doute un très habile homme, mais personne ne s’est encore avisé de le juger tel parce qu’il adoptait aveuglément et soutenait avec confiance les opinions d’autrui. Et s’il n’est pas devenu philosophe en recevant sans examen les principes des savants qui l’on précédé, je ne vois pas que personne puisse le devenir par ce moyen-là. Dans les sciences, chacun n’est riche que de ses connaissances réelles, celles dont il comprend lui-même les fondements. C’est là son véritable trésor, le fonds qui lui appartient en propre, et dont il se peut dire le maître. Pour ce qui est des choses qu’il croit, et reçoit simplement sur la foi d’autrui, elles ne sauraient entrer en ligne de compte. Ce ne sont que des lambeaux, entièrement inutiles à ceux qui les ramassent, quoi qu’ils vaillent leur prix étant joints au vêtement d’où ils ont été détachés: monnaie d’emprunt, toute pareille à ces pièces enchantées qui paraissent de l’or entre les mains de celui dont on les reçoit, mais qui deviennent des feuilles, ou de la poussière, dès qu’on vient à s’en servir.1 « l’entendement »: l’esprit. 2 « Aristote »: illustre philosophe de l’Antiquité. 22 - PHTEPO3 Page 2/3 Rédaction de la copie Le candidat a le choix entre deux manières de rédiger l’explication de texte. Il peut: - soit répondre dans l’ordre, de manière précise et développée, aux questions posées (option n°1); - soit suivre le développement de son choix (option n°2). Il indique son option de rédaction (option n°1 ou option n°2) au début de sa copie. Questions de l’option n°1 A. Éléments d’analyse 1. Expliquez en quoi consiste la prétention à « connaître les choses par l’entendement des autres hommes ». Donnez-en des exemples. 2. Pourquoi, d’après l’auteur, adopter les opinions d’autrui ne saurait-il constituer une « véritable science »? 3. Expliquez: « dans les sciences, chacun n’est riche que de ses connaissances réelles, celles dont il comprend lui-même les fondements. » B. Éléments de synthèse 1. Quelle est la question à laquelle l’auteur tente ici de répondre? 2. Dégagez les différents moments de l’argumentation. 3. En vous appuyant sur les éléments précédents, dégagez l’idée principale du texte. C. Commentaire 1. D’après ce texte, quelle valeur faut-il accorder, dans le domaine de la connaissance, à l’autorité d’autrui? 2. À partir de ce texte, vous vous demanderez ce qui fait la différence entre une opinion vraie et une véritable connaissance. 22 - PHTEPO3 Page 3/3 Essai sur l’entendement humain (1689)
source : 2022-technologique-metropole-normale.pdf
|
Locke |
| 2022 | Voie générale | MÉTROPOLE | NORMALE |
Les pratiques artistiques transforment-elles le monde?
source : 2022-general-metropole-normale.pdf
|
|
| 2022 | Voie générale | MÉTROPOLE | REMPLACEMENT |
Le droit est-il la mesure des actions justes et injustes?
source : 2022-general-metropole-remplacement.pdf
|
|
| 2022 | Voie générale | MÉTROPOLE | NORMALE |
Revient-il à l’État de décider de ce qui est juste?
source : 2022-general-metropole-normale.pdf
|
|
| 2022 | Voie générale | MÉTROPOLE | REMPLACEMENT |
Les objets techniques satisfont-ils nos besoins?
source : 2022-general-metropole-remplacement.pdf
|
|
| 2022 | Voie générale | MÉTROPOLE | NORMALE |
Peut-on dire d’une œuvre d’art qu’elle est vraie?
source : 2022-generale-metropole-normale.pdf
|
|
| 2022 | Voie générale | MÉTROPOLE | REMPLACEMENT |
Supposons que j’aie totalement perdu la mémoire de certaines parties de mon existence, ainsi que de toute possibilité de les retrouver, en sorte que peut-être je n’en serai plus jamais conscient, ne suis-je pas cependant toujours la personne qui a commis ces actes, ou ces pensées dont une fois j’ai eu conscience, même …
lire la suiteSupposons que j’aie totalement perdu la mémoire de certaines parties de mon existence, ainsi que de toute possibilité de les retrouver, en sorte que peut-être je n’en serai plus jamais conscient, ne suis-je pas cependant toujours la personne qui a commis ces actes, ou ces pensées dont une fois j’ai eu conscience, même si je les ai maintenant oubliées? À quoi je réponds que nous devons ici faire attention à quoi nous appliquons le mot « je ». Or dans ce cas il ne s’agit que de l’homme. Si l’on présume que le même homme est la même personne, on suppose aussi facilement que « je » représente aussi la même personne. Mais s’il est possible aussi que le même homme ait différentes consciences sans rien qui leur soit commun à différents moments, on ne saurait douter que le même homme à différents moments ne fasse différentes personnes. Ce qui, nous le voyons bien, est le sentiment de toute l’humanité dans ses déclarations les plus solennelles, puisque les lois humaines ne punissent pas le fou pour les actes accomplis par l’homme dans son bon sens, ni l’homme dans son bon sens pour ce qu’a fait le fou, les considérant ainsi comme deux personnes distinctes. Ce qu’explique assez bien notre façon de parler lorsque nous disons qu’un tel « n’est pas lui-même », ou qu’il est « hors de soi », phrases qui suggèrent que le soi a été transformé, que la même personne qui est soi n’était plus là dans cet homme, comme si c’était bel et bien ce que pensaient ceux qui usent de ces manières de parler, ou du moins ceux qui ont été les premiers à en user. Cependant il est difficile de concevoir comment le même homme ou le même individu nommé Socrate pourrait être deux personnes distinctes. 22 - PHGEME3 Page 2/2Essai sur l’entendement humain (1694)
source : 2022-general-metropole-remplacement.pdf
|
LOCKE |
| 2022 | Voie générale | MÉTROPOLE | NORMALE |
L’Etat a-t-il le devoir de nous protéger?
