Banque de sujets de baccalauréat

Filtres

Sélections multiples avec Ctrl et Maj.

Plusieurs mots : tous doivent figurer.
Les guillemets forcent une suite exacte, comme "état de nature".

tout effacer
AnnéeSérieLieuSession SujetAuteur
2021 Voie générale ANTILLES GUYANE NORMALE La nature nous impose-t-elle des devoirs?
source : 2021-general-antilles-guyane-normale.pdf
2021 Voie générale ANTILLES GUYANE REMPLACEMENT Suis-je ce que mon inconscient fait de moi?
source : 2021-general-antilles-guyane-remplacement.pdf
2021 Voie générale ANTILLES GUYANE NORMALE L’artiste peut-il dire la vérité?
source : 2021-general-antilles-guyane-normale.pdf
2021 Voie générale ANTILLES GUYANE REMPLACEMENT La technique nuit-elle nécessairement à la nature?
source : 2021-general-antilles-guyane-remplacement.pdf
2021 Voie générale ANTILLES GUYANE NORMALE Connaître le passé est-ce préparer l’avenir?
source : 2021-general-antilles-guyane-normale.pdf
2021 Voie générale ANTILLES GUYANE REMPLACEMENT Sans les mots, que serait la réalité?
source : 2021-general-antilles-guyane-remplacement.pdf
2021 Voie générale ANTILLES GUYANE NORMALE On peut entendre par liberté autre chose que la possibilité d’obtenir sans effort ce qui plaît. Il existe une conception bien différente de la liberté, une conception héroïque qui est celle de la sagesse commune. La liberté véritable ne se définit pas par un rapport entre le désir et la satisfaction, mais par un rappor…
lire la suite On peut entendre par liberté autre chose que la possibilité d’obtenir sans effort ce qui plaît. Il existe une conception bien différente de la liberté, une conception héroïque qui est celle de la sagesse commune. La liberté véritable ne se définit pas par un rapport entre le désir et la satisfaction, mais par un rapport entre la pensée et l’action; serait tout à fait libre l’homme dont toutes les actions procéderaient d’un jugement préalable concernant la fin qu’il se propose et l’enchaînement des moyens propres à amener cette fin. Peu importe que les actions en elles-mêmes soient aisées ou douloureuses, et peu importe même qu’elles soient couronnées de succès; la douleur et l’échec peuvent rendre l’homme malheureux, mais ne peuvent pas l’humilier aussi longtemps que c’est lui-même qui dispose de sa propre faculté d’agir. Et disposer de ses propres actions ne signifie nullement agir arbitrairement; les actions arbitraires ne procèdent d’aucun jugement, et ne peuvent à proprement parler être appelées libres. Tout jugement porte sur une situation objective, et par suite sur un tissu de nécessités. L’homme vivant ne peut en aucun cas cesser d’être enserré de toutes parts par une nécessité absolument inflexible; mais comme il pense, il a le choix entre céder aveuglément à l’aiguillon1 par lequel elle le pousse de l’extérieur, ou bien de se conformer à la représentation intérieure qu’il s’en forge; et c’est en quoi consiste l’opposition entre servitude et liberté.
1 « aiguillon »: bâton pointu qui sert à piquer les bœufs pour les faire avancer
Réflexions sur les causes de la liberté et de l’oppression sociale (1934)
source : 2021-general-antilles-guyane-normale.pdf
WEIL
2021 Voie générale ANTILLES GUYANE REMPLACEMENT Pour les hommes, l’heureuse disposition de l’âme naît de la modération du plaisir et de la mesure de la vie. Les manques et les excès vont fréquemment en empirant et produisent en l’âme de grands bouleversements: les âmes que ces passages d’un extrême à l’autre ébranlent ne sont ni stables ni heureuses. Donc, il faut a…
lire la suite Pour les hommes, l’heureuse disposition de l’âme naît de la modération du plaisir et de la mesure de la vie. Les manques et les excès vont fréquemment en empirant et produisent en l’âme de grands bouleversements: les âmes que ces passages d’un extrême à l’autre ébranlent ne sont ni stables ni heureuses. Donc, il faut appliquer sa réflexion au possible et se contenter de ce qu’on a, ne faire que peu de cas de ce qu’on désire et admire, et ne pas y arrêter sa réflexion. Il suffit de contempler la vie des malheureux et de considérer l’étendue de ce qu’ils endurent, pour que ce que tu as et dont tu disposes t’apparaisse relevé1 et enviable, et pour que tu n’aies plus à souffrir en ton âme à force de désirer toujours plus. Celui qui bée2 d’admiration devant les riches propriétaires que les autres hommes tiennent pour bienheureux, et en est obsédé constamment, connaît la nécessité d’imaginer sans cesse de nouveaux expédients3 et de se lancer, pour répondre à ses désirs, dans des affaires louches que les lois interdisent. C’est pourquoi il ne faut pas désirer ce qu’on n’a pas, mais s’accommoder de ce qu’on a, en comparant son sort à celui des malheureux, et en se jugeant bienheureux à la pensée de leurs maux, en comparaison desquels tes actions et ta vie sont d’autant meilleures. Si tu t’en tiens à ces réflexions, tu vivras plus heureusement, et ta vie sera à l’abri de bien des tracas que font naître l’envie, la jalousie et le ressentiment. DÉMOCRITE (V° - IV° s. av. J.C.)
1 « relevé »: d’un niveau supérieur
2 « qui bée »: qui ouvre grand la bouche
3 « expédients »: moyens ingénieux auxquels on a recours pour sortir d’une situation délicate
source : 2021-general-antilles-guyane-remplacement.pdf
2021 HLP ASIE NORMALE Jean Ferrat (1930-2010) compose cette chanson, Nuit et brouillard, en 1963. « Nuit et brouillard » est le nom d'un décret des autorités nazies, signé le 7 décembre 1941 et condamnant les opposants à la déportation en Allemagne et à la mort. Nuit et brouillard Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers Nus …
lire la suite Jean Ferrat (1930-2010) compose cette chanson, Nuit et
brouillard, en 1963. « Nuit et brouillard » est le nom d'un décret
des autorités nazies, signé le 7 décembre 1941 et condamnant les
opposants à la déportation en Allemagne et à la mort.

Nuit et brouillard

Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers

Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés

Qui déchiraient la nuit de leurs ongles battants

Ils étaient des milliers, ils étaient vingt et cent

Ils se croyaient des hommes, n'étaient plus que des nombres

Depuis longtemps leurs dés avaient été jetés

Dès que la main retombe il ne reste qu'une ombre

Ils ne devaient jamais plus revoir un été

La fuite monotone et sans hâte du temps

Survivre encore un jour, une heure, obstinément

Combien de tours de roues, d'arrêts et de départs

Qui n'en finissent pas de distiller l'espoir

Ils s'appelaient Jean-Pierre, Natacha ou Samuel

Certains priaient Jésus, Jéhovah ou Vichnou

D'autres ne priaient pas, mais qu'importe le ciel

Ils voulaient simplement ne plus vivre à genoux

Ils n'arrivaient pas tous à la fin du voyage

Ceux qui sont revenus peuvent-ils être heureux

Ils essaient d'oublier, étonnés qu'à leur âge

Les veines de leurs bras soient devenues si bleues

Les Allemands guettaient du haut des miradors

La lune se taisait comme vous vous taisiez

En regardant au loin, en regardant dehors

Votre chair était tendre à leurs chiens policiers

On me dit à présent que ces mots n'ont plus cours

Qu'il vaut mieux ne chanter que des chansons d'amour

Que le sang sèche vite en entrant dans l'histoire

Et qu'il ne sert à rien de prendre une guitare

Mais qui donc est de taille à pouvoir m'arrêter ?

L'ombre s'est faite humaine, aujourd'hui c'est l'été

Je twisterais (« twister » : tordre, tortiller, retourner (le
twist est une danse populaire des années 1960, qui se danse sur une
musique de rock and roll, par une rotation des jambes et du bassin).)
les mots s'il fallait les twister

Pour qu'un jour les enfants sachent qui vous étiez

Vous étiez vingt et cent, vous étiez des milliers

Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés

Qui déchiriez la nuit de vos ongles battants

Vous étiez des milliers, vous étiez vingt et cent

Lettres : Comment ce texte vient-il restaurer l'humanité mise en péril des déportés ?