source : 2022-generale-metropole-normale.pdf
|
|
| 2022 | Voie générale | MÉTROPOLE | NORMALE |
Pour qu’une observation puisse être qualifiée de scientifique, il faut qu’elle soit susceptible d’être faite et répétée dans des circonstances qui comportent une définition exacte, de manière qu’à chaque répétition des mêmes circonstances on puisse toujours constater l’identité des résultats, au moins entre les limites…
lire la suitePour qu’une observation puisse être qualifiée de scientifique, il faut qu’elle soit susceptible d’être faite et répétée dans des circonstances qui comportent une définition exacte, de manière qu’à chaque répétition des mêmes circonstances on puisse toujours constater l’identité des résultats, au moins entre les limites de l’erreur qui affecte inévitablement nos déterminations empiriques1. Il faut en outre que, dans les circonstances définies, et entre les limites d’erreurs qui viennent d’être indiquées, les résultats soient indépendants de la constitution de l’observateur; ou que, s’il y a des exceptions, elles tiennent à une anomalie de constitution, qui rend manifestement tel individu impropre à tel genre d’observation, sans ébranler notre confiance dans la constance et dans la vérité intrinsèque du fait observé. Mais rien de semblable ne se rencontre dans les conditions de l’observation intérieure sur laquelle on voudrait fonder une psychologie scientifique; d’une part, il s’agit de phénomènes fugaces, insaisissables dans leurs perpétuelles métamorphoses et dans leurs modifications continues; d’autre part, ces phénomènes sont essentiellement variables avec les individus en qui se confondent le rôle d’observateur et celui de sujet d’observation; ils changent, souvent du tout au tout, par suite des variétés de constitution qui ont le plus de mobilité et d’inconsistance, le moins de valeur caractéristique ou d’importance dans le plan général des œuvres de la nature. Que m’importent les découvertes qu’un philosophe a faites ou cru faire dans les profondeurs de sa conscience, si je ne lis pas la même chose dans la mienne ou si j’y lis tout autre chose? Cela peut-il se comparer aux découvertes d’un astronome, d’un physicien, d’un naturaliste2 qui me convie à voir ce qu’il a vu, à palper ce qu’il a palpé, et qui, si je n’ai pas l’œil assez bon ou le tact assez délicat, s’adressera à tant d’autres personnes mieux douées que je ne le suis, et qui verront ou palperont si exactement la même chose, qu’il faudra bien me rendre à la vérité d’une observation dont témoignent tous ceux en qui se trouvent les qualités du témoin?1 « empiriques »: issues de l’expérience. 2 « naturaliste »: celui qui étudie la nature, en particulier les êtres vivants. 22 - PHGEME1 Page 2/2 Essai sur les fondements de nos connaissances et sur les caractères de la critique philosophique (1851)
source : 2022-general-metropole-normale.pdf
|
COURNOT |
| 2022 | Voie générale | MÉTROPOLE | NORMALE |
Le type de la prédisposition arrêtée, rigide, invariable, qui ne laisse guère de place à l’action des causes extérieures, c’est l’instinct. Or, on peut se demander s’il existe chez l’homme un seul instinct proprement dit. On parle quelquefois de l’instinct de conservation; mais l’expression est impropre. Car un instinc…
lire la suiteLe type de la prédisposition arrêtée, rigide, invariable, qui ne laisse guère de place à l’action des causes extérieures, c’est l’instinct. Or, on peut se demander s’il existe chez l’homme un seul instinct proprement dit. On parle quelquefois de l’instinct de conservation; mais l’expression est impropre. Car un instinct c’est un système de mouvements déterminés, toujours les mêmes, qui, une fois qu’ils sont déclenchés par la sensation, s’enchaînent automatiquement les uns aux autres jusqu’à ce qu’ils arrivent à leur terme naturel, sans que la réflexion ait nulle part à intervenir; or, les mouvements que nous faisons quand notre vie est en danger n’ont nullement cette détermination et cette invariabilité automatique. Ils changent suivant les situations; nous les approprions aux circonstances: c’est donc qu’ils ne vont pas sans un certain choix conscient, quoique rapide. Ce qu’on nomme instinct de conservation n’est, en définitive, qu’une impulsion générale à fuir la mort, sans que les moyens par lesquels nous cherchons à l’éviter soient prédéterminés une fois pour toutes. On en peut dire autant de ce qu’on appelle parfois, non moins inexactement, l’instinct maternel, l’instinct paternel, et même l’instinct sexuel. Ce sont des poussées dans une direction; mais les moyens par lesquels ces poussées s’actualisent changent d’un individu à l’autre, d’une occasion à l’autre. Une large place reste donc réservée aux tâtonnements, aux accommodations personnelles, et, par conséquent, à l’action de causes qui ne peuvent faire sentir leur influence qu’après la naissance. Or, l’éducation est une de ces causes.Education et sociologie, « L’éducation, sa nature et son rôle » (1922)
source : 2022-generale-metropole-normale.pdf
|
DURKHEIM |
| 2022 | HLP | NOUVELLE-CALÉDONIE | NORMALE |
Maurice Genevoix, né en 1880, raconte ses propres souvenirs de la guerre de 14-18. Mobilisé dès le début du conflit, il est affecté à un des secteurs les plus difficiles, celui des Éparges, dans le Nord-Est de la France. Alors qu'il vient d'échapper à un obus, à proximité du front, il voit arriver un cheval.