Philosophie : Comment résiste-t-on à la déshumanisation ?
Album Nuit et Brouillard (1963)
source : Base LaTeX Quesseveur
FERRAT
2021 STMG-STI2D-ST2S ASIE NORMALE Sommes-nous maîtres du progrès technique?
source : 2021-technologique-asie-normale.pdf
2021 STMG-STI2D-ST2S ASIE NORMALE Demander justice, est-ce réclamer vengeance?
source : 2021-technologique-asie-normale.pdf
2021 STMG-STI2D-ST2S ASIE NORMALE L’art nous rapproche-t-il de la nature?
source : 2021-technologique-asie-normale.pdf
2021 STMG-STI2D-ST2S ASIE NORMALE On connaît bien les méthodes qui accroissent le degré de vérité de nos croyances: elles consistent à écouter tous les partis, à essayer d’établir tous les faits dignes d’être relevés, à contrôler nos penchants individuels par la discussion avec des personnes qui ont des penchants opposés, et à cultiver l’habitude de re…
lire la suite On connaît bien les méthodes qui accroissent le degré de vérité de nos croyances: elles consistent à écouter tous les partis, à essayer d’établir tous les faits dignes d’être relevés, à contrôler nos penchants individuels par la discussion avec des personnes qui ont des penchants opposés, et à cultiver l’habitude de rejeter toute hypothèse qui s’est montrée inadéquate. On pratique ces méthodes dans la science et grâce à elles on a établi un corps de connaissances scientifiques. Tout homme de science dont le point de vue est vraiment scientifique est prêt à reconnaître que ce qui passe pour une connaissance scientifique à un moment donné demandera sûrement à être corrigé par des découvertes nouvelles; que, néanmoins, la science est assez proche de la vérité pour suffire à la plupart des besoins pratiques, mais non pour tous. Dans la science, quand il ne s’agit que d’une connaissance qui ne peut qu’être approximative, l’attitude de l’homme est expérimentale et pleine de doute. Tout au contraire en religion et en politique: bien qu’ici il n’y ait encore rien qui approche de la connaissance scientifique, chacun considère qu’il est de rigueur d’avoir une opinion dogmatique1 qu’on doit soutenir en infligeant des peines de prison, la faim, la guerre, et qu’on doit soigneusement garder d’entrer en concurrence par arguments avec n’importe quelle opinion différente. Si on pouvait seulement amener les hommes à avoir une attitude agnostique2 sur ces questions, neuf dixièmes des maux du monde moderne seraient guéris; la guerre deviendrait impossible; car chaque camp comprendrait que tous les deux doivent avoir tort. Les persécutions cesseraient. L’éducation tendrait à élargir les esprits et non à les rétrécir.
1 « dogmatique »: admis sans discussion
2 « agnostique »: qui ne prétend pas savoir

Rédaction de la copie

Le candidat a le choix entre deux manières de rédiger l’explication de texte. Il peut:
- soit répondre dans l’ordre, de manière précise et développée, aux questions posées (option n°1);
- soit suivre le développement de son choix (option n°2). Il indique son option de rédaction (option n°1 ou option n°2) au début de sa copie.
Questions de l’option n°1

A. Éléments d’analyse
1. D’après le texte, quelles sont les « méthodes qui accroissent le degré de vérité de nos croyances »? Donnez des exemples.
2. Pourquoi la démarche scientifique est-elle présentée comme un modèle de rigueur dans la recherche de la vérité? Pourquoi la connaissance n’est-elle, néanmoins, qu’approximative?
3. Pourquoi une « attitude agnostique » dans les domaines de la religion et de la politique permettrait-elle de réduire les « maux du monde moderne »?

B. Éléments de synthèse
1. Quelle est la question à laquelle l’auteur tente ici de répondre?
2. Dégagez les différents moments de l’argumentation.
3. En vous appuyant sur les éléments précédents, dégagez l’idée principale du texte.

C. Commentaire
1. La fonction de l’éducation est-elle de lutter contre le dogmatisme?
2. Quel sens peut-on donner, à partir de ce texte, à l’idée de doute?
Essais sceptiques (1928)
source : 2021-technologique-asie-normale.pdf
RUSSELL
2021 HLP CENTRES ÉTRANGERS NORMALE Que des hommes aient pour avenir la mort, cela est contre nature. Dès que la pratique de la guerre a rendu sensible la possibilité de mort qu'enferme chaque minute, la pensée devient incapable de passer d'un jour à son lendemain sans traverser l'image de la mort. L'esprit est alors tendu comme il ne peut souffrir de l'…
lire la suite Que des hommes aient pour avenir la mort, cela est contre nature. Dès
que la pratique de la guerre a rendu sensible la possibilité de mort
qu'enferme chaque minute, la pensée devient incapable de passer d'un
jour à son lendemain sans traverser l'image de la mort. L'esprit est
alors tendu comme il ne peut souffrir de l'être que peu de temps ;
mais chaque aube nouvelle amène la même nécessité ; les jours ajoutés
aux jours font des années. L'âme souffre violence tous les jours.
Chaque matin l'âme se mutile de toute aspiration, parce que la pensée
ne peut pas voyager dans le temps sans passer par la mort. Ainsi la
guerre efface toute idée de but, même l'idée des buts de la guerre.
Elle efface la pensée même de mettre fin à la guerre. La possibilité
d'une situation si violente est inconcevable tant qu'on n'y est pas ;
la fin en est inconcevable quand on y est. Ainsi l'on ne fait rien
pour amener cette fin. Les bras ne peuvent pas cesser de tenir et de
manier les armes en présence d'un ennemi armé ; l'esprit devrait
combiner pour trouver une issue ; il a perdu toute capacité de rien
combiner à cet effet. Il est occupé tout entier à se faire violence.
Toujours parmi les hommes, qu'il s'agisse de servitude ou de guerre,
les malheurs intolérables durent par leur propre poids et semblent
ainsi du dehors faciles à porter ; ils durent parce qu'ils ôtent les
ressources nécessaires pour en sortir. Néanmoins l'âme soumise à la
guerre crie vers la délivrance ; mais la délivrance même lui apparaît
sous une forme tragique, extrême, sous la forme de la destruction.
Une fin modérée, raisonnable, laisserait à nu pour la pensée un
malheur si violent qu'il ne peut être soutenu même comme souvenir. La
terreur, la douleur, l'épuisement, les massacres, les compagnons
détruits, on ne croit pas que toutes ces choses puissent cesser de
mordre l'âme si l'ivresse de la force n'est venue les noyer.

Philosophie : D'après ce texte, pourquoi la violence de la guerre nous
déshumanise-t-elle ?

Lettres : Que peut dire la littérature confrontée à une violence sans issue ?
L'Iliade ou le poème de la force (1941)
source : Base LaTeX Quesseveur
WEIL
2021 HLP CENTRES ÉTRANGERS NORMALE Pendant la Première Guerre mondiale, M. Marchandeau vient d'apprendre que son fils Pierre, soldat ayant refusé d'obéir aux ordres, s'apprête à être fusillé pour cette raison. Comme tout le monde, M. Marchandeau avait souvent compulsé, d'une main parfois distraite, ces illustrés (« illustré » : magazine comportant des …
lire la suite Pendant la Première Guerre mondiale, M. Marchandeau vient d'apprendre
que son fils Pierre, soldat ayant refusé d'obéir aux ordres,
s'apprête à être fusillé pour cette raison.

Comme tout le monde, M. Marchandeau avait souvent compulsé, d'une main
parfois distraite, ces
illustrés (« illustré » :
magazine comportant des images.)
de la guerre qui offraient au monde un tel résumé d'horreurs qu'il ne
semblait pas croyable que personne en pût supporter la vue. Dans ces
illustrés, dont certains se vantaient de payer n'importe quel prix
les documents intéressants, il lui était arrivé de tomber sur les
images d'une exécution capitale : espion passé par les
armes (« passé par les armes » : exécuté.). L'homme, la tête
basse, les mains liées, une dernière cigarette aux lèvres, marchait
entouré de ses bourreaux, et M. Marchandeau avait remarqué qu'il s'en
trouvait toujours un pour sourire. C'était à croire qu'il ne pouvait
y avoir d'exécution capitale sans ce sourire-là ! Qui donc tout à
l'heure sourirait ?