Il s'est …
lire la suiteMaurice Genevoix, né en 1880, raconte ses propres souvenirs de la guerre de 14-18. Mobilisé dès le début du conflit, il est affecté à un des secteurs les plus difficiles, celui des Éparges, dans le Nord-Est de la France. Alors qu'il vient d'échapper à un obus, à proximité du front, il voit arriver un cheval.Il s'est arrêté court dès qu'il m'a vu. Il reste là, immobile sur ses pattes enflées, les naseaux battants, une oreille pointée vers moi, l'autre tendue en arrière, du côté où sifflaient les balles. Mais bientôt son col s'incline au poids de sa grosse tête et, le mufle à ras de terre, la lèvre longue, il se met à tondre l'herbe. « On est ami, n'est-ce pas ? » Je caresse le flanc décharné, la peau tiède tendue sur les cercles de la carcasse. « Tu saignes, mon pauvre vieux ? Est-ce qu'ils t'auraient touché ? » Un filet vermeil sinue au poitrail, glisse le long de la patte gauche, jusqu'au genou. Cela coule d'un petit sillon sombre, près de l'épaule, creusé au passage par la pointe d'une balle. « Eh bien ! tu l'as échappé belle ! C'est idiot de se promener comme ça au nez des Boches ! » Le vieux cheval a soulevé la tête, dressé l'oreille comme s'il m'écoutait. Mais ses naseaux s'ouvrent tout grands et ses jambes se mettent à trembler : un obus siffle au loin, franchit la vallée en ronronnant, et plante une colonne de fumée jaune au-dessous du Bois-Haut, à mi-pente. Lorsque le roulement de l'explosion passe sur nous, la pauvre bête, d'un saut maladroit, fait volte-face pour fuir. Plus agile qu'elle, je lui ai barré la route de mes deux bras étendus : elle recule peu à peu devant moi, la tête rejetée en arrière, ses sabots faisant rouler les pierres. Quand je la vois calmée, retombée à sa placidité, je cours glaner dans une grange quelques poignées de foin perdues aux coins de l'aire. Je reviens. Il est toujours là, broutant à petits coups de lèvres. « Tiens, mon bonhomme, c'est pour toi. Mais il faut venir chercher ça de l'autre côté des maisons. Si tu restes par ici, tu vas retourner dans les champs ; et ils te tueront. » Les grands yeux troubles me regardent, voilés parfois d'un lent clignement. Il flotte dans leur eau profonde un infini de stupeur triste. « Oui, je comprends : tu es un vieux cheval très las. L'abri que te donnaient tes maîtres, chaque soir, en récompense de ton labeur du jour, tu ne l'as plus, ni le râtelier plein de foin, ni la musette gonflée d'avoine. Tu es devenu si maigre que tes os crèvent ta peau. Tu as eu si peur, tant de fois, que tes genoux ne cessent de trembler. Et cela dure. Et qu'à la fin ceux de là-bas te tuent, cela, n'est-ce pas, t'est bien égal ?… » Lettres : En quoi cette rencontre est-elle particulièrement expressive de la violence humaine ? Philosophie : La violence nous rend-elle insensibles ? Ceux de 14 (1949)
source : Base LaTeX Quesseveur
|
GENEVOIX |
| 2022 | HLP | NOUVELLE-CALÉDONIE | NORMALE |
Toute violence, par-delà le meurtre du prochain, poursuit son propre suicide. Elle est en effet destruction de soi ; les Anciens savaient déjà que la colère est une courte folie. La violence suppose un échappement au contrôle : l'explosion émotive se libère en déchaînements paroxystiques, cris et gesticulations, qui at…
lire la suiteToute violence, par-delà le meurtre du prochain, poursuit son propre suicide. Elle est en effet destruction de soi ; les Anciens savaient déjà que la colère est une courte folie. La violence suppose un échappement au contrôle : l'explosion émotive se libère en déchaînements paroxystiques, cris et gesticulations, qui attestent l'échec de toutes les disciplines personnelles. Le violent, incapable de se contenir, recherche dans sa propre frénésie, une sorte d'apaisement magique, comme si, en augmentant le volume et l'intensité de sa voix, en enflant les muscles, il retrouvait cette majorité qu'il sent, devant l'obstacle, confusément perdue. La décharge affective et musculaire peut au surplus procurer le retour au calme, et d'ailleurs le regret de l'excès commis, la honte pour s'être conduit comme un enfant.Mais il arrive que le violent, une fois hors de soi, ne puisse à nouveau se posséder. Il fait confiance à la violence, méthodiquement, comme on le voit dans le domaine de la terreur, instrument jadis et naguère, et aujourd'hui encore, de la fausse certitude. La violence se fait institution et moyen de gouvernement : dragonnades (Les dragonnades sont des persécutions contre les communautés protestantes du royaume de France durant les années 1680, sous le règne de Louis XIV.), inquisition, univers concentrationnaire et régimes policiers ; il a existé, il existe une civilisation de la violence, monstrueuse affirmation de la certitude qui rend fou, selon la parole de Nietzsche. À travers l'histoire, les persécutions et les guerres maintiennent le pire témoignage que l'humanité puisse porter contre elle-même. Individuelle ou collective, cette violence n'est d'ailleurs que le camouflage d'une faiblesse ressentie, d'un effroi de soi à soi, que l'on essaie, par tous les moyens, de dissimuler. Philosophie : Selon Gusdorf, sommes-nous maîtres ou victimes de notre propre violence ? Lettres : Que nous révèlent de la violence les représentations littéraires et artistiques que nous en avons ? La Vertu de force (2000)
source : Base LaTeX Quesseveur
|
GUSDORF |
| 2022 | HLP | NOUVELLE-CALÉDONIE | NORMALE |
L'éternel cheminement de la technique, sans lequel le chemin parcouru par l'homme est impensable, est parvenu aujourd'hui en un point où la question se pose à nouveau pour l'homme de savoir ce qu'il veut faire de cette technique. De tout temps, la technique a servi à donner une forme constructive au monde qui nous ento…
lire la suiteL'éternel cheminement de la technique, sans lequel le chemin parcouru par l'homme est impensable, est parvenu aujourd'hui en un point où la question se pose à nouveau pour l'homme de savoir ce qu'il veut faire de cette technique. De tout temps, la technique a servi à donner une forme constructive au monde qui nous entoure, de tout temps aussi elle a servi à détruire. Aujourd'hui les possibilités qu'elle offre ont fait le saut qui mène des destructions de détail à la destruction totale de toute vie à la surface de la terre.La peur de ce danger a conduit à penser qu'il vaudrait mieux n'avoir jamais trouvé la libération de l'énergie atomique, par conséquent n'avoir jamais non plus construit la bombe atomique. Si nous pouvions choisir, il nous faudrait renoncer à l'énergie atomique, accepter plutôt toutes les difficultés qui résultent de la limitation de l'énergie dont nous disposons par ailleurs, que nous exposer à ce péril. Penser ainsi, c'est conclure nécessairement : il eût mieux valu renoncer au développement technique en général. Car ce développement, une fois mis en marche, ne se laisse pas stopper à un endroit donné ou même ramener en arrière, si ce n'est en détruisant la vie, destruction qui, en mettant fin à la vie du porteur de la technique, mettrait aussi un terme à celle-ci. Le refus d'admettre le dernier pas de la technique a pour conséquence le refus du commencement de la technique. Philosophie : Quelle est selon Jaspers la contradiction à laquelle aboutit la technique ? Lettres : Comment la littérature et les arts interrogent-ils le progrès technique ? La bombe atomique et l'avenir de l'homme (1963)
source : Base LaTeX Quesseveur
|
JASPERS |
| 2022 | STMG-STI2D-ST2S | NOUVELLE-CALÉDONIE | NORMALE |
S’engager, est-ce renoncer à sa liberté?
source : 2022-technologique-nouvelle-caledonie-normale.pdf
|
|
| 2022 | STMG-STI2D-ST2S | NOUVELLE-CALÉDONIE | NORMALE |
La nature est-elle à notre disposition?
source : 2022-technologique-nouvelle-caledonie-normale.pdf
|
|
| 2022 | STMG-STI2D-ST2S | NOUVELLE-CALÉDONIE | NORMALE |
L’égalité est un besoin vital de l’âme humaine. Elle consiste dans la reconnaissance publique, générale, effective, exprimée réellement par les institutions et les mœurs, que la même quantité de respect et d’égards est due à tout être humain, parce que le respect est dû à l’être humain comme tel et n’a pas de degrés. P…
lire la suiteL’égalité est un besoin vital de l’âme humaine. Elle consiste dans la reconnaissance publique, générale, effective, exprimée réellement par les institutions et les mœurs, que la même quantité de respect et d’égards est due à tout être humain, parce que le respect est dû à l’être humain comme tel et n’a pas de degrés. Par la suite, les différences inévitables parmi les hommes ne doivent jamais porter la signification d’une différence dans le degré de respect. Pour qu’elles ne soient pas ressenties comme ayant cette signification, il faut un certain équilibre entre l’égalité et l’inégalité. Une certaine combinaison de l’égalité et de l’inégalité est constituée par l’égalité des possibilités. Si n’importe qui peut arriver au rang social correspondant à la fonction qu’il est capable de remplir, et si l’éducation est assez répandue pour que nul ne soit privé d’aucune capacité du seul fait de sa naissance, l’espérance est la même pour tous les enfants. Ainsi chaque homme est égal en espérance à chaque autre, pour son propre compte quand il est jeune, pour le compte de ses enfants plus tard.Rédaction de la copie Le candidat a le choix entre deux manières de rédiger l’explication de texte. Il peut: - soit répondre dans l’ordre, de manière précise et développée, aux questions posées (option n°1); - soit suivre le développement de son choix (option n°2). Il indique son option de rédaction (option n°1 ou option n°2) au début de sa copie. Questions de l’option n°1 A. Éléments d’analyse 1. Pourquoi l’égalité doit-elle être l’objet d’une « reconnaissance publique, générale, effective »? 2. Expliquez pourquoi le respect n’a « pas de degrés » selon S. Weil? 3. Analysez en détail ce qui, selon S. Weil, rend possible « un certain équilibre entre égalité et inégalité ». 4. Comment les hommes peuvent-il être « égaux en espérance », pour eux-mêmes et pour leurs enfants? B. Éléments de synthèse 1. Quelle est la question à laquelle l’auteur tente ici de répondre? 2. Dégagez les différents moments de l’argumentation. 3. En vous appuyant sur les éléments précédents dégagez l’idée principale du texte. C. Commentaire 1. En quoi l’égalité des chances est-elle la clé de la justice au sein de la société? 2. À partir de ce texte, vous vous demanderez s’il est possible de concilier inégalités et exigence de justice. L’Enracinement (1943)
source : 2022-technologique-nouvelle-caledonie-normale.pdf
|
WEIL |
| 2022 | Voie générale | NOUVELLE-CALÉDONIE | NORMALE |
Le travail est-il une marchandise comme les autres?
source : 2022-general-nouvelle-caledonie-normale.pdf
|
|
| 2022 | Voie générale | NOUVELLE-CALÉDONIE | NORMALE |
Y a-t-il des vérités intemporelles?
source : 2022-general-nouvelle-caledonie-normale.pdf
|
|
| 2022 | Voie générale | NOUVELLE-CALÉDONIE | NORMALE |
Dépouiller autrui et augmenter ses aises aux dépens des autres, voilà qui est contraire à la nature, bien plus encore que la mort, la pauvreté, la douleur, que tous les accidents qui peuvent arriver à notre corps ou à nos biens extérieurs; car c'est là supprimer la vie commune et la société des hommes. Si nous sommes d…
lire la suiteDépouiller autrui et augmenter ses aises aux dépens des autres, voilà qui est contraire à la nature, bien plus encore que la mort, la pauvreté, la douleur, que tous les accidents qui peuvent arriver à notre corps ou à nos biens extérieurs; car c'est là supprimer la vie commune et la société des hommes. Si nous sommes disposés à dépouiller et à léser autrui à notre profit, la société du genre humain, qui est par-dessus tout conforme à la nature, doit nécessairement se rompre. Si chaque membre avait le sentiment qu'il peut se bien porter en faisant passer en lui la santé du membre voisin, le corps tout entier s'affaiblirait et périrait nécessairement: de même, si chacun de nous tirait à lui tout ce qui sert aux autres et enlevait à chacun tout ce qu'il peut pour en tirer profit, la société et la communauté des hommes seraient nécessairement ruinées. Que l'on préfère acquérir pour soi plutôt que pour les autres ce qui se rapporte à l'usage de la vie, je l'accorde et la nature n'y répugne pas; ce qu'elle ne peut souffrir1, c'est que nous augmentions notre fortune, nos ressources, notre richesse avec les dépouilles des autres2. Et ce n'est pas seulement la nature, c'est-à-dire le droit des gens3, qui a établi qu'il n'est pas permis de nuire à autrui pour satisfaire son intérêt propre; les législations qui dans chaque cité règlent l'État, en ont décidé de même: les lois en effet visent à garder intacte l'union des citoyens et elles répriment ceux qui la rompent en les punissant de mort, d'exil, de prison ou d'amende.1 « souffrir »: supporter 2 « les dépouilles des autres »: ce qui a été volé aux autres 3 « le droit des gens »: le droit universel de l’humanité Traité des devoirs, Livre III (I° siècle avant J-C)