Venait ensuite l'exécution proprement dite : l'homme, à genoux devant
le poteau, les yeux bandés. Ensuite enfin, et pour conclure, le
défilé des troupes devant le cadavre.

Il avait regardé ces images non sans émotion, mais avec le sentiment
que cela ne le concernait pas directement, que ces choses atroces se
passaient dans un univers sans rapport avec le sien, si paisible, que
bien sûrement il ne serait jamais fusillé, lui ni personne qu'il
connût. Or…

Il lui arrivait, comme à tant d'autres, une aventure à laquelle il
n'était pas préparé : il était au spectacle, commodément installé
dans un fauteuil, et voilà qu'on le priait durement de vider son
siège, de grimper en scène, d'y traîner avec lui sa femme et son
fils. Il n'avait pas prévu cela. Naïvement, jusqu'au 2 août 1914
(« 2 août 1914 » : le jour de la mobilisation générale, au
cours duquel les soldats sont appelés au front.), il avait pris la
vie pour un conte. On exigeait aujourd'hui, fouet en main, qu'il prît
au jeu une part active, sans même lui demander s'il avait au moins
appris un petit bout de rôle, s'il savait en quoi consistait le
scénario dans son ensemble et au bénéfice de qui était monté ce
gala (« gala » : grande fête officielle.) ? Mais il ne savait
rien. Il voyait seulement qu'il ne s'agissait plus de spectacle du
tout, que la comédie tournait au drame – au vrai drame – que la balle
était une vraie balle, l'épée vraiment teintée de sang, le mort un
vrai mort.

On fusillait les espions : soit ! Mais on ne lui avait pas dit qu'on
fusillait aussi les insurgés (« insurgés » : ceux qui se
révoltent.), ni même qu'il y en eût. On lui avait fait croire que
tout allait « à merveille » et que ces milliers de jeunes gens jetés
au fumier acceptaient joyeusement leur mort. Il s'était laissé duper
sans penser une seconde que la machine meurtrière pouvait aussi se
retourner contre lui et contre son fils. Il avait laissé faire, il
avait consenti. Il était complice, hélas ! de ce sourire qui tout à
l'heure accompagnerait Pierre au poteau, complice des prières qu'un
tendre aumônier (« aumônier » : prêtre chargé de recueillir
les dernières volontés d'un mourant.) ne manquerait pas de prodiguer
à son fils afin que tout soit en règle et la mort bien parée.

Lettres : Comment le personnage prend-il conscience de la violence du monde et comment le texte en rend-il compte ?

Philosophie : Pourquoi est-il dangereux de nier l'existence de la violence dans
l'Histoire ?
Le Sang noir (1935)
source : Base LaTeX Quesseveur
GUILLOUX
2021 STMG-STI2D-ST2S ÉTRANGER GROUPE 1 NORMALE Peut-on vivre sans se soucier de la vérité?
source : 2021-technologique-centres-etrangers-normale.pdf
2021 STMG-STI2D-ST2S ÉTRANGER GROUPE 1 NORMALE Les artistes peuvent-ils se passer de maîtrise technique?
source : 2021-technologique-centres-etrangers-normale.pdf
2021 STMG-STI2D-ST2S ÉTRANGER GROUPE 1 NORMALE La justice, est-ce le dépassement de tous les conflits?
source : 2021-technologique-centres-etrangers-normale.pdf
2021 STMG-STI2D-ST2S ÉTRANGER GROUPE 1 NORMALE L’homme est le seul animal dont l’action soit mal assurée, qui hésite et tâtonne, qui forme des projets avec l’espoir de réussir et la crainte d’échouer. C’est le seul qui se sente sujet à la maladie, et le seul aussi qui sache qu’il doit mourir. Le reste de la nature s’épanouit dans une tranquillité parfaite. Plantes …
lire la suite L’homme est le seul animal dont l’action soit mal assurée, qui hésite et tâtonne, qui forme des projets avec l’espoir de réussir et la crainte d’échouer. C’est le seul qui se sente sujet à la maladie, et le seul aussi qui sache qu’il doit mourir. Le reste de la nature s’épanouit dans une tranquillité parfaite. Plantes et animaux ont beau être livrés à tous les hasards, ils ne s’en reposent pas moins sur l’instant qui passe comme ils le feraient sur l’éternité. De cette inaltérable confiance nous aspirons à nous1 quelque chose dans une promenade à la campagne, d’où nous revenons apaisés. Mais ce n’est pas assez dire. De tous les êtres vivant en société, l’homme est le seul qui puisse dévier de la ligne sociale, en cédant à des préoccupations égoïstes quand le bien commun est en cause; partout ailleurs, l’intérêt individuel est inévitablement coordonné ou subordonné à l’intérêt général. Cette double imperfection est la rançon de2 l’intelligence. L’homme ne peut pas exercer sa faculté de penser sans se représenter un avenir incertain, qui éveille sa crainte et son espérance. Il ne peut pas réfléchir à ce que la nature lui demande, en tant qu’elle a fait de lui un être sociable, sans se dire qu’il trouverait souvent son avantage à négliger les autres, à ne se soucier que de lui-même.
1 « Nous aspirons à nous »: nous recevons
2 « La rançon de »: le prix à payer pour

Rédaction de la copie

Le candidat a le choix entre deux manières de rédiger l’explication de texte. Il peut:
- soit répondre dans l’ordre, de manière précise et développée, aux questions posées (option n°1);
- soit suivre le développement de son choix (option n°2). Il indique son option de rédaction (option n°1 ou option n°2) au début de sa copie.
Questions de l’option n°1

A. Éléments d’analyse
1. Bergson écrit: « L’homme est le seul animal dont l’action soit mal assurée, qui hésite et tâtonne ». Pourquoi pourrait-on dire des animaux qu’ils n’hésitent pas, ne tâtonnent pas?
2. Pourquoi, dans le seul cas des êtres humains, des « préoccupations égoïstes » conduisent-elles les individus à « dévier de la ligne sociale »?
3. Que veut dire Bergson lorsqu’il affirme que notre intelligence entraîne toujours une « double imperfection »?

B. Éléments de synthèse
1. Quelle est la question à laquelle l’auteur tente ici de répondre?
2. Dégagez les différents moments de l’argumentation.
3. En vous appuyant sur les éléments précédents, dégagez l’idée principale du texte.