source : 2022-general-nouvelle-caledonie-normale.pdf
|
CICERON |
| 2022 | HLP | POLYNÉSIE | NORMALE |
L'artifice humain du monde sépare l'existence humaine de tout milieu
purement animal, mais la vie elle-même est en dehors de ce monde
artificiel, et par la vie l'homme demeure lié à tous les autres
organismes vivants. Depuis quelque temps ; un grand nombre de
recherches scientifiques s'efforcent de rendre la vie
« arti…
lire la suiteL'artifice humain du monde sépare l'existence humaine de tout milieupurement animal, mais la vie elle-même est en dehors de ce monde artificiel, et par la vie l'homme demeure lié à tous les autres organismes vivants. Depuis quelque temps ; un grand nombre de recherches scientifiques s'efforcent de rendre la vie « artificielle » elle aussi, et de couper le dernier lien qui maintient encore l'homme parmi les enfants de la nature. C'est le même désir d'échapper à l'emprisonnement terrestre qui se manifeste dans les essais de création en éprouvette, dans le vœu de combiner « au microscope le plasma germinal provenant de personnes aux qualités garanties, afin de produire des êtres supérieurs » et « de modifier (leurs) tailles, formes et fonctions » ; et je soupçonne que l'envie d'échapper à la condition humaine expliquerait aussi l'espoir de prolonger la durée de l'existence fort au-delà de cent ans, limite jusqu'ici admise. Cet homme futur, que les savants produiront, nous disent-ils, en un siècle, pas davantage, paraît en proie à la révolte contre l'existence humaine telle qu'elle est donnée, cadeau venu de nulle part (laïquement parlant) et qu'il veut pour ainsi dire échanger contre un ouvrage de ses propres mains. Il n'y a pas de raison de douter que nous soyons capables de faire cet échange, de même qu'il n'y a pas de raison de douter que nous soyons capables à présent de détruire toute vie organique sur terre. La seule question est de savoir si nous souhaitons employer dans ce sens nos nouvelles connaissances scientifiques et techniques, et l'on ne saurait en décider par des méthodes scientifiques. C'est une question politique primordiale que l'on ne peut guère, par conséquent, abandonner aux professions de la science ni à ceux de la politique. Philosophie : Selon Hannah Arendt, est-il souhaitable pour l'être humain d'échapper à sa condition ? Lettres : Quels sont les pouvoirs de la littérature pour donner sens à la vie humaine ? La condition de l'homme moderne (1958)
source : Base LaTeX Quesseveur
|
ARENDT |
| 2022 | HLP | POLYNÉSIE | NORMALE |
À la fin de la Première Guerre mondiale, Antoine est soigné dans une
clinique militaire. Lors d'une permission, il retrouve Daniel mutilé
à la suite d'une blessure.
Antoine, à son tour, commençait, d'une voix hésitante, entrecoupée de
toux :
« Il y a des moments où je me dis que c'est la dernière ; que, après
celle-l…
lire la suiteÀ la fin de la Première Guerre mondiale, Antoine est soigné dans uneclinique militaire. Lors d'une permission, il retrouve Daniel mutilé à la suite d'une blessure. Antoine, à son tour, commençait, d'une voix hésitante, entrecoupée de toux : « Il y a des moments où je me dis que c'est la dernière ; que, après celle-là, non , il n'est pas possible de pense qu'il puisse y en avoir d'autres !… Des moments, où j'en suis sûr… Mais, à d'autres moments, je doute… Je ne sais plus… » Daniel mastiquait en silence, les regards perdus. Que pensait-il ? Antoine s'était tu. Il avait trop de peine à parler plusieurs minutes de suite. Mais il continuait à réfléchir aux mêmes choses, pour la centième, pour la millième fois. « On est épouvanté, se disait-il, quand on mesure froidement tout ce qui s'oppose à la pacification entre les hommes… Combien de siècles encore avant que l'évolution morale – s'il y a une évolution morale ? – ait enfin purgé l'humanité de son intolérance instinctive, de son respect inné de la force brutale, de ce plaisir fanatique qu'éprouve l'animal humain à triompher par la violence, à imposer, par la violence, ses façons de sentir, de vivre, à ceux, plus faibles, qui ne sentent pas , qui ne vivent pas, comme lui ?… Et puis, il y a la politique, les gouvernements… Pour l'autorité qui déclenche la guerre, pour les hommes au pouvoir qui la décident et la font faire aux autres, ce sera toujours, aux heures de faillite, une solution si tentante, si facile… Peut-on espérer que jamais plus les gouvernements n'y auront recours ?… Il faudrait alors que ce leur soit devenu impossible : il faudrait que le pacifisme ait de telles racines dans l'opinion, ait pris une telle extension, qu'il oppose un infranchissable obstacle à la politique belliqueuse des États. C'est chimère que d'espérer ça… Et puis, le triomphe du pacifisme serait-il seulement une sérieuse garantie de paix ? Même si, un jour, dans nos pays, les partis pacifistes tenaient le pouvoir, qui nous dit qu'ils ne céderaient pas à la tentation de faire de faire la guerre pour le plaisir d'imposer, par la violence, l'idéologie pacifiste au reste du monde ?… » Lettres : Quelle vision de l'humanité Antoine développe-t-il dans cet extrait ? Philosophie : Peut-on envisager un monde sans guerre ? Les Thibault (1953)
source : Base LaTeX Quesseveur
|
MARTIN DU GARD |
| 2022 | STMG-STI2D-ST2S | POLYNÉSIE | NORMALE |
La nature peut-elle être détruite?
source : 2022-technologique-polynesie-normale.pdf
|
|
| 2022 | STMG-STI2D-ST2S | POLYNÉSIE | NORMALE |
Les œuvres d’art permettent-elles de rendre les hommes meilleurs?
source : 2022-technologique-polynesie-normale.pdf
|
|
| 2022 | STMG-STI2D-ST2S | POLYNÉSIE | NORMALE |
La liberté des opinions ne peut être sans limites. Je vois qu’on la revendique comme un droit tantôt pour une propagande, tantôt pour une autre. Or, on comprend pourtant bien qu’il n’y a pas de droit sans limites; cela n’est pas possible, à moins que l’on ne se place dans l’état de liberté et de guerre, où l’on peut bi…
lire la suiteLa liberté des opinions ne peut être sans limites. Je vois qu’on la revendique comme un droit tantôt pour une propagande, tantôt pour une autre. Or, on comprend pourtant bien qu’il n’y a pas de droit sans limites; cela n’est pas possible, à moins que l’on ne se place dans l’état de liberté et de guerre, où l’on peut bien dire que l’on se donne tous les droits, mais où, aussi, l’on ne possède que ceux que l’on peut maintenir par sa propre force. Mais dès que l’on fait société avec d’autres, les droits des uns et des autres forment un système équilibré; il n’est pas dit du tout que tous auront tous les droits possibles; il est dit seulement que tous auront les mêmes droits; et c’est cette égalité des droits qui est sans doute la forme de la justice; car les circonstances ne permettent jamais d’établir un droit tout à fait sans restriction; par exemple il n’est pas dit qu’on ne barrera pas une rue dans l’intérêt commun; la justice exige seulement que la rue soit barrée aux mêmes conditions pour tout le monde. Donc je conçois bien que l’on revendique comme citoyen, et avec toute l’énergie que l’on voudra y mettre, un droit dont on voit que les autres citoyens ont la jouissance. Mais vouloir un droit sans limites, cela sonne mal. 22 - PHTEPO1 Page 2/3Rédaction de la copie Le candidat a le choix entre deux manières de rédiger l’explication de texte. Il peut: - soit répondre dans l’ordre, de manière précise et développée, aux questions posées (option n°1); - soit suivre le développement de son choix (option n°2). Il indique son option de rédaction (option n°1 ou option n°2) au début de sa copie. Questions de l’option n°1 A. Éléments d’analyse 1. Pourquoi « se donner tous les droits » reviendrait-il à vivre dans un « état de liberté et de guerre »? Répondez en vous appuyant sur le texte. 2. Expliquez la différence que fait Alain entre « avoir tous les droits possibles » et « avoir tous les mêmes droits ». 3. Comment l’exemple de la rue barrée permet-il de comprendre qu’il peut être légitime de limiter nos droits et nos libertés? B. Éléments de synthèse 1. Quelle est la question à laquelle l’auteur tente ici de répondre? 2. Dégagez les différents moments de l’argumentation. 3. En vous appuyant sur les éléments précédents, dégagez l’idée principale du texte. C. Commentaire 1. En considérant l’idée principale du texte, et les éléments de son argumentation, interrogez la relation entre l’égalité et la liberté. 2. Quel sens le texte permet-il de donner à l’idée de justice? 22 - PHTEPO1 Page 3/3 Propos sur les pouvoirs (1925)
source : 2022-technologique-polynesie-normale.pdf
|
ALAIN |
| 2022 | Voie générale | POLYNÉSIE | NORMALE |
La science ne fournit-elle que des certitudes?
source : 2022-general-polynesie-normale.pdf
|
|
| 2022 | Voie générale | POLYNÉSIE | NORMALE |
L’inconscience est-elle un défaut?
source : 2022-general-polynesie-normale.pdf
|
|
| 2022 | Voie générale | POLYNÉSIE | NORMALE |
Il suffit de tenir compte de la faiblesse humaine pour comprendre qu’une vie d’où la notion même du travail aurait à peu près disparu serait livrée aux passions et peut-être à la folie; il n’y a pas de maîtrise de soi sans discipline, et il n’y a pas d’autre source de discipline pour l’homme que l’effort demandé par le…
lire la suiteIl suffit de tenir compte de la faiblesse humaine pour comprendre qu’une vie d’où la notion même du travail aurait à peu près disparu serait livrée aux passions et peut-être à la folie; il n’y a pas de maîtrise de soi sans discipline, et il n’y a pas d’autre source de discipline pour l’homme que l’effort demandé par les obstacles extérieurs. Un peuple d’oisifs pourrait bien s’amuser à se donner des obstacles, s’exercer aux sciences, aux arts, aux jeux; mais les efforts qui procèdent de la seule fantaisie ne constituent pas pour l’homme un moyen de dominer ses propres fantaisies. Ce sont les obstacles auxquels on se heurte et qu’il faut surmonter qui fournissent l’occasion de se vaincre soi-même. Même les activités en apparence les plus libres, science, art, sport, n’ont de valeur qu’autant qu’elles imitent l’exactitude, la rigueur, le scrupule propres aux travaux, et même les exagèrent. Sans le modèle que leur fournissent sans le savoir le laboureur, le forgeron, le marin qui travaillent comme il faut, pour employer cette expression d’une ambiguïté admirable, elles sombreraient dans le pur arbitraire. La seule liberté qu’on puisse attribuer à l’âge d’or, c’est celle dont jouiraient les petits enfants si les parents ne leur imposaient pas des règles; elle n’est en réalité qu’une soumission inconditionnée au caprice. Le corps humain ne peut en aucun cas cesser de dépendre du puissant univers dans lequel il est pris; quand même l’homme cesserait d’être soumis aux choses et aux autres hommes par les besoins et les dangers, il ne leur serait que plus complètement livré par les émotions qui le saisiraient continuellement aux entrailles et dont aucune activité régulière ne le défendrait plus. Si l’on devait entendre par liberté la simple absence de toute nécessité, ce mot serait vide de toute signification concrète; mais il ne représenterait pas alors pour nous ce dont la privation ôte à la vie sa valeur.Réflexions sur les causes de la liberté et de l’oppression sociale (1934)