C. Commentaire
1. Doit-on considérer, à partir de ce texte, que l’appartenance sociale des êtres humains fait obstacle à leur liberté?
2. Quel sens le texte permet-il de donner à l’idée de liberté?
Les Deux sources de la morale et de la religion (1932)
source : 2021-technologique-centres-etrangers-normale.pdf
Bergson
2021 Voie générale ÉTRANGER GROUPE 1 NORMALE Tout le monde peut-il être artiste?
source : 2021-general-centres-etrangers-normale.pdf
2021 Voie générale ÉTRANGER GROUPE 1 NORMALE L’homme est-il responsable de la nature?
source : 2021-general-centres-etrangers-normale.pdf
2021 Voie générale ÉTRANGER GROUPE 1 NORMALE Existe-t-il des vérités définitives?
source : 2021-general-centres-etrangers-normale.pdf
2021 Voie générale ÉTRANGER GROUPE 1 NORMALE Un des traits marquants de l’action humaine est qu’elle entreprend toujours du nouveau, ce qui ne signifie pas qu’elle puisse alors partir de rien, créer à partir du néant. On ne peut faire place à une action nouvelle qu’à partir du déplacement ou de la destruction de ce qui préexistait et de la modification de l’état …
lire la suite Un des traits marquants de l’action humaine est qu’elle entreprend toujours du nouveau, ce qui ne signifie pas qu’elle puisse alors partir de rien, créer à partir du néant. On ne peut faire place à une action nouvelle qu’à partir du déplacement ou de la destruction de ce qui préexistait et de la modification de l’état de choses existant. Ces transformations ne sont possibles que du fait que nous possédons la faculté de nous écarter par la pensée de notre environnement et d’imaginer que les choses pourraient être différentes de ce qu’elles sont en réalité. Autrement dit, la négation délibérée de la réalité − la capacité de mentir −, et la possibilité de modifier les faits – celle d’agir – sont intimement liées; elles procèdent l’une et l’autre de la même source: l’imagination. Car il ne va pas de soi que nous soyons capables de dire: « le soleil brille », à l’instant même où il pleut (certaines lésions cérébrales entraînent la perte de cette faculté); ce fait indique plutôt que, tout en étant parfaitement aptes à appréhender le monde par les sens et le raisonnement, nous ne sommes pas insérés, rattachés à lui, de la façon dont une partie est inséparable du tout. Nous sommes libres de changer le monde et d’y introduire de la nouveauté. Sans cette liberté mentale de reconnaître ou de nier l’existence, de dire « oui » ou « non » − en exprimant notre approbation ou notre désaccord non seulement en face d’une proposition ou d’une déclaration, mais face aux réalités telles qu’elles nous sont données, sans contestation possible, par nos organes de perception et de connaissance – il n’y aurait aucune possibilité d’action.
Du mensonge en politique, 1972
source : 2021-general-centres-etrangers-normale.pdf
ARENDT
2021 Voie générale JAPON NORMALE Existe-t-il des techniques pour être heureux?
source : 2021-general-japon-normale.pdf
2021 Voie générale JAPON NORMALE Les résultats des sciences sont-ils indiscutables?
source : 2021-general-japon-normale.pdf
2021 Voie générale JAPON NORMALE Le droit peut-il être injuste?
source : 2021-general-japon-normale.pdf
2021 Voie générale JAPON NORMALE On dit volontiers: mon vouloir a été déterminé par ces mobiles, circonstances, excitations et impulsions. La formule implique d'emblée1 que je me sois ici comporté de façon passive. Mais, en vérité, mon comportement n'a pas été seulement passif; il a été actif aussi, et de façon essentielle, car c'est mon vouloir qui a…
lire la suite On dit volontiers: mon vouloir a été déterminé par ces mobiles, circonstances, excitations et impulsions. La formule implique d'emblée1 que je me sois ici comporté de façon passive. Mais, en vérité, mon comportement n'a pas été seulement passif; il a été actif aussi, et de façon essentielle, car c'est mon vouloir qui a assumé telles circonstances à titre de mobiles, qui les fait valoir comme mobiles. Il n'est ici aucune place pour la relation de causalité. Les circonstances ne jouent point le rôle de causes et mon vouloir n'est pas l'effet de ces circonstances. La relation causale implique que ce qui est contenu dans la cause s'ensuive nécessairement. Mais, en tant que réflexion, je puis dépasser toute détermination posée par les circonstances. Dans la mesure où l'homme allègue2 qu'il a été entraîné par des circonstances, des excitations, etc., il entend par là rejeter, pour ainsi dire, hors de lui-même sa propre conduite, mais ainsi il se réduit tout simplement à l'état d'essence non-libre ou naturelle, alors que sa conduite, en vérité, est toujours sienne, non celle d'un autre ni l'effet de quelque chose qui existe hors de lui. Les circonstances ou mobiles n'ont jamais sur les hommes que le pouvoir qu'il leur accorde lui-même. 1 D’emblée: immédiatement.
2 Allègue: prétend, soutient.
Propédeutique philosophique, 1809-1811
source : 2021-general-japon-normale.pdf
HEGEL
2021 HLP MÉTROPOLE NORMALE Publiée en 1947, L'Espèce humaine est un récit de l'expérience des camps de concentration et d'extermination pendant la Deuxième Guerre mondiale. Résistant, Robert Antelme a été arrêté et déporté d'abord à Buchenwald puis dans un camp de travail à Gandersheim. L'extrait proposé se situe au moment où prisonniers et offi…
lire la suite Publiée en 1947, L'Espèce humaine est un récit de
l'expérience des camps de concentration et d'extermination pendant la
Deuxième Guerre mondiale. Résistant, Robert Antelme a été arrêté et
déporté d'abord à Buchenwald puis dans un camp de travail à
Gandersheim. L'extrait proposé se situe au moment où prisonniers et
officiers SS fuient sur les routes d'Allemagne l'avancée des armées
alliées. Après une longue journée de marche, les prisonniers se
retrouvent dans « une grande maison isolée » pour passer la nuit,
tous entassés sur le plancher.

Dehors, la vallée est noire. Aucun bruit n'en arrive. Les chiens
dorment d'un sommeil sain et repu. Les arbres respirent calmement.
Les insectes nocturnes se nourrissent dans les prés. Les feuilles
transpirent, et l'air se gorge d'eau. Les prés se couvrent de rosée
et brilleront tout à l'heure au soleil. Ils sont là, tout près, on
doit pouvoir les toucher, caresser cet immense pelage. Qu'est-ce qui
se caresse et comment caresse-t-on ? Qu'est-ce qui est doux aux
doigts, qu'est-ce qui est seulement à être caressé ?

Jamais on n'aura été aussi sensible à la santé de la nature. Jamais on
n'aura été aussi près de confondre avec la toute-puissance l'arbre
qui sera sûrement encore vivant demain. On a oublié tout ce qui meurt
et qui pourrit dans cette nuit forte, et les bêtes malades et seules.
La mort a été chassée par nous des choses de la nature, parce que
l'on n'y voit aucun génie qui s'exerce contre elles et les poursuive.
Nous nous sentons comme ayant pompé tout pourrissement possible. Ce
qui est dans cette salle apparaît comme la maladie extraordinaire, et
notre mort ici comme la seule véritable. Si ressemblants aux bêtes,
toute bête nous est devenue somptueuse ; si semblables à toute plante
pourrissante, le destin de cette plante nous paraît aussi luxueux que
celui qui s'achève par la mort dans le lit. Nous sommes au point de
ressembler à tout ce qui ne se bat que pour manger et meurt de ne pas
manger, au point de nous niveler sur une autre espèce, qui ne sera
jamais nôtre et vers laquelle on tend ; mais celle-ci qui vit du
moins selon sa loi authentique – les bêtes ne peuvent pas devenir
plus bêtes – apparaît aussi somptueuse que la nôtre « véritable »
dont la loi peut être aussi de nous conduire ici. Mais il n'y a pas
d'ambiguïté, nous restons des hommes, nous ne finirons qu'en hommes.
La distance qui nous sépare d'une autre espèce reste intacte, elle
n'est pas historique. C'est un rêve SS de croire que nous avons pour
mission historique de changer d'espèce, et comme cette mutation se
fait trop lentement, ils tuent. Non, cette maladie extraordinaire
n'est autre chose qu'un moment culminant de l'histoire des hommes. Et
cela peut signifier deux choses : d'abord que l'on fait l'épreuve de
la solidité de cette espèce, de sa fixité. Ensuite, que la variété
des rapports entre les hommes, leur couleur, leurs coutumes, leur
formation en classes masquent une vérité qui apparaît ici éclatante,
au bord de la nature, à l'approche de nos limites : il n'y a pas des
espèces humaines, il y a une espèce humaine. C'est parce que nous
sommes des hommes comme eux que les SS seront en définitive
impuissants devant nous. C'est parce qu'ils auront tenté de mettre en
cause l'unité de l'espèce qu'ils seront finalement écrasés.

Lettres : Qu'apporte à la réflexion de Robert Antelme sa méditation poétique sur la nature ?

Philosophie : L'espèce humaine a-t-elle besoin de faire l'expérience de la violence
pour éprouver son unité ?
L'espèce humaine (1947)
source : Base LaTeX Quesseveur
ANTELME
2021 HLP MÉTROPOLE NORMALE Prisonnier de guerre en Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale, Georges Hyvernaud raconte ici son retour à la vie familiale, après sa détention dans un camp de travail. Après que chacun a bien parlé de soi, la famille se rappelle pourtant ma présence. Vous autres aussi, dans vos camps, vous en baviez, dit la Fam…
lire la suite Prisonnier de guerre en Allemagne pendant la Seconde Guerre
mondiale, Georges Hyvernaud raconte ici son retour à la vie
familiale, après sa détention dans un camp de travail.