source : 2022-general-polynesie-normale.pdf
|
WEIL |
| 2021 | HLP | AMÉRIQUE DU NORD | NORMALE |
Parler de la Shoah, et comment ; ou bien ne pas en parler, et pourquoi
? Éternelle question. Le romancier israélien Aharon Appelfeld a écrit
plusieurs livres superbes, notamment Histoire d'une vie, où
il raconte son évasion du camp, alors qu'il a dix ans, et ses trois
ans de cache dans la forêt ukrainienne. Il vient de…
lire la suiteParler de la Shoah, et comment ; ou bien ne pas en parler, et pourquoi? Éternelle question. Le romancier israélien Aharon Appelfeld a écrit plusieurs livres superbes, notamment Histoire d'une vie, où il raconte son évasion du camp, alors qu'il a dix ans, et ses trois ans de cache dans la forêt ukrainienne. Il vient de publier trois discours prononcés en Israël. C'est un livre bouleversant dans lequel il analyse la Shoah en expliquant que ceux qui en ont été les victimes ne s'en sortent jamais. À sa lecture, je me suis rendu compte qu'au fond nous aurons toujours vécu avec cela. Certains répugnent à l'évoquer. D'autres ont besoin d'en parler. Mais tous vivent avec. Appelfeld énonce les raisons pour lesquelles on ne peut plus s'en détacher. Elles sont terribles, et marquent la différence de nature avec la situation des résistants. Eux sont dans la position des héros, leur combat les couvre d'une gloire qu'accroît encore l'emprisonnement dont ils l'ont payée ; ils avaient choisi leur destin. Mais nous, nous n'avions rien choisi. Nous n'étions que des victimes honteuses, des animaux tatoués. Il nous faut donc vivre avec ça, et que les autres l'acceptent. Tout ce qu'on peut dire, écrire, filmer sur l'Holocauste n'exorcise rien. La Shoah est omniprésente. Rien ne s'efface ; les convois, le travail, l'enfermement, les baraques, la maladie, le froid, le manque de sommeil, la faim, les humiliations, l'avilissement, les coups, les cris… non, rien ne peut ni ne doit être oublié. Mais au-delà de ces horreurs, seuls importent les morts. La chambre à gaz pour les enfants, les femmes, les vieillards, pour ceux qui attrapent la gale, qui clopinent, qui ont mauvaise mine ; et pour les autres, la mort lente. Deux mille cinq cents survivants sur soixante-dix-huit mille Juifs français déportés. Il n'y a que la Shoah. L'atmosphère de crématoire, de fumée et de puanteur de Birkenau, je ne l'oublierai jamais. Là-bas, dans les plaines allemandes et polonaises, s'étendent désormais des espaces dénudés sur lesquels règne le silence ; c'est le poids effrayant du vide que l'oubli n'a pas le droit de combler, et que la mémoire des vivants habitera toujours. Lettres : De quelles manières Simone Veil fait-elle de la mémoire des vivants aussi une mémoire des morts ? Philosophie : Témoigner de la violence, est-ce un besoin ou un devoir ? Une vie (2007)
source : Base LaTeX Quesseveur
|
VEIL |
| 2021 | HLP | AMÉRIQUE DU NORD | NORMALE |
Le danger qui nous menace actuellement vient-il encore du dehors ?
Provient-il de l'élément sauvage que nous devons maîtriser grâce aux
formations artificielles de la culture ? C'est encore parfois le cas,
mais un flot nouveau et plus dangereux se déchaîne maintenant de
l'intérieur même et se précipite, détruisant tout…
lire la suiteLe danger qui nous menace actuellement vient-il encore du dehors ?Provient-il de l'élément sauvage que nous devons maîtriser grâce aux formations artificielles de la culture ? C'est encore parfois le cas, mais un flot nouveau et plus dangereux se déchaîne maintenant de l'intérieur même et se précipite, détruisant tout sur son passage, y compris la force débordante de nos actions qui relèvent de la culture. C'est désormais à partir de nous que s'ouvrent les trouées et les brèches à travers lesquelles notre poison se répand sur le globe terrestre, transformant la nature tout entière en un cloaque (Cloaque : lieu très sale et malsain prévu pour recevoir les détritus de toutes sortes.) pour l'homme. Ainsi les fronts se sont-ils inversés. Nous devons davantage protéger l'océan contre nos actions que nous protéger de l'océan. Nous sommes devenus un plus grand danger pour la nature que celle-ci ne l'était autrefois pour nous. Nous sommes devenus extrêmement dangereux pour nous-mêmes et ce, grâce aux réalisations les plus dignes d'admiration que nous avons accomplies pour assurer la domination de l'homme sur les choses. C'est nous qui constituons le danger dont nous sommes actuellement cernés et contre lequel nous devons désormais lutter. Il s'agit là de quelque chose de radicalement nouveau : aucune des obligations que nous connaissons n'est jamais née d'une impulsion salvatrice commune. Philosophie : Pourquoi, d'après Hans Jonas, l'homme est-il devenu un danger pour lui-même ? Lettres : La littérature nous rend-elle sensible à l'importance de la nature pour l'homme ? Une éthique pour la nature (1987)
source : Base LaTeX Quesseveur
|
JONAS |
| 2021 | Voie générale | AMÉRIQUE DU NORD | NORMALE |
Les vérités scientifiques sont-elles définitives?
source : 2021-general-amerique-du-nord-normale.pdf
|
|
| 2021 | Voie générale | AMÉRIQUE DU NORD | NORMALE |
La nature est-elle injuste?
source : 2021-general-amerique-du-nord-normale.pdf
|
|
| 2021 | Voie générale | AMÉRIQUE DU NORD | NORMALE |
L’art est-il l’affaire des seuls spécialistes?