Après que chacun a bien parlé de soi, la famille se rappelle pourtant
ma présence. Vous autres aussi, dans vos camps, vous en baviez, dit
la Famille. Forcément, on en bavait. Les têtes se tournent vers moi,
c'est mon tour. La Famille veut savoir ce que nous mangions, si les
gardiens nous maltraitaient. Raconte un peu, demande Louise, le type
qui s'est évadé dans une poubelle. Oh oui, raconte, implore la
Famille. Je me fais l'effet d'être encore le petit garçon à qui on
imposait de réciter au dessert La Mendiante, d'Eugène
Manuel (Eugène Manuel : poète et homme politique français
(1823-1901), dont l'œuvre est influencée par le romantisme, la poésie
parnassienne et le naturalisme.). Je me résigne : Eh bien, voilà,
c'est un type qui…

Mes souvenirs, dans ces moments où je suis bien encastré dans la paix
compacte de la Famille, c'est curieux comme ils perdent de leur
mordant et de leur autorité. Ils sont sans force, ils n'ont même plus
l'air vrai. Pas moyen de croire à ça quand on regarde Ginette servir
le café en prenant soin de ne pas tacher la nappe. Quand on regarde
Merlandon, le Vétérinaire, l'Oncle. Existences indiscutables et
invincibles comme celle des choses. Comme celle du petit berger de
bronze sur son napperon de dentelle – la même dignité, la même
puissance sourde. Cette solidité repousse et nie les souvenirs. Au
contact de la réalité des dimanches familiaux, l'humiliation et le
désespoir ne font plus qu'un jeu d'ombres improbables, une espèce de
cinéma absurde. J'en suis sorti, à présent, et une fois dehors ça ne
colle plus au reste, ça ne se raccorde plus. C'est quand je suis seul
– dans la foule, dans le métro – que les souvenirs reprennent leur
consistance. J'étais bien tranquille, bien vide, comme tout le monde,
et tout à coup il y a cette haleine contre mon visage. Je reconnais
l'odeur de cuir et de drap de troupe. J'ai à nouveau la main grasse
sur ma chair. Je redeviens cet homme nu, ses vêtements à ses pieds,
un homme qui a froid, qui a honte de son ventre gonflé et de ses
jambes misérables. Ou bien, c'est le sous-officier allemand qui
surgit. Le vieux sous-officier avec sa veste courte, ses grosses
fesses. Il se tient au bord du trottoir, un bâton à la main, planté
dans ses bottes énormes. Et quand nous passons devant lui, il tape
dans le tas. C'est comme ça qu'ils me tombent dessus, les souvenirs,
qu'ils m'attaquent soudain et pèsent sur moi de leur poids atroce. Ça
ne dure pas. Quelqu'un demande : Vous descendez à la prochaine ? Les
gens me bousculent, me délivrent.

« Voilà, c'est un type qui… » Mon petit récit a du succès. Tout à fait
la sorte de récits qui convient aux familles : coloré, drôle – et
crâne (« Crâne » : courageux, décidé.) en même temps ; moitié
Courteline (Georges Courteline : dramaturge et romancier
français (1858-1923), dont l'œuvre est essentiellement comique.) et
moitié Déroulède (Paul Déroulède : écrivain français
(1846-1914), auteur d'une œuvre empreinte de nationalisme, et
cofondateur de la Ligue des patriotes, organisation
d'extrême-droite.). La Famille s'amuse et admire. […] Et ainsi, à
mesure que j'en parle, mes cinquante mois de captivité se
transforment en une bonne blague de chambrée, en une partie de
cache-cache avec nos gardiens. Voilà ce que j'aurai rapporté de mon
voyage : une demi-douzaine d'anecdotes qui feront rigoler la famille
à la fin des repas de famille.

Mes vrais souvenirs, pas question de les sortir.

Lettres : À quelles formes diverses de violence le narrateur est-il exposé ?

Philosophie : L'expérience de la souffrance est-elle incommunicable ?
La peau et les os (1949)
source : Base LaTeX Quesseveur
HYVERNAUD
2021 HLP MÉTROPOLE NORMALE Le cours au collège de France prononcé par Michel Foucault de janvier à mars 1975 poursuit les analyses des années précédentes consacrées à la question du lien entre savoir et pouvoir. Foucault traite ici du problème des individus dits « anormaux » dont la figure du « monstre » est représentative. On peut dire que ce …
lire la suite Le cours au collège de France prononcé par Michel Foucault de janvier
à mars 1975 poursuit les analyses des années précédentes consacrées à
la question du lien entre savoir et pouvoir. Foucault traite ici du
problème des individus dits « anormaux » dont la figure du
« monstre » est représentative.

On peut dire que ce qui fait la force et la capacité d'inquiétude du
monstre, c'est que, tout en violant la loi, il la laisse sans voix.
Il piège la loi qu'il est en train d'enfreindre. Au fond, ce que
suscite le monstre, au moment même où par son existence il viole la
loi, ce n'est pas la réponse de la loi elle-même, mais c'est tout
autre chose. Ce sera la violence, ce sera la volonté de suppression
pure et simple, ou encore ce seront les soins médicaux, ou encore ce
sera la pitié. Mais ce n'est pas la loi elle-même, qui répond à cette
attaque que représente pourtant contre elle l'existence du monstre.
Le monstre est une infraction qui se met automatiquement hors la loi,
et c'est là l'une des premières équivoques. La seconde est que le
monstre est, en quelque sorte, la forme spontanée, la forme brutale,
mais, par conséquent, la forme naturelle de la contre-nature. C'est
le modèle grossissant, la forme déployée par les jeux de la nature
elle-même de toutes les petites irrégularités possibles. Et, en ce
sens, on peut dire que le monstre est le grand modèle de tous les
petits écarts. C'est le principe d'intelligibilité de toutes les
formes – circulant sous forme de menue monnaie – de l'anomalie.
Chercher quel est le fond de monstruosité qu'il y a derrière les
petites anomalies, les petites déviances, les petites irrégularités :
c'est ce problème qui va se retrouver tout au long du XIX siècle.
C'est la question, par exemple, que Lombroso (Cesare Lombroso
: médecin et spécialiste italien de la criminalité (1835-1909).)
posera lorsqu'il aura affaire à des délinquants. Quel est le grand
monstre naturel qui se profile derrière le petit voleur ? Le monstre
est paradoxalement – malgré la position limite qu'il occupe, bien
qu'il soit à la fois l'impossible et l'interdit – un principe
d'intelligibilité.

Philosophie : Qu'est-ce que le monstre permet de comprendre et pourquoi le permet-il ?

Lettres : Dans la littérature et les arts, la figure du monstre ne sert-elle
qu'à faire peur ?
Les anormaux (1974-1975)
source : Base LaTeX Quesseveur
FOUCAULT
2021 HLP MÉTROPOLE NORMALE Charlotte Delbo, résistante, a été déportée à Auschwitz le 24 janvier 1943. Survivante du camp d'extermination, elle écrit six mois après son retour de déportation un texte qui ne sera publié que vingt ans plus tard. La gare n'est pas une gare. C'est la fin d'un rail. Ils regardent et ils sont éprouvés par la désolati…
lire la suite Charlotte Delbo, résistante, a été déportée à Auschwitz le 24 janvier
1943. Survivante du camp d'extermination, elle écrit six mois après
son retour de déportation un texte qui ne sera publié que vingt ans
plus tard.

La gare n'est pas une gare. C'est la fin d'un rail. Ils regardent et
ils sont éprouvés par la désolation autour d'eux.

Le matin la brume leur cache les marais.

Le soir les réflecteurs éclairent les barbelés blancs dans une netteté
de photographie astrale. Ils croient que c'est là qu'on les mène et
ils sont effrayés.

La nuit ils attendent le jour avec les enfants qui pèsent aux bras des
mères. Ils attendent et ils se demandent.

Le jour ils n'attendent pas. Les rangs se mettent en marche tout de
suite. Les femmes avec les enfants d'abord, ce sont les plus
las (« las » : qui éprouve une fatigue physique, brisé,
éreinté.). Les hommes ensuite. Ils sont aussi las mais ils sont
soulagés qu'on fasse passer en premier leurs femmes et leurs enfants.
Car on fait passer en premier les femmes et les enfants.

L'hiver ils sont saisis par le froid. Surtout ceux qui viennent de
Candie (« Candie » : nom médiéval de la ville d'Héraklion, en
Crête.) la neige leur est nouvelle.

L'été le soleil les aveugle au sortir des fourgons obscurs qu'on a
verrouillés au départ.

Au départ de France d'Ukraine d'Albanie de Belgique de Slovaquie
d'Italie de Hongrie du Péloponnèse de Hollande de Macédoine
d'Autriche d'Herzégovine des bords de la mer Noire et des bords de la
Baltique des bords de la Méditerranée et des bords de la Vistule.

Ils voudraient savoir où ils sont. Ils ne savent pas que c'est ici le
centre de l'Europe. Ils cherchent la plaque de la gare. C'est une
gare qui n'a pas de nom. Une gare qui pour eux n'aura jamais de nom.

Il y en a qui voyagent pour la première fois de leur vie. Il y en a
qui ont voyagé dans tous les pays du monde, des commerçants. Tous les
paysages leur étaient familiers mais ils ne reconnaissent pas
celui-ci.

Ils regardent. Ils sauront dire plus tard comme c'était.

Tous veulent se rappeler quelle impression ils ont eue et comme ils
ont eu le sentiment qu'ils ne reviendraient pas.

C'est un sentiment qu'on peut avoir eu déjà dans sa vie. Ils savent qu'il faut se défier des sentiments.

Lettres : Comment le texte rend-il compte de la violence de la déportation ?

Philosophie : À quelles conditions un monde peut-il être dit humain ?
Auschwitz et après (1965)
source : Base LaTeX Quesseveur
DELBO
2021 HLP MÉTROPOLE NORMALE Hannah Arendt a tenu toute sa vie un Journal de pensée dans lequel elle a rédigé des notes diverses qui ont préparé ses livres philosophiques. En 1953, elle réfléchit notamment à la question de la guerre. À propos de la question de la guerre : c'est seulement parce que nous savons que nous devons mourir, par conséquen…
lire la suite Hannah Arendt a tenu toute sa vie un Journal de pensée dans lequel
elle a rédigé des notes diverses qui ont préparé ses livres
philosophiques. En 1953, elle réfléchit notamment à la question de la
guerre.

À propos de la question de la guerre : c'est seulement parce que nous
savons que nous devons mourir, par conséquent en mettant les choses
au pis (« au pis » : au pire), parce qu'on se dessaisit de quelque chose qui nous sera de
toute façon enlevé, qu'on peut risquer sa vie pour quelque chose. Si
nous étions immortels (non pas comme les dieux qui sont condamnés à
l'être et pour lesquels il n'existe pour cette raison pas de liberté
en général) de telle sorte que nous puissions mourir, mais sans y
être obligés, aucun enjeu au nom duquel on pourrait risquer sa vie ne
serait pensable : la vie deviendrait simplement un absolu en dehors
duquel il n'y aurait tout bonnement rien. On ne peut sacrifier sa vie
qu'à la liberté parce qu'en dehors de sa propre vie il n'existe pas
de vie du genre humain qui la dépasse. Au cas où l'immortalité de
notre propre vie serait possible, la vie en tant que telle
deviendrait quelque chose d'absolu, au sens où tout ce qu'on appelle
les « valeurs » ne pourraient se mouvoir qu'au sein de cette vie.

C'est précisément à cette immortalité possible mais non assurée qu'est
en premier lieu confronté chaque peuple, et en définitive le genre
humain. C'est pourquoi les politiciens nationaux peuvent bien mettre
en jeu la puissance politique et même la liberté politique de leur
peuple, mais jamais toutefois son existence physique elle-même,
puisque de celle-ci dépend précisément le fait qu'il puisse y avoir
en général quelque chose comme une politique. Compte tenu de son
immortalité potentielle, un peuple ne peut jamais être mis en jeu au
nom de quelque chose d'autre. Les limites de toute politique
consistent en ce qu'elles doivent respecter cette possibilité, la
protéger, la garantir. Tout cela est à plus forte raison valable pour
l'humanité. Aucune guerre ne devrait avoir le droit de mettre en jeu
l'existence de l'humanité. Or c'est précisément cela qui est devenu
une possibilité, un risque possible et redouté. La liberté, la
justice, etc., seraient des mots vides s'il s'agissait de la
pérennité (« pérennité » : permanence) physique de l'humanité ou de la pérennité terrestre de
son habitat, la terre. À l'heure où une destruction de toute vie sur
terre ou la destruction de la terre elle-même n'est pensable que
comme une sorte de « surprise de la technique », on ne peut plus
attendre d'aucun peuple qu'il prenne le risque de la guerre.

Philosophie : À quelles conditions peut-on, selon Hannah Arendt, prendre le risque
de la guerre ?

Lettres : La littérature et les arts peuvent-ils représenter la guerre sans la dénoncer ?
Journal de pensée (1953)
source : Base LaTeX Quesseveur
ARENDT
2021 HLP MÉTROPOLE NORMALE L'existence de cette agressivité que nous pouvons éprouver en nous-mêmes et supposons à bon droit chez autrui, tel est l'élément qui perturbe nos rapports avec notre prochain et contraint la civilisation à tout ce qu'elle met en œuvre. Du fait de cette hostilité primaire des êtres humains les uns envers les autres, la …
lire la suite L'existence de cette agressivité que nous pouvons éprouver en
nous-mêmes et supposons à bon droit chez autrui, tel est l'élément
qui perturbe nos rapports avec notre prochain et contraint la
civilisation à tout ce qu'elle met en œuvre. Du fait de cette
hostilité primaire des êtres humains les uns envers les autres, la
société civilisée est constamment menacée de se désagréger. L'intérêt
de la communauté de travail ne la maintiendrait pas soudée, les
passions instinctives sont plus fortes que les intérêts raisonnables.
La civilisation doit tout mettre en œuvre pour dresser des barrières
devant les instincts agressifs des hommes, pour en réduire les
manifestations par des dispositifs psychiques qui réagissent contre.
D'où le recours, donc, à des méthodes visant à inciter les êtres
humains à des identifications et à des relations d'amour
n'aboutissant pas, d'où la restriction imposée à la vie sexuelle et
d'où, également, le commandement idéal d'aimer son prochain comme
soi-même, qui se justifie en réalité par le fait que rien n'est plus
contraire à la nature originelle de l'homme. Quelques peines qu'il
ait coûtées, cet effort de la civilisation n'a pas, jusqu'ici,
remporté grand succès. Les plus grossiers débordements de force
brutale, la civilisation espère y faire obstacle en s'arrogeant le
droit d'exercer elle-même la violence contre les criminels ; mais les
manifestations plus prudentes et plus subtiles de l'agressivité
humaine, la loi n'a pas prise sur elles. Chacun de nous en vient à
laisser tomber comme autant d'illusions les attentes que, dans sa
jeunesse, il rattachait à ses semblables, et chacun peut constater
combien la vie lui est rendue difficile et douloureuse par leur
malignité (« malignité » : méchanceté.). Pour autant, il serait injuste de reprocher à la
civilisation de vouloir exclure des actions humaines concurrences et
conflits. Ceux-ci sont sûrement indispensables, mais l'antagonisme
n'est pas nécessairement de l'hostilité, il n'est qu'abusivement pris
pour prétexte de celle-ci.

Philosophie : D'après ce texte, comment la civilisation peut-elle répondre à
l'agressivité ?