source : 2021-general-amerique-du-nord-normale.pdf
|
|
| 2021 | Voie générale | AMÉRIQUE DU NORD | NORMALE |
De nos jours, ce n’est pas seulement dans les magasins, les marchés, les échanges, que les produits du travail entrent seuls en ligne de compte, et non les travaux qui les ont suscités. Dans les usines modernes il en est de même, du moins au niveau de l’ouvrier. La coopération, la compréhension, l’appréciation mutuelle…
lire la suiteDe nos jours, ce n’est pas seulement dans les magasins, les marchés, les échanges, que les produits du travail entrent seuls en ligne de compte, et non les travaux qui les ont suscités. Dans les usines modernes il en est de même, du moins au niveau de l’ouvrier. La coopération, la compréhension, l’appréciation mutuelle dans le travail y sont le monopole des sphères supérieures. Au niveau de l’ouvrier, les rapports établis entre les différents postes, les différentes fonctions, sont des rapports entre les choses et non entre les hommes. Les pièces circulent avec leurs fiches, l’indication du nom, de la forme, de la matière première; on pourrait presque croire que ce sont elles qui sont les personnes, et les ouvriers qui sont des pièces interchangeables. Elles ont un état civil; et quand il faut, comme c’est le cas dans quelques grandes usines, montrer en entrant une carte d’identité où l’on se trouve photographié avec un numéro sur la poitrine, comme un forçat (1), le contraste est un symbole poignant et qui fait mal. Les choses jouent le rôle des hommes, les hommes jouent le rôle des choses; c’est la racine du mal. Il y a beaucoup de situations différentes dans une usine; l’ajusteur qui, dans un atelier d’outillage, fabrique, par exemple, des matrices de presses (2), merveilles d’ingéniosité, longues à façonner, toujours différentes, celui-là ne perd rien en entrant dans l’usine; mais ce cas est rare. Nombreux au contraire dans les grandes usines et même dans beaucoup de petites sont ceux ou celles qui exécutent à toute allure, par ordre, cinq ou six gestes simples indéfiniment répétés, un par seconde environ, sans autre répit que quelques courses anxieuses pour chercher une caisse, un régleur, d’autres pièces, jusqu’à la seconde précise où le chef vient en quelque sorte les prendre comme des objets pour les mettre devant une autre machine; ils y resteront jusqu’à ce qu’on les mette ailleurs. Ceuxlà sont des choses autant qu’un être humain peut l’être, mais des choses qui n’ont pas licence (3) de perdre conscience, puisqu’il faut toujours pouvoir faire face à l’imprévu. (1) « forçat »: prisonnier condamné aux travaux forcés (2) « matrices de presses »: moules servant à fabriquer des objets (3) « avoir licence de »: avoir la permission deLa Condition ouvrière (1942)
source : 2021-general-amerique-du-nord-normale.pdf
|
WEIL |
| 2021 | STMG-STI2D-ST2S | ANTILLES GUYANE | NORMALE |
Sommes-nous responsables de la nature?
source : 2021-technologique-antilles-guyane-normale.pdf
|
|
| 2021 | STMG-STI2D-ST2S | ANTILLES GUYANE | NORMALE |
Y a-t-il des problèmes que la technique ne peut résoudre?
source : 2021-technologique-antilles-guyane-normale.pdf
|
|
| 2021 | STMG-STI2D-ST2S | ANTILLES GUYANE | NORMALE |
Se tromper éloigne-t-il de la vérité?
source : 2021-technologique-antilles-guyane-normale.pdf
|
|
| 2021 | STMG-STI2D-ST2S | ANTILLES GUYANE | NORMALE |
Partout où il y a vie commune, il est inévitable que des règles, imposées par l’utilité commune, limitent le choix. Mais la liberté n’est pas plus ou moins grande selon que les limites sont plus étroites ou plus larges. Elle a sa plénitude à des conditions moins facilement mesurables. Il faut que les règles soient asse…
lire la suitePartout où il y a vie commune, il est inévitable que des règles, imposées par l’utilité commune, limitent le choix. Mais la liberté n’est pas plus ou moins grande selon que les limites sont plus étroites ou plus larges. Elle a sa plénitude à des conditions moins facilement mesurables. Il faut que les règles soient assez raisonnables et assez simples pour que quiconque le désire et dispose d’une faculté moyenne d’attention puisse comprendre, d’une part l’utilité à laquelle elles correspondent, d’autre part les nécessités de fait qui les ont imposées. Il faut qu’elles émanent d’une autorité qui ne soit pas regardée comme étrangère ou ennemie, qui soit aimée comme appartenant à ceux qu’elle dirige. Il faut qu’elles soient assez stables, assez peu nombreuses, assez générales, pour que la pensée puisse se les assimiler une fois pour toutes, et non pas se heurter contre elles toutes les fois qu’il y a une décision à prendre. À ces conditions, la liberté des hommes de bonne volonté, quoique limitée dans les faits, est totale dans la conscience. Car les règles s’étant incorporées à leur être même, les possibilités interdites ne se présentent pas à leur pensée et n’ont pas à être repoussées. De même l’habitude, imprimée par l’éducation, de ne pas manger les choses repoussantes ou dangereuses n’est pas ressentie par un homme normal comme une limite à la liberté dans le domaine de l’alimentation. Seul l’enfant sent la limite.Rédaction de la copie Le candidat a le choix entre deux manières de rédiger l’explication de texte. Il peut: - soit répondre dans l’ordre, de manière précise et développée, aux questions posées (option n°1); - soit suivre le développement de son choix (option n°2). Il indique son option de rédaction (option n°1 ou option n°2) au début de sa copie. Questions de l’option n°1 A. Éléments d’analyse 1. Donnez des exemples de « règles imposées par l’utilité commune »? Pourquoi sontelles indispensables? 2. S. Weil énumère les conditions que doivent remplir des règles pour être acceptées: énoncez ces conditions et expliquez-les en vous appuyant sur des exemples. 3. Pourquoi l’enfant est-il, selon le texte, le seul à ressentir comme une « limite à sa liberté » la règle de « ne pas manger les choses repoussantes ou dangereuses »? B. Éléments de synthèse 1. À quelle question ce texte s’efforce-t-il de répondre? 2. Quelle conception de la liberté le texte défend-t-il? À quelle autre conception de la liberté pourrait-on l’opposer? 3. Dégagez l’idée principale du texte, ainsi que les différents moments de l’argumentation. C. Commentaire 1. Qu’est-ce qui permet d’être libre, alors que les règles de la vie collective ont été « incorporées »? 2. Quel sens ce texte permet-il de donner à l’idée de vie en société? L’Enracinement (1943)
source : 2021-technologique-antilles-guyane-normale.pdf
|
WEIL |