Lettres : La représentation de la violence dans la littérature et les arts
constitue-t-elle un frein à l'agressivité de l'être humain ?
Le Malaise dans la civilisation (1930)
source : Base LaTeX Quesseveur
FREUD
2021 STMG-STI2D-ST2S MÉTROPOLE NORMALE Est-il toujours injuste de désobéir aux lois?
source : 2021-technologique-metropole-normale.pdf
2021 STMG-STI2D-ST2S MÉTROPOLE REMPLACEMENT La vérité s’impose-t-elle d’elle-même?
source : 2021-technologique-metropole-remplacement.pdf
2021 STMG-STI2D-ST2S MÉTROPOLE NORMALE Savoir, est-ce ne rien croire?
source : 2021-technologique-metropole-normale.pdf
2021 STMG-STI2D-ST2S MÉTROPOLE REMPLACEMENT Suffit-il de connaître la loi pour savoir ce qui est juste?
source : 2021-technologique-metropole-remplacement.pdf
2021 STMG-STI2D-ST2S MÉTROPOLE NORMALE La technique nous libère-t-elle de la nature?
source : 2021-technologique-metropole-normale.pdf
2021 STMG-STI2D-ST2S MÉTROPOLE REMPLACEMENT L’artiste fait-il ce qu’il veut?
source : 2021-technologique-metropole-remplacement.pdf
2021 STMG-STI2D-ST2S MÉTROPOLE NORMALE Si au moins nous pouvions découvrir chez nous ou chez nos semblables une activité apparentée d’une manière ou d’une autre à ce que fait le poète! L’investigation de celle-ci nous permettrait d’espérer acquérir un premier éclaircissement sur l’activité créatrice du poète. Et effectivement, une telle perspective existe –…
lire la suite Si au moins nous pouvions découvrir chez nous ou chez nos semblables une activité apparentée d’une manière ou d’une autre à ce que fait le poète! L’investigation de celle-ci nous permettrait d’espérer acquérir un premier éclaircissement sur l’activité créatrice du poète. Et effectivement, une telle perspective existe – les poètes euxmêmes d’ailleurs aiment à réduire l’écart entre leur particularité et l’essence humaine en général; ils nous assurent si fréquemment qu’en tout homme se cache un poète et que le dernier poète ne mourra qu’avec le dernier homme. Ne devrions-nous pas chercher déjà chez l’enfant les premières traces d’une activité poétique? L’occupation la plus chère et la plus intense de l’enfant est le jeu. Peut-être sommes-nous en droit de dire: tout enfant qui joue se comporte comme un poète en tant qu’il se crée son propre monde ou, pour parler plus exactement, transporte les choses de son monde dans un ordre nouveau à sa convenance. Ce serait un tort de croire qu’il ne prend pas ce monde au sérieux, au contraire, il prend son jeu très au sérieux, il s’y investit beaucoup affectivement. Le contraire du jeu n’est pas le sérieux, mais la réalité. En dépit de son investissement affectif, l’enfant distingue fort bien son monde de jeu de la réalité, et il étaye1 volontiers les objets et les circonstances qu’il a imaginés sur des choses palpables et visibles du monde réel. Rien d’autre que cet étayage ne distingue encore l’« activité de jeu » de l’enfant de l’« activité imaginaire ». Or le poète fait la même chose que l’enfant qui joue; il crée un monde imaginaire qu’il prend très au sérieux, c’est-à-dire qu’il l’investit affectivement tout en le séparant strictement de la réalité.
1 « étayer »: appuyer, faire reposer

Rédaction de la copie

Le candidat a le choix entre deux manières de rédiger l’explication de texte. Il peut:
- soit répondre dans l’ordre, de manière précise et développée, aux questions posées (option n°1);
- soit suivre le développement de son choix (option n°2). Il indique son option de rédaction (option n°1 ou option n°2) au début de sa copie.
Questions de l’option n°1

A. Éléments d’analyse
1. Expliquez l’expression « en tout homme se cache un poète ». Cela correspond-il à l’idée que nous nous faisons ordinairement de l’artiste?
2. Quelles sont d’après le texte les caractéristiques du jeu de l’enfant? En quoi ressemble-t-il à l’activité du poète?
3. En quel sens peut-on dire qu’un poète, et plus généralement qu’un artiste, crée son propre monde?

B. Éléments de synthèse
1. Quelle est la question à laquelle l’auteur tente ici de répondre?
2. Dégagez les différents moments de l’argumentation.
3. En vous appuyant sur les éléments précédents, dégagez l’idée principale du texte

C. Commentaire
1. Pourquoi le contraire du jeu n’est-il pas le sérieux, mais la réalité?
2. Quel sens donner, à partir de ce texte, à l’idée d’un travail artistique?
Le poète et l’activité de fantaisie (1907)
source : 2021-technologique-metropole-normale.pdf
FREUD
2021 STMG-STI2D-ST2S MÉTROPOLE REMPLACEMENT Les forces réunies du genre humain tout entier ne pourraient pas créer une nouvelle propriété de la matière en général, non plus que de l’un de ses corps. Tout ce que nous pouvons faire, c’est de tirer parti pour nos fins des propriétés que nous découvrons. Un navire flotte sur les eaux en vertu des mêmes lois de pesan…
lire la suite Les forces réunies du genre humain tout entier ne pourraient pas créer une nouvelle propriété de la matière en général, non plus que de l’un de ses corps. Tout ce que nous pouvons faire, c’est de tirer parti pour nos fins des propriétés que nous découvrons. Un navire flotte sur les eaux en vertu des mêmes lois de pesanteur spécifique et d’équilibre qu’un arbre déraciné par les vents et précipité dans l’eau. Le blé que l’homme produit pour s’en nourrir, pousse et forme son grain en vertu des mêmes lois de végétation qui font porter à la rose sauvage et au fraisier des montagnes leurs fleurs et leurs fruits. Une maison se tient debout et fait corps en vertu des propriétés naturelles, du poids et de la cohésion des matériaux qui la composent. Une machine à vapeur produit des effets par la force expansive naturelle de la vapeur, qui exerce une pression sur un point d’un mécanisme approprié, pression qui, en vertu des propriétés mécaniques du levier, se transmet de ce point à un autre où elle élève un poids ou écarte un obstacle qu’on a mis en contact avec elle. Dans ce cas comme dans toutes les autres opérations artificielles, le rôle de l’homme, ainsi qu’on l’a souvent remarqué, demeure renfermé dans d’étroites limites; il se borne à changer les choses d’une place à une autre place donnée. Nous mettons un objet en mouvement, et par là nous plaçons certaines choses en contact, qui étaient séparées auparavant, ou nous en séparons d’autres qui étaient en contact; et par ce simple changement de lieu, des forces naturelles, auparavant en sommeil, entrent en jeu et produisent l’effet voulu. Bien plus, la volonté qui décide d’un projet, l’intelligence qui en combine le plan, et la force musculaire qui l’exécute, tous ces mouvements sont eux-mêmes des forces de la nature.

Rédaction de la copie

Le candidat a le choix entre deux manières de rédiger l’explication de texte. Il peut:
- soit répondre dans l’ordre, de manière précise et développée, aux questions posées (option n°1);
- soit suivre le développement de son choix (option n°2). Il indique son option de rédaction (option n°1 ou option n°2) au début de sa copie.
Questions de l’option n°1

A. Éléments d’analyse
1. Comment les quatre exemples (le navire, le blé, la maison, la machine à vapeur) permettent-ils de comprendre les rapports entre les « opérations artificielles » de l’homme et la nature?
2. Pourquoi « les forces réunies du genre humain tout entier ne pourraient-elles pas créer une nouvelle propriété de la matière »?
3. Comment comprendre que « la volonté », « l’intelligence » et la « force musculaire » soient elles-mêmes des « forces de la nature »?

B. Éléments de synthèse
1. Quelle est la question à laquelle l’auteur tente de répondre?
2. Quelles sont les principales étapes du raisonnement dans ce texte?
3. En vous appuyant sur les éléments précédents, dégagez l’idée principale du texte.

C. Commentaire
1. En quel sens, d’après le texte, peut-on dire que « l’homme est renfermé dans d’étroites limites »?
2. Comment comprendre, à partir de ce texte, la place de l’homme dans la nature?
Trois essais sur la religion (1874)
source : 2021-technologique-metropole-remplacement.pdf
MILL
2021 Voie générale MÉTROPOLE NORMALE Discuter, est-ce renoncer à la violence?
source : 2021-general-metropole-normale.pdf
2021 Voie générale MÉTROPOLE REMPLACEMENT La conscience nous fait-elle connaître la vérité de ce que nous sommes?
source : 2021-general-metropole-remplacement.pdf
2021 Voie générale MÉTROPOLE NORMALE L’inconscient échappe-t-il à toute forme de connaissance?
source : 2021-general-metropole-normale.pdf
2021 Voie générale MÉTROPOLE REMPLACEMENT N’y a-t-il de liberté que dans la solitude?
source : 2021-general-metropole-remplacement.pdf
2021 Voie générale MÉTROPOLE NORMALE Sommes-nous responsables de l’avenir?
source : 2021-general-metropole-normale.pdf
2021 Voie générale MÉTROPOLE REMPLACEMENT Bien parler, est-ce bien penser?
source : 2021-general-metropole-remplacement.pdf
2021 Voie générale MÉTROPOLE NORMALE Chaque peuple a sa morale qui est déterminée par les conditions dans lesquelles il vit. On ne peut donc lui en inculquer une autre, si élevée qu'elle soit, sans le désorganiser, et de tels troubles ne peuvent pas ne pas être douloureusement ressentis par les particuliers. Mais la morale de chaque société, prise en elle…
lire la suite Chaque peuple a sa morale qui est déterminée par les conditions dans lesquelles il vit. On ne peut donc lui en inculquer une autre, si élevée qu'elle soit, sans le désorganiser, et de tels troubles ne peuvent pas ne pas être douloureusement ressentis par les particuliers. Mais la morale de chaque société, prise en elle-même, ne comporte-t-elle pas un développement indéfini des vertus qu'elle recommande? Nullement. Agir moralement, c'est faire son devoir, et tout devoir est fini. Il est limité par les autres devoirs; on ne peut se donner trop complètement à autrui sans s'abandonner soi-même; on ne peut développer à l'excès sa personnalité sans tomber dans l'égoïsme. D'autre part, l'ensemble de nos devoirs est lui-même limité par les autres exigences de notre nature. S'il est nécessaire que certaines formes de la conduite soient soumises à cette réglementation impérative qui est caractéristique de la moralité, il en est d'autres, au contraire, qui y sont naturellement réfractaires et qui pourtant sont essentielles. La morale ne peut régenter outre mesure les fonctions industrielles, commerciales, etc., sans les paralyser, et cependant elles sont vitales; ainsi, considérer la richesse comme immorale n'est pas une erreur moins funeste que de voir dans la richesse le bien par excellence. Il peut donc y avoir des excès de morale, dont la morale, d'ailleurs, est la première à souffrir; car, comme elle a pour objet immédiat de régler notre vie temporelle, elle ne peut nous en détourner sans tarir elle-même la matière à laquelle elle s'applique.
De la Division du travail social (1893)
source : 2021-general-metropole-normale.pdf
DURKHEIM
2021 Voie générale MÉTROPOLE REMPLACEMENT Pourquoi l’araignée épaissit-elle sa toile en un endroit et la fait-elle plus lâche en un autre, se sert-elle à cette heure de cette sorte-ci de nœud, bientôt après de cellelà, si elle n’a pas et réflexion et pensée et conclusion? Nous reconnaissons assez bien, dans la plupart de leurs ouvrages, combien les animaux ont…
lire la suite Pourquoi l’araignée épaissit-elle sa toile en un endroit et la fait-elle plus lâche en un autre, se sert-elle à cette heure de cette sorte-ci de nœud, bientôt après de cellelà, si elle n’a pas et réflexion et pensée et conclusion? Nous reconnaissons assez bien, dans la plupart de leurs ouvrages, combien les animaux ont de supériorité sur nous et combien notre technique est faible pour les imiter. Nous voyons toutefois, dans nos œuvres, plus grossières, les facultés que nous employons pour les produire, et que notre âme se sert alors de toutes ses forces; pourquoi n’en pensons-nous pas autant à leur sujet? Pourquoi attribuons-nous à je ne sais quel penchant inné et servile les ouvrages qui surpassent tout ce que nous pouvons faire naturellement et par procédés inventés? En cela, sans y penser, nous leur donnons un très grand avantage sur nous, en admettant comme un fait que Nature, avec une douceur maternelle, les accompagne et les guide pour ainsi dire par la main dans toutes les actions et les agréments de leur vie tandis qu’elle nous abandonne au hasard et au sort et nous oblige à chercher par nos techniques les choses nécessaires à la préservation de notre vie et qu’elle nous refuse en même temps les moyens de pouvoir arriver, par quelque apprentissage et quelque effort de l’esprit, à l’habileté naturelle des bêtes, de manière que leur stupidité animale surpasse dans toutes les choses utiles et agréables tout ce dont est capable notre divine intelligence.
Essais (1580)
source : 2021-general-metropole-remplacement.pdf
MONTAIGNE
2021 HLP POLYNÉSIE NORMALE De 1941 à 1944, René Char tient un rôle actif dans la Résistance. Dans « Feuillets d'Hypnos », écrit entre 1943 et 1944, le poète témoigne de son engagement à travers des fragments poétiques qui prennent parfois la forme de courts récits. Le boulanger n'avait pas encore dégrafé les rideaux de fer de sa boutique que dé…
lire la suite De 1941 à 1944, René Char tient un rôle actif dans la Résistance. Dans
« Feuillets d'Hypnos », écrit entre 1943 et 1944, le poète
témoigne de son engagement à travers des fragments poétiques qui
prennent parfois la forme de courts récits.

Le boulanger n'avait pas encore dégrafé les rideaux de fer de sa
boutique que déjà le village était assiégé, bâillonné, hypnotisé, mis
dans l'impossibilité de bouger. Deux compagnies de SS et un
détachement de miliciens le tenaient sous la gueule de leurs
mitrailleuses et de leurs mortiers. Alors commença l'épreuve.

Les habitants furent jetés hors des maisons et sommés de se rassembler
sur la place centrale. Les clés sur les portes. Un vieux, dur
d'oreille, qui ne tenait pas compte assez vite de l'ordre, vit les
quatre murs et le toit de sa grange voler en morceaux sous l'effet
d'une bombe. Depuis quatre heures j'étais éveillé. Marcelle était
venue à mon volet me chuchoter l'alerte. J'avais reconnu
immédiatement l'inutilité d'essayer de franchir le cordon de
surveillance et de gagner la campagne. Je changeai rapidement de
logis. La maison inhabitée où je me réfugiai autorisait, à toute
extrémité, une résistance armée efficace. Je pouvais suivre de la
fenêtre, derrière les rideaux jaunis, les allées et venues nerveuses
des occupants. Pas un des miens n'était présent au village. Cette
pensée me rassura. À quelques kilomètres de là, ils suivraient mes
consignes et resteraient tapis. Des coups me parvenaient, ponctués
d'injures. Les SS avaient surpris un jeune maçon qui revenait de
relever des collets. Sa frayeur le désigna à leurs tortures. Une voix
se penchait hurlante sur le corps tuméfié : « Où est-il ?
Conduis-nous », suivie de silence. Et coups de pied et coups de
crosse de pleuvoir. Une rage insensée s'empara de moi, chassa mon
angoisse. Mes mains communiquaient à mon arme leur sueur crispée,
exaltaient sa puissance contenue. Je calculais que le malheureux se
tairait encore cinq minutes, puis, fatalement, il parlerait. J'eus
honte de souhaiter sa mort avant cette échéance. Alors apparut
jaillissant de chaque rue la marée des femmes, des enfants, des
vieillards, se rendant au lieu de rassemblement, suivant un
plan concerté. Ils se hâtaient sans hâte, ruisselant
littéralement sur les SS, les paralysant « en toute bonne foi ». Le
maçon fut laissé pour mort. Furieuse, la patrouille se fraya un
chemin à travers la foule et porta ses pas plus loin. Avec une
prudence infinie, maintenant des yeux anxieux et bons regardaient
dans ma direction, passaient comme un jet de lampe sur ma fenêtre. Je
me découvris à moitié et un sourire se détacha de ma pâleur. Je
tenais à ces êtres par mille fils confiants dont pas un ne devait se
rompre.

J'ai aimé farouchement mes semblables cette journée-là, bien au-delà
du sacrifice *.

[* N'était-ce pas le hasard qui m'avait choisi pour prince ce jour-là
plutôt que le cœur mûri pour moi de ce village ? (1945.)]

Lettres : D'où vient l'émotion qui se dégage de ce texte ?

Philosophie : Comment résister à un agresseur sans recourir à la violence ?
Fureur et mystère (1948)
source : Base LaTeX Quesseveur
CHAR

1 … 5 6 7 8 9 … 137